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De tout temps les armées ont évolué et vu les réorganisations succéder aux organisations… La Légion étrangère, depuis sa création n’a pas échappé   à cette règle. Cependant, plus qu’une simple réorganisation, une modification fondamentale va avoir lieu en 1984 sous l’impulsion du général Jean-Claude Coullon, commandant le Groupement de Légion étrangère et la 31è Brigade, qui verra l’Institution  sous les ordres  d’un chef doté non seulement d’une autorité morale sur l’ensemble Légion mais aussi d’une autorité organique. Nous avons donc demandé au Général de bien vouloir se prêter au jeu de nos questions afin de laisser un témoignage écrit de cette réorganisation, pour sa valeur historique puisque faisant appel à la mémoire vivante de son concepteur.

L’interview a été réalisée par deux officiers en retraite, anciens "Képi Blanc": le lieutenant-colonel Antoine Marquet (AM)  et le chef de bataillon  Christian Morisot (CM).

Nous remercions le général d’armée Jean-Claude Coullon (JCC) de l’honneur qu’il nous fait et de la confiance qu’il a accordée à ces “compagnons d’armes” qui ont servi directement sous ses ordres, en leur révélant les dessous d’une page importante de l’histoire contemporaine de notre Légion étrangère.

 

AM et CM: « Permettez-nous, mon Général, de vous présenter succinctement :

 

Vous êtes Saint-Cyrien de la promotion 1950. Après la scolarité et un bref passage aux FFA vous rejoignez Bel-Abbès destiné au “renfort Indochine”, territoire où vous débarquez en septembre 54. La guerre est finie et les jeunes officiers Légion de renfort sont ventilés dans diverses unités. Il vous échoit un régiment de tirailleurs marocains avec lequel, plus tard, vous rejoignez l’Afrique du Nord. En avril 58 vous revenez à la Légion au sein des compagnies portées sahariennes du 2e REI. Vous y faites, comme lieutenant au début, un de vos   temps de commandement. En 1961 vous rejoignez la métropole pour un autre temps de commandement et des postes en état-major  avant de revenir à la Légion comme chef de bataillon, adjoint au commandant du GILE, en Corse, puis comme chef du BPLE à Aubagne.

Le 16 août 76 on vous confie le drapeau de la 13Demi-Brigade à Djibouti. Le 1er décembre vous êtes promu colonel.

Général de brigade en 1982, vous êtes nommé, en octobre, commandant de la 31ème Brigade et du G.L.E. (Groupement de Légion Etrangère). Auparavant vous êtes au cabinet du ministre de la défense où, à l’été 82, vous êtes chargé de mission du gouvernement pour la mise en place de la mission “Epaulard” à Beyrouth, menée à bien par les légionnaires-parachutistes, rejoints par les marsouins du 3e RPIMa et du RICM, des éléments du 17e RGP et du Matériel. En 1983, vous commandez les éléments de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth au Liban…

 

AM  « Mon Général, c’est précisément le début de la période qui nous intéresse et qui suscite notre curiosité. »

CM « Mon Général, pouvez-vous nous expliquer comment et pourquoi le Groupement de Légion Etrangère s’est-il transformé en COM.LE ? »

JCC  «La préparation de la mission "Beyrouth" m'avait conduit à porter la priorité de mon effort de commandement sur la 31° Brigade. J'allais, dès mon retour du LIBAN, donner la priorité à l'organisation de la Légion, organisation à laquelle j’avais beaucoup réfléchi  durant mon commandement de la 13e DBLE et mon passage au cabinet du Ministre.

Mon ambition était de jeter les bases pour en faire l'outil de combat le plus solide et le plus moderne de l'armée de terre, avec pour fil directeur la volonté de voir former le légionnaire comme un compagnon d'armes et non comme un matricule, fort au physique comme au moral et comme un soldat indiscutable au plan de la compétence et de l'éthique. Pour atteindre ce but, il fallait disposer d'une autorité formelle sur l'ensemble de la Légion, ce qui n'était pas le cas dans ma fonction de commandant du G.L.E. Il fallait aussi réorganiser en interne la "maison- mère" afin de faire d'Aubagne le centre d'autorité non plus seulement moral mais organique de la Légion. Pour la conduite de cette action, je vais avoir la chance de disposer de trois atouts majeurs.

1-Le Ministre, Charles Hernu, dont j’ai été le chef adjoint du Cabinet militaire pendant 18 mois et le Chef d'Etat-major de l'Armée de terre, le Général Imbot qui est un ancien légionnaire de la "13" en Indochine et nos relations s’inscrivent dans l’amitié depuis que j'ai été son adjoint au bureau Infanterie de la DPMAT en 1973.

2-Les régiments sont commandés par une équipe de colonels de très grande pointure et d'une totale discipline intellectuelle : Germanos -2°REP, François -2°REI, Gosset -3°REI, Colcomb - 4°RE, Mayer - 5°RE, de La Presle -1°REC, Cler -1°RE, Rideau -13°DBLE  et avec lesquels la grande franchise des rapports est une marque de respect réciproque.

3-Enfin d’une équipe de collaborateurs d’une exceptionnelle qualité à l’état-major du G.L.E., en particulier mes deux adjoints successifs, les colonels Forcin et Lecorre (décédé en 2014), devenus de fidèles amis. 

 

AM « En 1984, dans l’après Beyrouth, la 31e Brigade va être dissoute pour laisser la place à la 6e D.L.B. Voyez-vous là une opportunité de réorganisation de la « maison » Légion ? »

JCC « Oui, je vais en effet avoir la chance de cette opportunité qui est   la dissolution de la 31e Brigade. 1984 va donc être la grande année d'une réorganisation en profondeur de la Légion étrangère. J'y ai consacré la majeure partie de mon action avec la ferme volonté de convaincre de sa nécessité la haute hiérarchie et de réussir ce pari sur l’avenir.

Pour décrire cette réorganisation je vais employer le « JE » mais en fait, si en tant que Chef je suis bien le décideur, je bénéficie, comme je l’ai souligné dans mes « atouts » d’une solide « équipe » - mes adjoints, mes chefs de bureau de l’EM et les chefs de corps - d’une exceptionnelle qualité dont les conseils et les avis m’ont toujours été une aide précieuse.  Cette réorganisation est donc au niveau de mon état-major et des chefs de corps une œuvre collective.

Début juin, dans la perspective de cette dissolution annoncée de la brigade, j’adresse une lettre au Ministre, par la voie hiérarchique, demandant la création du commandement de la Légion étrangère avec une proposition de l’arrêté ministériel de création correspondant.

Le 30 juin 1984, la 31e brigade est dissoute et donne naissance à la 6e division légère blindée dont le PC est à Nîmes. Une grandiose prise d'armes, présidée par le général Forray, Commandant la force d'action rapide (FAR), rassemble une dernière fois au quartier Viénot toutes les unités de la Brigade. J'ai convié à cette cérémonie, en souvenir de notre "campagne" de Beyrouth, le vice-amiral KLOTZ, commandant l'aviation embarquée et le groupe des porte-avions. Une page est tournée.

Le 1er juillet, je deviens le premier commandant de la Légion étrangère. (Enquête faite il a bien existé un commandement de la Légion (COLE) de 1955 à 1957 mais ce commandement ne regroupait pas toutes les unités Légion). En effet, jusqu'à cette date (juillet 1984), la République n'avait pas voulu - disait-on - rassembler les unités de la Légion sous un commandement unique, mettant, sans doute, en application l'adage historique : "Rome, prends garde à la colère de tes légions". Tous mes prédécesseurs, depuis le général Rollet en 1931, n'avaient été, au mieux, que des inspecteurs techniques de la Légion étrangère. Les généraux inspecteurs furent au nombre de six : Rollet(1931-1935), Monclar (1948-1950), Lennuyeux, Gardy, Morel, Lefort (1955-1964).

En 1972, une nouvelle formule est créée pour donner un semblant de cohésion à l'ensemble Légion : le Groupement de Légion étrangère (GLE) regroupant Le 1erRE et le 4e RE. Mais ses chefs successifs, les généraux Letestu, Fourreau, Goupil, Lardry et moi-même, n'ont en fait que des prérogatives d'inspecteur technique sur les six autres régiments qui ne sont pas placés sous leur autorité directe. Or, l’arrêté signé Charles Hernu, qui fonde désormais le commandement, stipule : "L'officier général commandant la Légion étrangère exerce ses attributions sur l'ensemble de la Légion étrangère". Cet arrêté, nous l'avons élaboré à trois : Lecorre, Forcin, Coullon. Pas une ligne n'a été modifiée par le Ministre, alors que l'EMAT, fort d'idées préconçues sur les soi-disant appréhensions politiques vis-à-vis d'un tel commandement, m'avait prédit que le Ministre ne le signerait pas ! L'objectif principal est atteint. Mais encore faut-il le conforter par un effort d'organisation interne. Ce dernier s’inscrit dans deux objectifs :

1-Renforcer les liens internes de la communauté légionnaire et « afficher » la solidarité de ses membres,

2-Accroître la capacité opérationnelle de la Légion et solidifier son image. »

 

CM « Comment entendiez-vous concrétiser ces objectifs ? »

JCC «L’adoption d’un « Code d’honneur du Légionnaire » et l’institution de la fonction de Président des sous-officiers Légion constituent le premier objectif.

 1-l'institution d'un président des sous-officiers de la Légion étrangère, autorité morale de l'ensemble du corps des sous-officiers de tous les régiments, désigné par le Général après avis des présidents des sous-officiers de chaque régiment. Ce président devient membre du cabinet du COMLE.

 2-l'établissement d'une règle de conduite "légionnaire" commune que je baptise "code d'honneur du légionnaire". L'adoption de ce code m'était apparue nécessaire pour lutter contre la dégradation lente mais continue du sens moral de nos jeunes engagés dont une partie était constituée, il faut bien le dire, du sous-produit d'une civilisation urbaine manquant de plus en plus de repères moraux. J'ai l'adhésion immédiate de tous mes colonels pour cette entreprise, à l'élaboration de laquelle ils vont largement contribuer. Chaque régiment m’adresse ses propositions. Je confie la mise au point finale au 4e étranger.

 En adressant le produit « fini » à toutes les unités, j'écris dans ma directive : « Je tiens à vous préciser le cadre général dans lequel vous le ferez enseigner et qui exclut toute proclamation à caractère solennel où ostentatoire. Il ne faut, en effet, jamais confondre éthique et folklore. »  Jusqu’en 1998, la Légion demeurera la seule unité de notre armée disposant d'un code d'honneur et d'une formation morale inscrite au programme de son régiment d'instruction ».

 

CM « Nous entendons bien les motivations déterminantes dans l’établissement du code d’honneur, mais pourquoi un P.S.O. Légion alors même que chaque unité élémentaire et chaque régiment en ont un et que le P.S.O. régimentaire est en prise directe avec le chef de corps, votre subordonné direct ? 

JCC «Il me faut en effet revenir sur la création du poste de Président des sous-officiers de la Légion étrangère. A la Légion, le corps des sous-officiers est une institution, un ordre même. D'une discipline exemplaire, d'un incontestable professionnalisme, fiers de leur état et conscients de la force qu'ils représentent, les sous-officiers sont la "Légion" avec ses remarquables qualités mais aussi ses défauts. Véritables apôtres de l'institution légionnaire, combattants redoutables et d'un dévouement absolu, ils sont rarement pris en défaut. Mais ils ont l'orgueil, parfois excessif, de leur situation au sein des régiments. Rien n'est possible sans leur adhésion. Le général BROTHIER, un de mes grands anciens avait, à leur sujet, cette image :" Ils sont l'ossature, les courroies de transmission, les embrayages, les accélérateurs et les freins de la mécanique "Légion".   Pour moi, ils sont et ils demeurent la colonne vertébrale de la Légion. Quand on a su gagner leur confiance et leur attachement, on peut tout attendre d'eux, sans avoir rien à demander. Ils aiment donc, très légitimement, être écoutés, entendus et traités comme des cadres de maîtrise et non comme de simples subalternes. Voilà pourquoi j'ai créé le poste de Président des sous-officiers de la Légion étrangère. Mes deux premiers Présidents furent deux de mes anciens sous-officiers de la 13eDBLE : les majors Krepper et Ross, tous deux d'origine allemande. »

 

AM « Nous croyons savoir, ou est-ce peut-être une légende urbaine, que vous « rêviez » d’une Légion interarmes de « mêlée » frisant les 10 000 hommes, cela met en exergue votre remarque sur l’adage historique conseillant à Rome de prendre garde à ses Légions. Sans le transformer en réalité vous avez toutefois réussi à introduire le Génie d’assaut dans les rangs légionnaires qui étaient plutôt Génie «pelle et pioche» à l’instar de leurs devanciers romains et à transformer le 5e RMP en 5e RE. Etait-ce là votre deuxième objectif ? »

JCC « Oui. Le 5e régiment mixte du pacifique (RMP), où la Légion est l'élément dominant

- 60% des effectifs - retrouve sa filiation légitime de 5e régiment étranger renouant ainsi avec le passé prestigieux de notre  « régiment du Tonkin » de l'épopée coloniale. J'avais, en fait, demandé cette nouvelle appellation au général Imbot au retour de mon inspection de décembre 1983 à Mururoa. Il avait immédiatement acquiescé et décidé la mesure. Un régiment doit avoir des "racines", il y puise une grande partie de ses forces morales. Les sapeurs du Génie et les militaires du Matériel qui servaient au 5°RMP ont été très fiers de porter, comme leurs camarades légionnaires, le béret vert pendant leur séjour en Polynésie. Et puis le terme "mixte" prêtait à ambiguïté. Certains pensaient même qu'il s'agissait d'un régiment où hommes et femmes étaient à parité.

Enfin et surtout, le 1er juillet, la Légion compte un régiment de plus, le 6e régiment étranger de Génie (6°REG). C'est une première dans son histoire de compter un régiment de cette arme dans ses rangs. Je l'avais demandé pour élargir notre "palette" interarmes. En contrepartie, il fallait sacrifier la compagnie renforcée de travaux routiers de la Légion étrangère (CRTRLE) qui, depuis cinq ans, jouait les terrassiers dans le camp de Canjuers. 

Voici les circonstances exactes de cette création :

A mon retour de la mission « Beyrouth » de la 31e brigade, en 1983, j’avais fait part au général Imbot de l’importance du rôle qu’avait joué l’unité du 17e RGP placée sous mes ordres. J’avais, à la fois, été impressionné par la remarquable qualité professionnelle de ses personnels mais aussi par leur « usure » rapide, leur régiment étant l’unique régiment de génie d’assaut de notre armée. Il en avait convenu et m’avait demandé avec humour « si la Légion avait une solution à lui proposer ».

Cette boutade n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd d’autant qu’à l’époque, la CRTRLE, qui avait succédé au 61e BMGL à Canjuers, nous apparaissait exploitée par le génie travaux du camp comme une unité « corvéable à merci » (2 décès dus à la fatigue).

L’opportunité d’une solution Légion s’offrait par la dissolution de la 31e Brigade et la création du COMLE. J’avais déjà fait étudier en cercle très restreint la transformation de la CRTRLE comme première mise d’une création d’un régiment de génie d’assaut légion. L’EMAT de son côté avait dans ses cartons une 6e DLB. Le rapprochement des deux « solutions », sous la houlette du CEMAT, aboutit à la création du 6e REG malgré la ferme opposition du Directeur et de l’Inspecteur du Génie (2 enfants de troupe comme moi), qui m’accusèrent d’avoir conduit une OPA Légion sur le Génie ! J’ai dû leur rappeler que la Légion ne pesait que 8 000 hommes contre un Génie de 35 000 hommes. Difficile de conduire une OPA avec une telle mise de fonds ! Là était d’ailleurs le vrai problème : « qui payait la facture en effectifs » ?

 

CM « Précisément mon Général, qui va payer la facture humaine ? »

JCC « Le 6°REG créé, il fallait, en effet, pour l’EMAT demeurer dans son enveloppe d’effectifs. Aussi, en bon « ancien DPMAT » le général Imbot me fit successivement deux propositions :

1-Un commandement commun 6°DLB/COMLE à l’exemple de l’ancien GLE/31eBrigade. Economie : 1 RCS (Régiment de Commandement et de Soutien), cette fonction étant assurée par le 1er RE pour les deux unités DLB et COMLE. Refus sans appel et solidement argumenté de ma part : un chef ne peut pas avoir deux missions permanentes. Beyrouth avait été pour moi un exemple probant.

2-La mise sur pied d’un escadron de transport de la 6e DLB au sein du 1er RE. Discussion de « chiffonniers », des deux côtés chiffres en main, avec le CEMAT par téléphone, puis, à Aubagne, avec le Major Général, le général Schmitt, pour aboutir à : entretenir en permanence un peloton de transport organique et, sur préavis, mise sur pied du reliquat de l’escadron, tout cela sur l’effectif du 1er RE.

Enfin pour mémoire, le dernier incident eut lieu avec l’Inspecteur du Génie, le général de corps d’armée Coutenceau. Il concernait l’inscription à porter sur le drapeau : 6e  régiment étranger DU génie -pour lui-, DE génie -pour moi- comme il y a un 2e  régiment étranger DE parachutistes et un 1er régiment étranger DE cavalerie.   Le Chef d’Etat-major trancha le différend à mon avantage. »

 

AM « Oui, néanmoins, le premier drapeau du régiment ainsi que les fanions des compagnies portaient la mention DU génie, il a fallu tout changer ».

JCC « La CRTRLE dissoute allait devenir le noyau actif de ce régiment de génie d'assaut, à la satisfaction de tout son personnel. Le 6e REG  fut implanté au camp de l'Ardoise, près d'Avignon. Une partie des cadres sous-officiers provenait de l'arme du génie, c’était ce que nous appelons dans notre langage légion des cadres "blancs". Cet apport nous était nécessaire en attendant de disposer des techniciens "génie" au sein de notre corps de sous-officiers. Le 12 octobre, le général Imbot, CEMAT remettait son drapeau au Régiment en déclarant : "En remettant son drapeau au 6e REG, je paye ma dette à la Légion qui m'a appris à vivre et à servir comme elle vous apprend encore aujourd'hui, légionnaires, à vivre et à servir". Avec ce régiment la Légion disposait désormais de la gamme complète des armes dites de "mêlée" : infanterie, cavalerie, génie d'assaut.

Ce changement de dénomination pour le « 5 » et cette création du « 6 » confèrent au Commandement de la Légion, dès sa création, outre la notoriété, une base solide pour asseoir son autorité de fait au sein de l'institution légionnaire mais surtout au sein de l'Armée de terre, vis-à-vis des grands commandements qui ont « pour emploi » nos régiments de combat. 

 

CM « C’est à ce moment aussi que vous confiez l’étendard du 2e REC au Détachement de Légion étrangère de Mayotte… »

Oui. Au plan des unités, cette réorganisation des formations est complétée par l’attribution du drapeau du 2e REC à notre Détachement de Légion de Mayotte qui, jusqu’ici, ne disposait que d’un fanion. L’accord m’est donné par le général Imbot en réponse immédiate à ma demande. Le DLEM prend ainsi rang de « corps de troupe ».

 

AM « De l’eau a coulé sous les ponts. La Légion, et toute l’armée française, est en constante mutation comme tous les organismes vivants. L’arrêt des expérimentations nucléaires a provoqué la disparition de notre cher « régiment du Tonkin », le 6 que vous avez créé est devenu le 1er REG – J’ai eu comme pour le 5 le triste privilège de rentrer son drapeau au musée – le 2e REG a été créé et s’est spécialisé dans le génie-montagne, la demi-brigade particulièrement chère à votre cœur, après avoir presque disparu monte fortement en puissance… – merci à sa croix de Compagnon de la Libération ? – Par quoi vouliez-vous compléter, en 1984  l’organisation nouvelle, complément qui doit se retrouver de nos jours ? »

JCC « Cette action d'organisation sera complétée par une sensibilisation permanente des cadres à la qualité des relations humaines qui sont le ciment de notre institution légionnaire. Celles-ci reposent sur deux principes qui fondent l'exercice du commandement à la Légion étrangère :

1-Homme coupé de son passé, de son milieu social et familial, le légionnaire doit trouver à la Légion le climat affectif d'une nouvelle famille (LEGIO PATRIA NOSTRA).

C'est le chef qui crée ce climat.

2-0utre l'oubli, l'asile ou l'aventure, le légionnaire est venu chercher un idéal à la Légion.

C'est le chef qui personnifie cet idéal.

 Ces relations humaines exigent donc de la part de l'officier : AMOUR, EXIGENCE, RESPECT à l'égard de" Monsieur légionnaire". Voici le message que je me suis efforcé de faire passer pendant tout mon commandement.

En effet, le jeune légionnaire arrive à la Légion bien souvent déboussolé, avec l'intention de rompre avec son passé, à la recherche d'on ne sait quoi, mais d'autre chose que ce qui était jusque-là son quotidien. (C'est la raison pour laquelle on ne doit jamais l'utiliser dans son ancien métier sauf s'il en fait expressément la demande). En s'engageant à la Légion, il entre dans une véritable communauté militaire où la rude discipline n'exclut ni la confiance, ni la solidarité, ni l'amitié réciproque. Il voit ses cadres partager sa vie de tous les jours, et, en opération, les mêmes fatigues et les mêmes dangers. Il s'attache profondément à ses officiers dont il a la coquetterie et l'orgueil. Il finit par tout admettre d’eux, même leurs extravagances pour certains. Il n'y a pas une troupe, dans notre armée, où l'officier porte une aussi lourde responsabilité morale et affective à l'égard de ses hommes. »

 

AM – CM « Merci mon Général et que vive la Légion. »

 

 

Le général d’armée Jean Claude Coullon est Grand Officier de la Légion d’Honneur (1989), Grand-Croix de l’Ordre National du Mérite, titulaire de 6 citations dont 4 à l’Ordre de l’Armée, de la médaille d’Outre-mer agrafe Liban, de la médaille commémorative d’Indochine et de celle des opérations de sécurité et maintien de l’ordre en AFN agrafes Algérie et Maroc. Il est commandeur de l’Ordre du Cèdre du Liban.