LES FOUILLES DU LYCÉE DU REMPART : UNE NOUVELLE PAGE DE L’HISTOIRE DE MARSEILLE

Dimanche 17 juin 2018, à l’occasion  des Journées nationales de l’archéologie, dont il faut à nouveau signaler toute la richesse et l’heureuse instauration, l’Institut National de la Recherche Archéologique préventive (INRAP) a ouvert à Marseille la visite du site dit du « Lycée du Rempart » boulevard de la Corse dans le 7° arrondissement et cela sans qu’il soit besoin de la demander, il convient de le remarquer. Cette initiative et cette réalisation méritent amplement d’être soulignées.

Au sein du « Triangle d’or archéologique de Marseille » 

L’archéologue Philippe Mellinand, directeur de l’opération, et son équipe accueillaient, dès la matinée, les nombreux passionnés ou simples curieux d’Histoire, d’histoire de Marseille et de son archéologie. Les travaux entrepris sur l’emprise de ce lycée situé dans le  « triangle d’or archéologique » de la cité phocéenne, ont en effet révélé des richesses étonnantes. Le site est d’autant plus sensible qu’il jouxte la carrière antique de la Corderie, d’une part, et l’abbaye Saint-Victor, d’autre part. Aussi des fouilles préventives, confiées à l’INRAP, ont-elles été décidées.

Pour la seconde fois, de façon surprenante, un établissement d’enseignement révèle l’histoire de Marseille 

Nous avons tous en mémoire la découverte en 2005 du complexe grec antique du Collège Vieux-Port, rue des Martégales :

 « Cecomplexe monumental de l’époque grecque archaïque (-540/-530 av J.C.) est considéré comme une découverte exceptionnelle et a été classé au titre des monuments historiques » écrivent les deux auteurs de l’ouvrage « Quand les archéologues redécouvrent Marseille », à savoir Marc Bouiron et précisément Philippe Mellinand. (Ed Gallimard/INRAP Sept. 2013)

Malgré la ferme volonté clairement exprimée alors par madame Jacqueline de Romilly, de l’Académie française, et d’Étienne Taillemite, inspecteur général des Archives de France, de préserver, de valoriser et d’ouvrir au public le site antique grec du collège Vieux-Port, s’il n’a pas été détruit à proprement parler, il a été recouvert et n’est plus visible. Enseveli, les marseillais en sont privés. 

En sera t-il de même pour le site du lycée du Rempart ? Mais que révèle ce site et mérite t-il d’être préservé ?

Le site du lycée du Rempart

Nous préciserons, en indispensable préalable, que les fouilles sont toujours en cours et que les informations délivrées lors de la visite organisée ne sont qu’une première approche de la connaissance d’un site dont il convient cependant de reconnaître dès à présent le caractère exceptionnel. Quelques développements personnels complètent  les informations recueillies.  

Indiquons, en premier lieu, que le site du Rempart est indépendant de celui de la carrière antique de la Corderie. Il présente, au prime abord, des murs d’anciennes caves du XVIII° et/ou du XIX siècles, fondations de maisons détruites. Cependant au centre de ces murs ont été mis au jour d’autres murs en belles pierres taillées susceptibles d’une datation du Haut Moyen-Âge, époque de l’abbaye Saint-Victor. Au pied d’un des murs un tesson d’époque étrusque (VI° siècle av J.C.) a été découvert (fragment de coupe). Cette présence est en étude.  

  

Entre les deux murs de fondation latéraux, le mur en bel appareillage du Haut Moyen-Âge ( ?)

Des tombes et des squelettes.

La fouille a mis au jour des tombes et des squelettes laissant supposer que nous serions en présence d’un cimetière ou tout au moins d’un dépôt funéraire des IV°, V° siècles de notre ère. Aucun mobilier présent dans les fosses ne semble avoir été découvert (sous toutes réserves).  Le corps de l’homme enseveli présenté ci-après a été inhumé en pleine terre. Point ici de sarcophages. Si le squelette est parfaitement conservé, les os sont particulièrement fragiles et des brisures sont visibles sur plusieurs de ses membres. 

Le corps est parfaitement allongé, la tête légèrement tournée, les bras repliés. Le front semble assez bombé. Les os des membres supérieurs sont plutôt minces. 

L’étude des caractéristiques anatomiques sera riche d’enseignement. Il est à noter que le corps est déposé directement sur le lit de terre. Par comparaison avec la basilique funéraire paléochrétienne de Malaval, nous avions là des corps reposant dans un coffre de tuiles plates et calés par des pierres. Les trois éléments de pierres (ou de tuiles) apparaissant en partie haute de la tombe seraient-elles des éléments de la « couverture » donnée à l’homme lors de son ensevelissement ?  

En pied de cette tombe, se trouve à faible distance une amphore funéraire ayant servi à l’ensevelissement d’un enfant. L’utilisation d’amphores est classique. Nous la retrouvons également à Malaval.    

L’amphore funéraire du Lycée du Rempart

 

Il s’agit, a priori, d’une amphore assez pansue. Nous en apercevons les débris de son enveloppe supérieure dans les sacs déposés dans l’angle de la photo. Le col de l’amphore a été sectionné pour permettre l’inhumation de l’enfant défunt et, comme il fallait occulter l’orifice ainsi créé une tuile a été placée en fermeture. Cette tuile en position verticale évoque par son aspect, son épaisseur, ses revers, une tuile romaine. Nous serions bien alors dans une époque d’Antiquité tardive ?  La fouille à cet emplacement est d’une profondeur de plus de trois mètres. Le substrat n’a pas encore été atteint. 

 

Des tombes d’enfants en amphores ont également été découvertes à Malaval. Compte tenu des datations avancées, un rapprochement des deux sites sera riche d’enseignement.  

La forme même de l’amphore est intéressante : elle fait songer précisément aux amphores du V° siècle et plus précisément au type d’amphores à salaisons de poissons provenant de Tunisie septentrionale. 

 

De nombreuses inhumations

 

De nombreuses tombes ont été mises au jour sur le site. Le dépôt apparaissant en haut de photographie constitue t-il l’amas des tuiles recouvrant les tombes avant leur ouverture ?  

Des murs de toute beauté

Les murs découverts en bel appareillage de pierres taillées sont de toute beauté. Nous parlons ici, non des fondations des maisons des XVIII° et XIX° siècles mais des structures encerclant partiellement les tombes. 

Conclusions

Il est patent que la fouille du lycée du Rempart apporte un éclairage nouveau et exceptionnel sur l’histoire de Marseille. Les archéologues ne sont encore que dans une première phase d’examen du terrain et de ses richesses. La seconde phase d’étude à proprement parler est donc loin encore d’être entreprise. Mais dès à présent, nous sommes en présence d’un passé qui jaillit à notre intelligence. L’histoire de Marseille nous saute aux yeux d’une façon inattendue, je veux dire sous cette forme.

Il va être passionnant de rapprocher ce site de tous les autres lieux (chrétiens ?) d’inhumations présents en Gaule et datant de la même époque. Marseille est relativement pauvre en vestiges de ce type. Les inhumations de la basilique paléochrétienne de Malaval n’ont pas été conservées in situ.  Quel sera le devenir du « dépôt funéraire » du Rempart ? Il convient, dès à présent, de réfléchir très précisément aux conditions de préservation, de mise en valeur et de présentation de cette richesse patrimoniale. La question est donc ouverte :

-      Comment conserver ce site ?

-      Comment le préserver ?

-      Comment le mettre en valeur ?

-      Comment le présenter ?

Nous ne saurions oublier que ces découvertes qui illustrent, pour ne pas dire qui illuminent l’histoire de Marseille, sont à nouveau réalisées au sein même d’un établissement d’enseignement, en l’espèce un lycée. Comment ne pas saisir que les décisions qui seront prises sur le devenir de ce site auront valeur d’exemple et d’exemplarité. L’enseignement n’est pas simplement fait de paroles mais d’actes.

Nous allons ouvrir le débat, sans passion mais avec conviction, en souhaitant la meilleure écoute des différents acteurs. Les récentes évolutions sur la prise en compte du patrimoine à Marseille nous conduisent à espérer une concertation rapide qui est, sans aucun doute, de nature à honorer tous les intervenants concernés.

Que monsieur Philippe Mellinand et son équipe reçoivent ici, et à nouveau, nos plus chaleureux remerciements pour la visite conduite sous sa direction et les informations transmises dans un remarquable esprit d’ouverture et de communication. Le temps du silence est révolu. Bienvenue au temps de l’échange et de la concertation. Que Monsieur René Pierini recueille également ici ma gratitude pour sa fidélité patrimoniale et archéologique, le partage de ses photographies et sa participation à cette présentation.

Propos recueillis par Constantin LIANOS  auprès de Jean Noël Beverini

 Texte et photo Constantin LIANOS © Monsieur-Légionnaire