À  nos 50 jeunes soldats qui ont donné leur vie

Écrit par Constantin LIANOS le . Publié dans In mémoriam

À  nos 50 jeunes soldats qui ont donné leur vie

L’HOMME NE RESPECTE MÊME PLUS LA « TRÊVE DE DIEU »

Notre monde d’aujourd’hui est plus sauvage que celui du Moyen-Âge. Un Moyen-Âge pourtant tant décrié, symbole d’obscurantisme et d’aveuglement. Mais réfléchissons : dans ce Moyen-Âge si obscur et tant décrié, toute activité guerrière était suspendue durant plusieurs périodes de l’année, au total près de la moitié. Si la violence ne disparaissait pas, elle était alors contrôlée, encadrée, mise temporairement en sommeil. Les temps de l’Avent, de Noël, des grandes fêtes et les dimanches respectaient ce devoir de « Trêve de Dieu ». 

Une autorité morale imposait aux combattants le silence des armes durant ces périodes. Et ce silence était respecté. L’autorité morale du moment portait le nom d’Église. Avec la laïcisation naturelle de nos sociétés et le déclin de la chrétienté, aucune autre autorité morale n’a pris la relève. Aucune Institution internationale n’est aujourd’hui capable de réussir ce que l’Église au Moyen-Âge avait su  imposer. Ni la première Société des Nations (SDN), ni de nos jours l’Organisation des Nations unies (ONU) n’ont su se hisser à cette hauteur, à cette reconnaissance, à cette autorité. Pourtant le but de l’Organisation, son essence même, est d’assurer la Paix dans le monde. C’est précisément l’article premier de la Charte.

« Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’ agression ou autre rupture de la paix … »

Les nouveaux barbares

Les tueurs de la zone africaine dite des « trois frontières » sont les nouveaux barbares des XX° et XXI° siècles. Là encore, réfléchissons : depuis la plus haute Antiquité, par exemple, les pirates qui écumaient les mers, ravageant, pillant, tuant, étaient unanimement déclarés « ennemis du genre humain ». Hors la Loi par excellence, honte du monde.

Qui se lève, se dresse, dénonce les barbares d’aujourd’hui ? Quelle organisation internationale ? Quelle organisation non gouvernementale ? Quel gouvernement ? Quel Pays, en premier lieu celui qui se veut être reconnu comme le pays des droits de l’homme ? 

Personne ne met le barbare d’aujourd’hui au ban de l’humanité.

Pourquoi ce silence ? Et quel assourdissant silence ! 

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous voir nos écrans d’ordinateurs se rougir du sang de nos soldats et, le soir venu, allons-nous appuyer sur la fonction « éteindre » ? 

Il convient de changer la donne. Au niveau international, au niveau européen, au niveau national. Après nos 50 jeunes soldats morts pour la France au Sahel, allons-nous attendre confortablement la suite ? Le pont Alexandre III n’a pas été élevé pour voir défiler les cercueils de nos jeunes soldats. Les Invalides n’ont pas été bâtis pour célébrer leur sacrifice. De leur tombe, ces quarante neuf jeunes gens et cette jeune femme vont certainement demander des comptes. Pas à leurs chefs. Ils les respectent et leurs chefs, comme eux, exécutent.  Aux politiques.

«  L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».

Qui sont ceux que regardent aujourd’hui ces cinquante paires d’yeux ?         

Jean-Noël Beverini