Pierre Vivent : la disparition d'un humaniste

Hommage

D'un sourire pétillant, l'œil malicieux, il était toujours prêt à décocher une saillie verbale, manière de tester son interlocuteur. Ce qui n'empêchait pas l'enfant de La Fouillade, qui vient de s'éteindre à l'âge de 95 ans, au terme d'une vie menée tambour battant, de porter en lui les valeurs d'humanisme comme une seconde peau.

Pierre Vivent avec son «béret vert» lors d'une commémoration à VIllefranche./Photo DDM archives JPC

 

Légion d'honneur, Médaille militaire au feu, Croix de guerre 1939-1945, Croix de guerre TOE, Croix de la valeur militaire et douze autres décorations françaises et étrangères. Sa poitrine suffisait à peine pour contenir toutes les décorations gagnées au combat en quelques années de guerre par le légionnaire Pierre Vivent.

La Légion étrangère, il l'avait rejointe à l'âge de 24 ans, dans l'est de la France, au sein du Régiment de Légion étrangère (13e DBLE) qui, venant de Bir Hakeim et Monte Cassino, a fait le débarquement de Cavalaire. Cap vers la Tunisie, via Alger, puis l'Indochine. Au cours des 42 mois que durera ce premier séjour en «Indo», Pierre Vivent sera blessé trois fois : éclats d'obus aux bras, balle dans une rotule et grave blessure à la tête en sautant sur une mine. On le donnera pour mort au point que les autorités militaires envoyèrent une lettre dans ce sens à ses parents. Heureusement, il a pu, avant qu'ils ne la reçoivent (le courrier mettait alors beaucoup de temps et les mails n'existaient pas encore avec leur terrible immédiateté), les prévenir qu'il était toujours en vie…

Il rejoignit ensuite Madagascar pour 2 ans, avant de retrouver l'Indochine où il sera à nouveau deux fois blessé : éclats d'obus aux jambes et à l'abdomen. Il quittera l'uniforme et rejoignit un temps la vie civile. Puis rempila ensuite dans la Légion au bataillon de Corée avant de retrouver l'Indochine où une sixième blessure attendait ce grand mutilé de guerre.

Après l'Armistice, il se retrouva pour six nouvelles années au Maroc et en Algérie pour quitter définitivement l'uniforme au grade d'adjudant-chef après le putsch d'Alger à l'âge de 39 ans. Et commencer une nouvelle vie professionnelle entre Paris, le Sud-Ouest et son village de La Fouillade auquel il était viscéralement attaché.

De son passé à la Légion, Pierre Vivent retenait avant tout le formidable esprit de camaraderie.

Homme d'amitié à l'engagement farouche et à la plume alerte, il présida ensuite et de longue année l'Association des anciens combattants de la Légion étrangère qu'il avait fondée, comme celle des médaillés militaires. Pour les anciens de la Légion en manque de repères, n'avait-il pas aménagé dans son village «le relais Camerone» où il lui arrivait d'héberger des «képis blancs». Ce fils d'enseignant, défenseur de l'école publique, accompagna aussi la création de l'Association des anciens élèves du collège et des lycées de Villefranche avec ses amis de toujours.

L'engagement, il l'a eu aussi sur le terrain politique dans ce monde du radicalisme «de gauche» comme il aimait à insister auprès de Robert Fabre d'abord, puis de Jean Rigal.

L'amitié avait pour lui valeur de partage. Jusqu'à ce que la maladie commence à amputer ses sorties, «Pierrot» se démultipliait sur bien des terrains. Qu'ils soient sportifs, sans exclusive dans l'univers du ballon rond comme ovale pour celui qui fut l'ami du rugbyman Guy Boniface. Et aussi associatifs avec de nombreux coups de pouce locaux. Mais aussi festif pour ce danseur toujours vêtu du noir de l'élégance, tournant la valse comme personne.

La Corse, d'où est originaire son épouse Mireille, était une autre des passions de Pierrot Vivent qu'il aimait à faire découvrir et partager en ouvrant le gîte de la vaste maison familiale à ses proches, comme à ceux qui l'étaient moins.

Autant d'images qui défilent à l'heure du grand départ d'un homme de cœur qui n'avait pas manqué de se raconter dans un livre autobiographique coupant court à toute malveillance…

À son épouse Mireille, à ses fils et tous ses proches, «La Dépêche» présente ses sincères condoléances.

Ses obsèques seront célébrées ce vendredi 17 mars, à 10 h 30, à La Fouillade.

Avec l'aimable autorisation de la Dépêche.fr

1000 Drapeaux pour ranimer la Flamme le 5 Décembre 2016 à Paris

Opération 5 décembre 2016 : « 1000 drapeaux pour 100.000 morts. » 

( photo © ROTHOFT Jean Philippe - www.monsieur-legionnaire.org)

 

Messieurs les présidents des amicales et associations d'anciens combattants et/ou parachutistes, membres de la FNAP,

De très nombreuses associations patriotiques représentant environ 1.000.000 d’adhérents ont décidé de donner une portée publique exceptionnelle à l’hommage national qu’elles souhaitent rendre, le 5 décembre 2016, à l’occasion de la journée officielle consacrée à honorer la mémoire des victimes de la Guerre d’Algérie, à leurs 100.000 camarades qui ont donné leur vie pour la France dans les combats d’Afrique du Nord.

 

Dans ce but, elles ont décidé de réunir, ce 5 décembre 2016, "1000 drapeaux pour 100.000 morts" à l’occasion de la cérémonie de ravivage de la Flamme de la Nation sous l’Arc de Triomphe le 5 Décembre à 18 H 30.

 

Cette manifestation sera placée sous l’égide du Centre de Défense et de Coordination des combattants d’Afrique du Nord présidée par le Général (2s) Pinard-Legry, par ailleurs Président de l’Association de Soutien à l’Armée Française.

 

Le général (2s) Georges LEBEL, vice-président de la FNAP participait le 17 octobre à la dernière réunion de coordination dans le cadre du Comité National d'Entente.

 

Le Conseil National de la FNAP a ainsi décidé de s'associer à cette grande manifestation patriotique et vous propose de nous rejoindre avec votre drapeau d'amicale ou d'association. Toutes les informations utiles sont dans le document joint.

 

Le Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, président de l'AACLEM répond favorablement à l'invitation du général (2s) Jacques Lechevallier président de la FNAP et au général (2S) Remy GAUSSERES président de la FSALE ; 

 

L'Amicale des Anciens Combattants de la Légion étrangère de Marseille participera à cette cérémonie. Le Caporal-chef Michel FEUILLERET et Légionnaire de 1ere Classe Egon HOLDORF, ancien prisonnier de la guerre d'Indochine, chevalier de la Légion d'honneur trois citations, porteront les drapeaux de l'AACLEM à Paris.

 

Constantin LIANOS

Président de l'AACLEM

**********

5 décembre 2016 à Paris

1.000 drapeaux à l’Arc de Triomphe 
pour ranimer la Flamme 

« Journée nationale d'hommage aux morts pour la France  pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie »

à la mémoire des 100.000 morts d’AlgérieTunisie et Maroc, 
25.000 soldats dont 2000 légionnaires et 75.000 volontaires harkis tombés pour la France! 
 

Nous dédions cette manifestation 
aux 10 porte-drapeaux de l’Association des anciens combattants de Mostaganem successivement assassinés pendant la guerre d’Algérie

Ce 5 décembre est une date symbolique car nous voulons ainsi 
commémorer tous les héros des engagements dans ces 3 pays.

Nous honorerons ainsi les innombrables harkis assassinés après le19 mars 1962,
à qui le Président de la République vient de rendre un solennel hommage, 

Comme les 751 soldats assassinés du 19 mars 1962 au 1er juillet 1964
(dont 693 « morts pour la France »), soit un mort par jour après le 19 mars !

En envoyant votre drapeau à cette célébration
vous participerez à une acte symbolique : 
pour célébrer la mémoire de tous nos Anciens d’AFN !

Rendez-vous à 17h30 sur les Champs Elysées,
au carrefour de la Rue Balzac

(côté droit des Champs Elysées en montant vers l’Arc de Triomphe). 
Nous n’aurons pas trop d’une heure pour constituer un magnifique ensemble 
qui à 18h30 témoignera de notre volonté de ne pas oublier !

Enfin, si vous aviez besoin d’être aidés pour venir, 
ayez la simplicité de le préciser dans votre formulaire de participation. 

Nous nous sommes réunis autour de nos grandes associations pour le permettre.

Mobilisez toutes vos associations amies, 
là où vous êtes, et regroupez-vous pour venir…

Le 5 décembre prochain nous serons 1000 drapeaux auprès du Soldat Inconnu  

Honneur à nos anciens morts pour la France 
pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie !

 Pourquoi 1 000 drapeaux ?

Pour honorer la mémoire des « Morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie
et les combats du Maroc et de la Tunisie

Le choix d’une date unique

La date du 5 décembre, date de l’inauguration, en 2002, du monument du Quai Branly, a été choisie, en 2003 comme journée nationale d’hommage aux « Morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie.

Ce choix a été effectué par une commission présidée par l’historien Jean Favier et comprenant 12 membres :

• Serge Cours (Union fédérale des anciens combattants),
• Hugues Dalleau (Union nationale des combattants),
• Jean-Jacques de Bresson (Médaillés de la Résistance),
• Georges Doussin (Association républicaine des anciens combattants),
• Pierre Durr (Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre Algérie-Tunisie-Maroc), • Maurice Gambert (Fédération nationale André Maginot),

• général Bernard Gillis (Association de soutien à l'armée française),
• Jean-Claude Gouellain (Fédération nationale des plus grands invalides de guerre),
• Jacques Goujat (Union française des associations de combattants et victimes de guerre),
• Rabah Kheliff (Union nationale des anciens combattants français musulmans),
• Wladislas Marek (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), • général Guy Simon (Association nationale des anciens et amis de l'Indochine).

Les raisons de ce choix

Ce choix s’est appuyé sur une volonté délibérée de ne pas retenir une date qui n’aurait concerné que l’un des trois théâtres d’opérations. Il a été accepté par la quasi-totalité (10 sur 12) des associations d’anciens combattants concernées par la commémoration de la fin de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.

Ces 10 associations totalisent également un nombre d’adhérents largement supérieur à celui des 2 associa- tions mises en minorité.

Ce choix avait également pour objectif, indépendamment des positions prises par les uns et les autres par rapport à ces événements, de permettre aux Anciens Combattants d’AFN de se rassembler et de
se retrouver côte à côte, comme ils l’étaient hier au combat,
pour honorer la mémoire de leurs compagnons d’armes tombés en Afrique du Nord. Car tel est bien le seul but de cette journée d’hommage. Cette date ne véhicule en effet aucun autre message que celui du souvenir des morts. Elle permet à chacun de s’y associer.

C’est la raison de ce rassemblement massif, le 5 décembre 2016, tous unis, autour du souvenir des morts,

DOSSIER DE PRESSE

DOSSIER DE PRESSE

quels qu’aient été leurs opinions, leurs croyances, leurs engagements. Ils sont morts pour la France et ils méritent que devant leur tombeau (que les « disparus » n’ont malheureusement même pas eu), la France se recueille.

Les militaires français morts en AFN

Le monument du Quai Branly est le seul lieu de mémoire en France où l’on conserve les noms de tous les combattants morts pour la France en AFN. Il revêt donc de ce fait une dimension historique.
Les chiffres exacts des pertes militaires en Algérie :
(Source : La Voix du Combattant mars 2008 )

 
 

Circonstances

Effectifs

dont

 

Observations

TUES
au combat
ou du fait d’attentats (56%)

12 954

7 349 appelés 3 895 active
1 200 légion

510 africains

949 FSNA 396 FSNA

+ 3 200 supplétifs

Morts par accident (35%)

8 057

3 462 appelés 4 595 active

   

Morts
de maladie (5%)

1 114

564 appelés 621 active

   

Disparus (4%)

1071

538 appelés 462 active

 

(estimation en l’absence de chiffres complets et exacts)

TOTAL

23 196

11 913 appelés1 11 283 active2

 

21 291 Terre 371 Marine

1 047 Air 487 Gend.

 

Combats de Tunisie : 665 tués (indépendance le 20 mai 1956)
Combats du Maroc : 1
247 tués (indépendance le 03 mars 1956)
A ces pertes s’ajoutent environ 75 000 (estimation) morts après le 19 mars 1962 parmi les supplétifs de toutes sortes (harkis, moghaznis, etc...) engagés aux côtés de l’armée française et ayant péri dans des conditions assimilables à un génocide
3.
Le total des pertes humaines militaires est donc de l’ordre de
100 000 morts, dont 75 % après le 19 mars 1962. La fin de la guerre d’Algérie a ainsi entraîné un nombre de victimes TRIPLE de celui enregistré pendant la guerre elle-même4.

1 -soit1,08%deseffectifsappelésengagésenAlgérie(1101580)
2 -soit3,55%deseffectifsd’activeengagésenAlgérie(317545
3 -Selondeshistoriens,entre37000et94000Harkisontétémassacrésetenviron3000Françaisdesoucheeuropéenneontétéenlevés. Mais aucun de ces chiffres ne peut être confirmé.
4 - À ce chiffre des pertes militaires, il faut ajouter les pertes civiles : après le 19 mars 1962, officiellement, 3 093 Français d’Algérie de souche européenne ont été enlevés : 969 seulement ont été retrouvés vivants, 306 tués et 1 818 victimes disparues.

 

Pour un hommage particulier aux morts après le 19 mars 1962

En Algérie, l’armée régulière française a perdu 750 hommes après les « accords d’Evian », soit à la suite de combats sporadiques avec le FLN, soit par assassinats et enlèvements, soit encore par accidents ou mala- dies liés au déploiement militaire.

 

 

APRES LES ACCORDS DU 19 MARS 1962 l’armée française a perdu

En 1962 : 122 tués - 36 disparus (du 20 mars au 3 juillet 1962) 305tués- 120disparus(du4juilletau31décembre1962)

En 1963 : 3 officiers – 27 sous-officiers – 18 soldats engagés et 74 appelés En 1964 : 2 officiers – 12 sous-officiers – 17 soldats engagés et 15 appelés

TOTAL 751

(toutes causes confondues : attentats, enlèvements, assassinats, accidents, maladie)
dont 693 Morts pour la France (MPLF)

soit une « moyenne » de 27 morts par moispresque 1 par jour pendant 27 mois) du 19 mars 1962 au 1er juillet 1964 

 

 Parce que le choix du 5 décembre est celui de la grande majorité des Anciens Combattants d’A.F.N.

Le nombre total de militaires français ayant participé à la guerre d’Algérie et aux combats du Maroc et de Tunisies’élèveà1747927hommes(JOdu04.08.1986, page2469)

• Algérie : 1 419 125 (dont 1 101 580 appelés) • Tunisie : 165 049 (dont 121 257 appelés) • Maroc : 163 753 (dont 120 163 appelés)

Les deux associations opposées au 5 décembre représentent de 300 000 à 350 000 AC (soit 20% des AC)

Les 10 associations favorables au 5 décembre représentent près d’un million d’anciens combattants soit 60%.

Le reste (de l’ordre de 20%) n’est pas adhérent à une association. 

 Parce qu’il faut un discours cohérent

La France a reconnu implicitement que la guerre ne s’était pas achevée le 19 mars, puisqu’elle a accordé, à la demande de toutes les associations :

•La mention « Mort pour la France » à tous les militaires qui ont trouvé la mort en Algérie au-delà du 19 mars 1962, jusqu’au retrait définitif des forces françaises d’Algérie (1er juillet 1964)
•l’attribution de la
médaille commémorative AFN jusqu’au 1er juillet 1964, date du retrait définitif des troupes françaises d’Algérie (sauf forces liées à la protection des installations nucléaires du Sahara et de la base navale de Mers-El-Kébir)

•l’attribution de la carte du combattant jusqu’à une date postérieure au 1er juillet 1962, pour les militaires arrivés en Algérie après le 19 mars
En outre, le 25 septembre dernier, le Président de la République a reconnu officiellement le massacre des harkis, survenu du fait du non-respect des clauses des accords de cessez-le-feu.

Pour honorer spécifiquement ceux qui sont Morts pour la France

Depuis que les noms de personnes civiles ont été inscrits sur le Mémorial du Quai Branly, la cérémonie qui y est organisée chaque année s’adresse à tous ceux qui sont morts en Algérie, qu’ils aient été civils ou militaires.
La cérémonie particulière organisée en 2016 à l’Arc de Triomphe par le Cercle de Défense des Combattants d’AFN, a pour but de rassembler, derrière leurs drapeaux, les anciens combattants pour rendre

un hommage particulier à leurs compagnons d’armes qui ont trouvé la mort en AFN.

Pour saluer la mémoire des porte-drapeaux de MOSTAGANEM

(voir fiche correspondante)

Ce rassemblement de « 1 000 drapeaux » est l’occasion de saluer la mémoire des porte-drapeaux de l’Ami- cale des Anciens Combattants de MOSTAGANEM (Algérie). Huit d’entre eux, de souche nord-africaine, tous anciens combattants des Campagnes d’Italie, de France, d’Allemagne et d’Indochine, ont librement accepté de mourir pour avoir l’honneur de porter le drapeau de leur association. (voir fiche jointe

 

 

Morts au Champ d’Honneur pour un drapeau

L’incroyable histoire du drapeau des Anciens Combattants de Mostaga- nem,anciens soldats français des campagnes d’Italie, de la Libération de la France ou d’Indochine.

C’était un nommé Tcham Kouider qui, à Mostaganem (Algérie), portait le Dra-
peau aux cérémonies patriotiques, aux obsèques des camarades et à l’enterre-
ment des soldats qui tombaient dans cette guerre qui n’avait ni de nom ni de loi.
Tcham Kouider ressentait bien tout l’honneur qui lui en revenait et n’aurait pour rien au monde consenti à se dessaisir de sa charge glorieuse. Lorsque le FLN le menaça de mort, il en rendit compte à son président, tout simplement en bon soldat qu’il était, mais se regimba comme sous une offense lorsqu’on lui proposa de le rem- placer dans son honorifique emploi. Cela se passait vers la fin de l’année
1956.

Tcham Kouider fût abattu le 14 février 1957 par un terroriste fellagha. Sa dépouille fût portée par ses cama- rades. On fit un discours.
Caîd Mechta portait le drapeau et l’inclina bien bas devant la tombe encore ouverte. Il ne se passa pas long- temps avant que Caîd Mechta ne fût à son tour, l’objet de menaces de mort. Il rendit compte à son président et, tout comme Tcham Kouider, refusa énergiquement de renoncer à ce qu’il considérait comme un honneur, si périlleux qu’il fut. Il fut abattu le 21 juin 1957.

Bensekrane Yahia conduisit le cortège jusqu’au cimetière aux stèles blanchies et à son tour, il inclina le drapeau devant la tombe de son prédécesseur. Quelques jours plus tard, il fut lui-même menacé et lui aussi ne pût accep- ter de se renier, il porta le drapeau au cours des cérémonies du 14 juillet, il fut abattu le 8 août 1957.
Hennouni Besseghit devint le 4e porte-drapeau de cette année, il fut abattu le 5 octobre 1957.

Les évènements prenaient une meilleure tournure et Hadj Gachegache, tout raide de l’honneur qui lui était fait, ne fut abattu que le 27 août 1958. C’était pourtant au temps où il semblait qu’on apercevait le sourire de la paix et où soufflait un vent vivifiant d’espérance.
Bey Bagdad lui succéda ...Bey Bagdad fut abattu le 14 juillet 1959.

Addad Ali fit comme tous ceux qui l’avaient précédé et avec son humeur tranquille, quand il fut menacé, il refusa calmement de céder le poste dont il était investi, il fut abattu le 11 septembre 1959.
Son camarade
Rhamouni Lakdar releva sa charge et après tant d’autres, il fut abattu le 7 novembre 1960.
Il se trouva des volontaires dans la section des combattants de Mostaganem pour briguer encore l’emploi de porte-drapeau qui revint à Berlarbi Larbi. Belarbi Larbi reçut une balle dans la tête le
16 janvier 1961.

Il advint que Belarbi Larbi n’en mourut pas. Il fut, suivant le mot administratif et blasphématoire, rapatrié. Il prit le bateau pour la France, puisque la terre où il était né avait cessé d’être la France, il emporta son drapeau.
Belarbi Larbi est en France, il est toujours porte-drapeau. Il n’est pas sûr de ne pas être encore menacé. Il ne se pose pas la question de savoir ce que signifie encore le drapeau de la section des anciens combattants de Mostaganem, ni ce qu’il pourra en advenir de son drapeau et de lui-même. Il est le dixième porte-drapeau de sa section à avoir risqué sa vie pour l’honneur de porter le drapeau.

Je salue son drapeau, roulé aujourd’hui dans sa gaine et si lourd du poids de tant d’âmes et de tant de foi et de tant d’amour de la France.

Belarbi Larbi est décédé en Mai 1996, à Mantes La Jolie.

Général Paul VANUXEM (1904 – 1979)

Pourquoi refuser le 19 mars ?

La date du 19 mars est celle du cessez-le-feu décidé, en 1962, lors des entretiens entre le gouvernement français et des représentants du Front de Libération Nationale algérien, à Evian.
Elle est la source de toute une série de malentendus.....

Le premier malentendu tient au fait qu’il n’y a jamais eu d’accords officiels signés entre la France et un quelconque organisme représentant la rébellion algérienne :
1. ce que l’on appelle « les accords » d’Evian ne porte même pas ce nom dans le document d’origine établi à Evian : les conclusions des entretiens qui se sont déroulés à Evian portent le nom de « déclarations du gouvernement» 2. cette absence de référence à tout accord de type diplomatique ne confère à ces déclarations aucune valeur juri- dique au plan international et laissait, d’emblée, la porte ouverte à toutes les remises en cause, puisqu’il ne s’agis- sait que de déclarations d’intentions.

3. ces « déclarations » ont d’ailleurs été immédiatement rejetées par les instances dirigeantes de la rébellion, qui ont désavoué les représentants qu’elles avaient elles-mêmes délégués à Evian.
4. en l’absence de toute portée juridique, les conclusions des négociations d’Evian n’ont jamais pu être utilisées par la France et ses ressortissants vis-à-vis de la juridiction internationale pour faire respecter les clauses essentielles pré- vues (telles que, par exemple, les droits de propriété des européens d’Algérie, la participation d’européens aux af- faires publiques, la parité de la mise en valeur du sous-sol saharien, l’usage de la langue française, etc...)

La mise en œuvre des « déclarations d’Evian » a donc été effectuée de manière strictement unilatérale, par la France seule, sans partenaire.
Ce fut notamment le cas de ce que l’on a appelé le « cessez-le-feu ».

Le second malentendu est en effet la notion de « cessez-le-feu » décrété à partir du 19 mars 1962.
Dans une guerre « normale », cette décision, qui s’apparente à la notion d’armistice entre deux belligérants, est ap- pliquée sur le champ de bataille par les troupes en présence et conduit à une interruption des combats puis à la mise en œuvre d’un certain nombre de procédures, permettant notamment de préserver les populations. Cette situation débouche ensuite soit sur la reprise des combats en cas de désaccord entre les diplomates négociant la fin du conflit, soit sur un accord de paix entre les parties.

Dans le cas de l’Algérie, la situation était fort différente de cette procédure : la guerre n’en était pas vraiment une et l’adversaire n’avait pas d’existence internationale légale. En outre, compte tenu du caractère même de la « gué- rilla », l’ennemi sur le terrain n’obéissait à aucun commandement capable de faire appliquer un tel cessez-le-feu, d’au- tant plus qu’à l’époque, les affrontements étaient devenus rares, en raison de la mise hors-de-combat, précisément, de la plupart des rebelles, sur le territoire des départements d’Algérie.

Le cessez-le-feu ne fut donc mis en œuvre que par le commandement français, qui l’imposa à ses troupes, avec toute la rigueur d’une organisation militaire conventionnelle. L’armée française reçut l’ordre de s’enfermer dans ses can- tonnements et de n’intervenir qu’en cas de légitime défense d’elle-même. Lecessez-le-feufutdoncstrictementunilatéraletlescombattantsde«laonzièmeheure»duF.L.N. eurentalors les mains libres pour se livrer à une application particulière d’un cessez-le-feu, non validé par les instances diri- geantes de la rébellion, réfugiées à Tripoli. 

 

La date du 19 mars 1962 a donc été le signal d’une période particulièrement douloureuse de la tragédie algérienne, puisqu’il y a eu, à partir de cette date et jusqu’à l’exode total des Européens d’Algérie, plus de victimes, (d’origine européenne ou nord-africaine) que durant toute la guerre. Assassinats et enlèvements, qui avaient été pratiquement éradiqués, ont connu une virulence accentuée par la sauvagerie et le caractère irrationnel des actes commis.

Aujourd’hui encore, de nombreuses familles de pieds-noirs ne savent toujours pas ce que sont devenus ceux des leurs qui ont été enlevés à ce moment-là et qui ont été estimés, pour la seule population d’origine européenne, à 1772 personnes enlevées dont 1423 encore portées disparues à ce jour1 (contre 2788 tués et 330 disparus pour la période 1954-1962).

En ce qui concerne les harkis, qui avaient le statut légal de supplétifs de l’armée française, on évalue le nombre de leurs morts, dans des conditions particulièrement atroces (égorgements, ébouillantements, écorchages vivants, émasculations, etc....) à un chiffre (selon les historiens), compris entre 37 000 et 94 000 victimes massacrées sous les yeux de l’armée française dans les rangs de laquelle ils combattaient quelques semaines avant.

Dans ce tragique décompte, il faut aussi avoir une pensée pour les populations d’origine algérienne qui s’étaient en- gagées aux côtés de la France et qui ont également été impitoyablement massacrées dans leurs douars, au fond des montagnes, sans que l’on puisse avancer un chiffre qui ferait sans doute horreur.

Enfin, et ce n’est pas le moindre fait au regard de la démarche de mémoire que recherchent aujourd’hui les Anciens Combattants de cette époque, 750 militaires français ont trouvé la mort après le 19 mars 1962. L’arméefrançaiseesteneffetdemeuréeenAlgériejusqu’au2juillet19642 etacontinuéàéprouverdespertes,par attentats ou enlèvements, jusqu’à cette date.

Le troisième malentendu est d’origine plus récente, car, dans l’imaginaire populaire français, qui ne connaît pas vrai- ment l’histoire de cette période, on a facilement tendance à placer la commémoration de la fin de la guerre d’Al- gérie au même niveau aue l’armistice du 11 novembre 1918 (qui a été demandé par l’adversaire en raison de la victoire, sur le terrain, des troupes alliées) ou que la Victoire du 8 mai 1945 (qui a été imposée par les Alliés à l’Alle- magne totalement vaincue).

Il est bien compréhensible, en effet, que le million et demi de jeunes Français qui ont été envoyés défendre les cou- leurs de la France en Algérie veuillent aujourd’hui commémorer la fin d’un événement qui a marqué leur jeunesse. En mémoire de leurs 100 000 compagnons d’arme (25 000 soldats et 75 000 harkis) morts après cette date, ils ne peuvent célébrer le 19 mars.

Vouloir célébrer le 19 mars est un déni d’honneur à l’égard de ceux qui sont morts avant cette date, car ils seraient alors morts pour rien et un déni de mémoire à l’égard de ceux qui sont morts après cette date, parce que la France les a abandonnés à leurs tueurs.

1 -selonleschiffresactualisésparl’étudedeJean-JacquesJORDI,danssonlivre«Lesdisparuscivilseuropéensdelaguerred’Algérie,unsilenced’Etat » publié en octobre 2011 aux Editions Soteca.

2 -lestatutd’anciencombattantad’ailleursétéaccordéauxayant-droitsjusqu’au2juillet1962,prouvantainsiquelaguerren’apascesséle19mars1962. 

 

 

Ceux que l’on regroupe aujourd’hui sous ce titre générique appartenaient en fait à diverses catégories de Français de souche nord-africaine, civils ou militaires, qui avaient fait le choix de servir la France.

Outre les unités de supplétifs militaires créées au début de la guerre d'Algérie, pour renforcer l'armée française et faire participer la population à l’autodé- fense de leurs villages, l’appellation de harkis s’ap- plique en effet aujourd’hui également à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sous l’uniforme ou non, ont servi la France, ainsi qu’à leurs descendants et aux militaires de l’armée régulière (tirailleurs, spahis, an- ciens combattants, etc...).

Lorsque sonna l’heure du cessez-le-feu, le 19 mars 1962, les dispositions des « Accords d’Evian », qui pré- voyaient notamment la promesse de non-représailles, furent immédiatement appliquées par le gouverne- ment français. Confiant dans la parole de la France et de leurs chefs, environ 90% des supplétifs choisirent de regagner leurs villages.

Commencèrent alors les premières représailles, sous forme de règlements de compte s’appliquant aussi bien aux supplétifs eux-mêmes qu’à leurs familles

(mais également aux civils européens et aux militaires réguliers nord-africains ou européens)
Très vite alertées par les unités encore présentes sur le terrain le gouvernement confirma pourtant, par une décision du Comité des Affaires Algériennes, sa posi- tion en interdisant toute initiative de secours en de- hors des cas de légitime défense ou d’attaque caractérisée.

Il fallut attendre plusieurs mois (septembre 1962) et des milliers de morts pour que, devant l’ampleur et les conditions des massacres dont les nouvelles parve- naient aux autorités françaises, celles-ci se décident enfin à réagir et à adopter un véritable plan de sauve- tage, qui se traduit notamment par la création, en Al- gérie de quelques camps, gérés par l’armée, où sont regroupés ceux qui parviennent à s’échapper et à venir chercher secours auprès de l’armée française.

De véritables convois sont organisés, dans la plus grande discrétion vis-à-vis des autorités algériennes, pour permettre l’embarquement de ces réfugiés et de leurs familles, à destination d’une terre que seuls les plus anciens connaissent, souvent pour y avoir com- battu en 1944-45.

Débordé par l'exode des Français d'Algérie, le ministre des Rapatriés laisse la charge des supplétifs au minis- tre des Armées, qui les installe sous la tente dans des camps de transit, avant de construire des baraque- ments (terminés en décembre1962), d'en transférer quelques-uns dans des hameaux forestiers, puis de créer deux camps d'accueil pour ceux qui ne peuvent s’intégrer.

Restés fidèles à leur statut de « Français à part entière », les harkis et leurs familles sont alors victimes d’une forme d’ostracisme orchestré par les médias qui re- layent les accusations de collaborationnisme proférées par le FLN en Algérie. Plus récemment, lors d’une vi- site officielle en France, le Président Bouteflika lui- même osera reprendre cette accusation lors d’un discours à l’Assemblée nationale française...

Malgré cet apparent abandon, tous les gouvernements, à partir du Président Pompidou, se sont pourtant in- téressés au sort des harkis et différentes mesures ont été, peu à peu, adoptées en leur faveur, sous forme de plans d’aide, de statuts de victimes ou d’hommages par les plus hautes autorités de l’Etat.

Il n’en demeure pas moins aujourd’hui, plus de soixante

ans après ces faits qui ne font pas toujours honneur à la France, que les harkis et surtout leurs descendants sont avides d’une reconnaissance morale qu’ils n’ont pas le sentiment d’avoir obtenu à travers les diffé- rentes mesures matérielles prises en leur faveur, no- tamment au regard de la situation qui est faite aux algériens immigrés en France depuis la fin de la guerre et dont les parents n’ont pas toujours les états de ser- vice de ceux des harkis.

Mais, c’est grâce aux Harkis que l’on parle encore de cette guerre qui s’enfonce peu à peu dans l’oubli. Car l’arrachement à leur terre natale reste une plaie vive, aussi vive qu’elle l’est pour les Pieds-Noirs et tous ceux qui s’étaient attachés à l’Algérie.

La récente reconnaissance, par le Président de la Ré- publique, le 25 septembre dernier, à l’occasion de la journée d’hommage aux Harkis, créée en 2001, des souffrances endurées par ces hommes et ces femmes du fait de l’abandon de la France, constitue toutefois un pas vers l’écriture de la vérité de ce que furent la guerre d’Algérie et les conséquences de l’accord de « cessez-le-feu » du 19 mars 1962, qui fut, notamment pour les Harkis, le début d’une période de massacres et de souffrances qui ne peuvent s’oublier.

CERCLE DE DEFENSE DES COMBATTANTS D’AFN (CDC-AFN)

18rueVézelay 75008PARIS Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Origines du CDC-AFN

LeCerclepourlaDéfensedesCombattantsd’AFNestnéennovembre1997d’uneinitiativedel’UNACITA1 etdeson président, le général GAYRAL.
Lorsque celui-ci s’est retiré, en janvier 2000, il a souhaité que ce soit l’ASAF qui héberge le Cercle et que son prési- dent, le général GILLIS, en soit responsable, en qualité de délégué national. A l’époque, on ne savait pas trop quelle forme juridique il conviendrait de donner à ce Cercle : association, fédération d’associations...

Finalement, sur une idée de M. Bernard BÔLE DE CHAUMONT, vice-président de l’ASAF, président DRAC2, prési- dent Victoire3, la solution retenue a été de réunir les associations du Cercle, de manière informelle, par un protocole d’accord,fixantle butgénéralduCDC,quiestdeluttercontreladésinformationvisantlerôledescombattantsen AFN.

Objectifs du CDC-AFN

Dans le cadre du but retenu par le CDC, deux points particuliers figurent dans le protocole :

1°) le refus de retenir la date du 19 mars 1962 comme date de commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, 2°) Le second objectif prévu par le protocole est de contribuer à la diffusion de la mémoire et de la vérité. Cette action a été réalisée par :
-
la publication d’un Livre blanc, Mémoire et Vérité des combattants d’AFN, qui a été réalisé en 2001, avec les Edi- tions « Contretemps »
-
la publication d’un numéro Hors Série de l’ASAF, en 2012, consacré au rôle de l’armée en Algérie.
ainsi que par les différentes publications internes réalisées par les membres du CDC dans leurs revues associatives.

Participation au Cercle

Le Cercle est ouvert à toutes les Associations adhérant aux objectifs du CDC. Avant de déposer leur candidature, elles peuvent participer comme « invité » à une réunion.

1 -UNACITA:UnionNationaledesAnciensCombattantsd’Indochine,desTOEetd’AFN.

2 -D.R.A.C.:DroitsdesReligieuxAnciensCombattants(devenuDéfenseetRenouveaudel’ActionCivique) 3 -PromotionVICTOIRE:promotiondel’EcoleSpécialeMilitaireInterarmesde1945(néedel’amalgame)

COMPOSITION DU CDC - AFN (au 01.06.2016)

l’Amicale des anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (AASDN) l’Association des combattants de l’Union française (ACUF)
l’Association Défense et Renouveau de l’Action Civique (DRAC)
l’Association nationale des Anciens des forces françaises de l’ONU

et du régiment de Corée (ANAAFF-ONU-RC)
L’Association SECOURS DE FRANCE
L’Association SOLDIS ALGERIE (militaires portés disparus en Algérie)
l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)
le Conseil national des Français musulmans rapatriés (CNMFR)
la Fédération nationale des anciens combattants résidant hors de France (FACS) la Fédération nationale des anciens d’Outre-mer

et anciens combattants des Troupes de marine (FNAOM-ACTDM)
la Fédération nationale André Maginot (FNAM)
la Fédération nationale de l’Artillerie
la Fédération nationale des associations parachutistes (FNAP) laFédérationdesSociétésdesanciens delaLégionétrangère(FSALE)
la Koumia, association des anciens des goums marocains et des Affaires Indigènes du Maroc la Promotion Victoire 1945

l’Union des blessés de la face et de la tête (UBFT) Fondation des « gueules cassées » l’Union nationale des anciens combattants d’Indochine, des TOE et d’AFN (UNACITA) l’Union nationale de l’Arme blindée cavalerie chars
l’Union nationale des combattants (UNC)

l’Union nationale des parachutistes (UNP)

Délégué national du CDC : général Henri PINARD LEGRY, président de l’ASAF

Coordonnateur national du CDC : général Henry-Jean FOURNIER, président de SOLDIS 

 

Chers amis,

C’est avec une grande tristesse que nous vous faisons part du décès ce jour (27 Septembre 2016) du Professeur Ivan BELTRAMI, ami du président et membre de l'AACLEM. Ivan cumulait les titres de Professeur de Médecine, d’ancien Résistant et de Juste parmi les  Nations. Il était sans doute le dernier Juste vivant à Marseille. 

A l’âge de 96 ans Ivan achève une vie bien remplie et accomplie dans l’honneur. Il était né le 14 Juin 1920. 

Dernier Juste vivant à Marseille, il avait créé l’Association des Justes de France pour Yad Vashem.

 

J'ai rencontré Ivan en 1986 au cours d'un témoignage aux élèves d'un lycée, puis retrouvé à Marseille en Septembre 2000 à mon retour de Tahiti.

 

Avec ses proches nous avons souvent fêté son anniversaire à Port Alon à SAINT CYR SUR MER.

 

Ivan était membre de l’AACLEM et plusieurs autres associations, Société des Membres de la Légion d’Honneur du comités Marseilleveyre, MVR, des Combattants Volontaires et Médaillés de la Résistance des Bouches du Rhône. 

 

Ivan BELTRAMI était ;

Chevallier de l’ordre de la Légion d’Honneur, 

Chevallier de l’ordre National du Mérite

Titulaire de la Croix de Guerre 1939/45, 

Médaille de la Résistance,  

Croix du Combattant Volontaire de la Résistance., 

Croix du Combattant, Médaille de la reconnaissance de la Nation

Médaille des engagés Volontaires

Palmes académiques

Médaille de bronze de la jeunesse et des sports  

****

Nous sommes allés voir son arbre à Yad Vashem à Jérusalem avec les membres de l'AACLEM en 2014.

 

Les obsèques d’Ivan BELTRAMI ont eu lieu le Vendredi 30 septembre 2016 à 15h15 en la Basilique du Sacré-Cœur.

 

Après la cérémonie religieuse célébrée par Mgr le Chanoine Jean-Pierre ELLUL, et l'éloge funèbre, trois présidents d'association dont Ivan faisait partie rendaient un dernier hommage sur le parvis de l'église.

 

Le coussin avec ses décoration était porté par le président de l'AACLEM.

 

Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, président de l'AACLEM.

 

Eloge funèbre en fin de page 

Photos © Constantin LIANOS

Photos © Constantin LIANOS

Photos © Constantin LIANOS

Ivan-BeltramiIvan-Beltrami

Photos ©  archives d'Ivan Beltrami 

Biographie et hommage à Ivan Beltrami Juste parmi les nations : 

 
   

Notice

En 1940, Ivan Beltrami* était étudiant en médecine à Marseille.

Le 31 juillet 1940, Vichy décide d'enrôler 86 740 jeunes nés entre mars 1939 et janvier 1940 dans des "camps de jeunesse" dépendant du ministère de la Famille et de la Jeunesse.
En octobre 1941, Ivan Beltrami* est ainsi recruté de force. 
Il y fait la connaissance de Jean Bernard, un juif français mobilisé comme lui qui habitait avec son père et ses sœurs, boulevard de la Corderie. 
Les deux jeunes hommes, ouvertement opposés à la doctrine vichyste du bataillon, attirent la curiosité de leurs supérieurs qui décident alors d'enquêter sur les deux réfractaires. 
Ils découvrent que Jean Bernard est juif, et l'envoie en camp disciplinaire "pour opposition à Vichy". 
Ivan Beltrami* qui avait la responsabilité de l'infirmerie réussit à y fait admettre Jean Bernard "pour affection rénale grave". Peu de temps après, toute l'infirmerie fut consignée pour présomption de typhus. Plus personne ne pouvait donc y entrer ni en sortir.
Après un mois, la quarantaine est levée. Jean Bernard est alors dirigé discrètement vers le service du Docteur Boisnar de l'hôpital Boulouris qui le cachera jusqu'à sa démobilisation en juin 1942.

                                                          © Photo archives Ivan Beltrami

En 1942, Ivan Beltrami* devint agent de liaison de l'état-major de l'Armée secrète du général Schmitt, dit Keller.

En juin 1942, Ivan Beltrami* est admit par le Professeur Moiroud dans son service de l’Hôtel-Dieu. Il partage son temps entre le Service de Chirurgie et l’École Dentaire, située à 50 mètres en passant par la montée des Accoules. 
Puis les cours reprennent en octobre 1942.

La grand-mère maternelle d'Ivan Beltrami* occupait un appartement au 2 boulevard Michelet. Malade, Mme Beltrami décida de la prendre chez elle. L’appartement étant libre, Ivan Beltrami* pu l'occuper et offrit l'hospitalité à deux camarades étudiants, Michel Meyer et Jean-Pascal Guérin.

En novembre 1942 où l’on apprit que les troupes américaines avaient débarqué en Afrique du Nord et le 11 novembre 1942 les Allemands pénétraient en zone libre. Le 12, les tanks allemands défilaient sur la Canebière.
À Marseille, ce fut la panique. Le Grand Hôtel vidé, le Cintra était désert. Fin novembre, en sortant du Pharo, Ivan Beltrami* rencontre Jean Bernard. Son père, particulièrement repéré par les Allemands, avait quitté précipitamment Marseille ; il n’avait aucune nouvelle, il n’osait pas retourner dans l’appartement du Boulevard de la Corderie, qui avait déjà reçu la visite de la police allemande ; il était sans argent, et c’est donc spontanément qu'Ivan Beltrami* lui propose de venir habiter avec eux dans l’appartement assez spacieux.
Afin de les aider à subvenir à leurs besoins, M. et Mme Bletrami augmentent le budget d'Ivan Beltrami*.

Quelques jours après, Ivan Beltrami* reçoit un appel téléphonique de René David. Médecin oto-rhino, juif d'origine roumaine réfugié à Marseille, René David avait aidé Ivan Beltrami* à préparer les concours des Hôpitaux. 
Les Allemands étaient venus perquisitionner dans l’hôtel où il se trouvait, fort heureusement il n’était pas présent. Il ne savait pas où aller. Ivan Beltrami* l'accueillit sans hésiter.

Jean Bernard ne portait pas l’étoile jaune, ni le tampon Juif sur sa carte d’identité, et son nom et son aspect physique le mettait à l’abri de tout soupçon. En revanche, René David, bien que de nationalité Française, avait un type sémite et un accent roumain très prononcé.

Un matin, vers la fin janvier 1943, Michel et Jean-Pascal étaient déjà partis à l’hôpital. Il était environ 8 h 30. Ivan Beltrami* allait partir à son tour. René David venait de sortir et soudain, il le vit remonter le visage livide : "Les Allemands ont cerné le quartier ; ils perquisitionnent dans les maisons... Que faire ?"
Une partie de l’appartement donnait sur une terrasse, mais il y avait ceci de particulier, c’est que la salle de séjour faisait une légère avancée sur cette terrasse. Ivan Beltrami* leur conseille alors de se cacher sous l’avancée... Quelques instants plus tard, on sonne à la porte. Ivan Beltrami* ouvre et se trouve en présence de deux Feldgendarmes et d’un civil : 
Police allemande. Il y a des Juifs qui habitent ici.
- Pas le moins du monde ! Nous sommes trois étudiants en Médecine et mes camarades sont déjà partis à l’hôpital
".
Ils inspectent la pièce, voient le tableau noir avec des dessins anatomiques, des livres de médecine, puis visitent toutes les pièces :
Et là, qu’est-ce qu’il y a ?
- C’est une terrasse
.
L’un d’eux se dirige vers la fenêtre qui surplombe l’avancée, l’ouvre juste au-dessus de ses deux amis cachés et ne voit rien ! Il referment la fenêtre et vérifie l'identité du jeune étudiant.
C’est bon disent-ils et ils se retirent.
Ivan Beltrami* laisse ses amis sous l’avancée et au bout d’un certain temps, il descendit pour vérifier que les Allemands étaient partis. Il les délivre alors de leur cachette... 
Si le policier allemand, au lieu d’ouvrir la fenêtre qui surplombait l’avancée avait ouvert celle de la cuisine qui était à côté, il les aurait certainement aperçus. 
Mais il fallait prendre des décisions : Jean Bernard venait d’avoir des nouvelles de son père et de ses sœurs qui étaient réfugiés dans la Drôme et il décida de les y rejoindre. Mais que faire de René David ?

Ivan Beltrami* téléphone à sa mère qui était au courant de l’hébergement des deux pensionnaires :
Amène-le immédiatement répondit-elle.
M. et Mme Beltrami occupaient une villa au 30 Promenade de la Plage. Cette villa présentait, sur le devant, une grande terrasse qui surplombait un garage et celui-ci était occupé par les troupes allemandes.
René David fut installé dans une chambre du second étage, avec interdiction d’en sortir afin de ne pas se faire repérer ou dénoncer.

Jean-Pascal partit chez lui à Aix-en-Provence et Michel invita Ivan Beltrami* à venir passer quelques jours au Cannet de Cannes où il présenta son ami à ses parents et à sa sœur (qui allait devenir son épouse).

De retour à Marseille au bout de 4 ou 5 jours, Ivan Beltrami* rendit visite à sa mère. Les nouvelles n’étaient pas bonnes.
René David souffrait énormément. Le Docteur Aubert, qui était un ami de M. Beltrami s’était exceptionnellement déplacé et avait diagnostiqué un phlegmon péri néphrétique. Il fallait l’hospitaliser d’urgence et l’opérer. il consentit à l’admettre dans sa clinique à Saint-Julien sous un faux nom. Ivan Beltrami* réussit à trouver un taxi à gazogène et amenait René David à la Clinique.
Le voyage en taxi n’était pas de tout repos. Les Allemands avaient posté des barrages dans les différentes artères de la ville et arrêtaient les véhicules pour contrôler leurs occupants. Il fallut demander au taxi d’emprunter des petites rues, de faire d’importants détours.
Le Docteur Aubert lui dit :
Les Beltrami, je ne veux vous voir ici sous aucun prétexte et, surtout, n’essayez pas de téléphoner pour avoir des nouvelles.
Quelques jours après, ils reçurent un appel téléphonique du Docteur Aubert :
Les Allemands fouillent les hôpitaux, les cliniques, venez vite chercher votre malade, d’urgence !
Ivan Beltrami* fit à nouveau le voyage en taxi et le Docteur Aubert lui expliqua qu’il n’était pas encore guéri et qu’il fallait lui refaire son pansement. 
De retour à la villa, sa mère lui dit :
Ton père et moi sommes capables de refaire un pansement.
René David restera près d’un mois chez les Beltrami avant de partir se réfugier à Paris.

Profitant que la police française et allemande étaient occupées par la rafle du Vieux-Port, Ivan Beltrami* va chez ses amis juifs leur dire de s’enfuir. Ils étaient tous partis.
Il se rend alors chez une dame âgée, amie de la famille, propriétaire avec son mari d’un établissement de bain "Le Roucas Blanc", à qui que il conseille vivement de partir. Elle lui répondit :
Je ne peux pas, mon mari est hospitalisé à l’hôpital de la Conception et dès qu’il pourra sortir, nous serons dirigés par les Allemands à la campagne où nous seront réunis à l’abri des bombardements. Ils seront tous deux déportés sans retour.

Le 23 mai 1943, son frère le docteur Francis Beltrami, résistant lui aussi, sous-chef du réseau Gallia, fut arrêté par la Gestapo, torturé dans les locaux du 425 rue de Paradis et déporté à Buchenwald. La Gestapo se mit alors à surveiller Ivan Beltrami* qui avait remplacé son frère au service interne, service qui assurait la liaison entre les détenus chrétiens ou juifs, produisait de faux certificats et permettait de retarder, sinon d'empêcher, l'enlèvement de ces derniers par la Gestapo.

En janvier 1944, Ivan Beltrami* obtint une place d’externe au service du Professeur De Vernejoul et épouse la soeur de Jean-Pascal Guérin.
Après la mairie et la bénédiction en l’église de Saint Giniez, un repas fut organisé où à part la famille, seuls assistaient le Professeur De Vernejoul et deux voisines, Madame Raphaëlle et sa fille.
Peu de temps après leur mariage, le 8 janvier, ils reçoivent des autorités allemandes, l’ordre d’évacuer la villa de la Plage, le littoral devenant une zone interdite, de plus, l’organisation Todt avait commencé les travaux de défense de la côte. Murs de béton, blockhaus qui faisaient partis du mur de la Méditerranée.
Ils s'installèrent 171 avenue du Prado, jouxtant le 4 de la rue Borde, dont les terrasses se faisaient face et toujours occupé jar Madame Schmitt et son fils Maurice, âgé de treize ans.
C’était un tout petit appartement de quatre pièces où ils habitent avec M. et Mme Beltrami, la grand-mère d'Ivan Beltrami* et le vieux valet de chambre.

Au début mai 1944, les Allemands viennent poser des questions.
La menace semblait sérieuse et un ami d'Ivan Beltrami* lui suggère de rejoindre les Chantiers de Jeunesse dans l’Ain qui réclament des médecins ou des étudiants en médecine. C'est ainsi qu'Ivan Beltrami* est engagé comme moniteur médical à Bourg-en-Bresse et envoyé à Gevrieux, où son épouse viendra le rejoindre. Ils y resteront jusqu'au 6 juin, date du débarquement allié, puis regagneront Marseille.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem

Histoire

La Libération de Marseille

Le lundi 21 août à 16 heures, je reçus l’ordre de notre chef de groupe Adrien d’aller à la gendarmerie du PRADO, d’accord avec cette dernière, pour récupérer des armes. Au moment où, avec la voiture, nous récupérions les armes, des mousquetons de cavalerie, un camion allemand passa à vive allure, les F.F.I. ripostèrent.

Munis de nos armes et munitions, nous nous couchâmes derrière les platanes, rejoints par d’autres F.F.I., ce qui totalisait environ 35 à 40 hommes. Deux camions allemands passèrent encore à vive allure, accueillis par un feu nourri. Arrive alors un détachement allemand à bicyclettes ; ils furent pris pour cible et eurent plusieurs hommes touchés, les survivants allèrent se réfugier dans le garage MATTEI.

J’avais à côté de moi un garçon que nous avions recruté quelque temps auparavant, mince pour ne pas dire maigre, des lunettes ; je me demandais quelle pouvait être la valeur de ce combattant quand un soldat Allemand, quittant l’abri d’un arbre, voulut se réfugier dans le garage MATTEI ; avant même que nous ayons réagi, il avait tiré presque sans viser et atteint l‘allemand qui s’effondra. Il devait renouveler ce tir par la suite. Devant mon étonnement, il m’expliqua qu’il avait été champion de tir du groupe d’Armées de l’Est, en février 1940.

Notre intention était alors de donner l’assaut du garage MATTEI, donnant à l’arrière, sur le chemin du Rouet. C’est alors qu’arrivèrent deux camions allemands qui furent arrêtés avant le boulevard Périer, à la hauteur de la rue Daumier. Ils étaient assaillis de trois côtés par ceux qui étaient dans les murettes du garage MATTEI, nous autres derrière les platanes du PRADO et enfin, les occupants d’une voiture CITROEN, avec les insignes F.T.P. qui passaient et repassaient à vive allure en mitraillant les Allemands. Comment n’ont-ils pas été atteints ! Ce fut un miracle !

Mais les Allemands, qui avaient réussi à sortir des camions, s’étaient eux aussi réfugiés derrière les arbres et nous tiraient dessus. C’est alors qu’arrivèrent en trombe, sirènes sonnantes, deux ambulances de la Croix Rouge. Nous cessâmes de tirer, les Allemands firent de même et nous vîmes descendre quatre jeunes femmes qui se mirent à ramasser les blessés F.F.I. et allemands avec un calme et un sang-froid dignes d’admiration. C’est cela le véritable courage, un acte dangereux accompli avec maîtrise et sang-froid. Dès qu’elles eurent fait demi-tour avec leurs ambulances, le combat reprit mais dut cesser car la nuit vint, une nuit noire où l’on ne distinguait rien. Les Allemands en profitèrent pour se retirer.

Mais dans l’éventualité de leur retour, des F.F.I. restèrent dans le garage MATTEI et nous gagnâmes la crypte de l’église du Sacré-cœur, qui n’était pas terminée, pour parer à toute éventualité. Quand nous pénétrâmes dans la crypte, éclairée vaguement par des lampes de poche et des bougies, j’entendis gémir.

Je découvris, au milieu des F.F.I., un jeune soldat allemand blessé. Je m’approchai et m’aperçus qu’il avait reçu une balle dans la région pubienne et, dès que l’on enlevait un pansement compressif de fortune, du sang perlait, mélangé à l’urine. Je ne pouvais rien pour lui. Alors, toute ma haine s’évanouit à la vue de ce pauvre gosse qui souffrait et était en train de mourir.

N’y tenant plus, je dis :
- Je vais chercher de la morphine chez mon père qui est médecin et qui habite à côté.
- Tu restes ici tu ne vas pas te faire descendre pour un salopard, dis-toi bien qu’il n‘aurait pas hésité à faire partie du peloton d’exécution pour te fusiller.
Je dus m’incliner, la mort dans l’âme.

À l’orée du jour, constatant que les Allemands avaient abandonné le terrain, je gagnais notre P.C. qui était situé rue Antoine Maille, près du boulevard Baille, chez les frères ABBO.

Là, tous les hommes, quarante environ, furent équipés, tous munis d’un casque Adrian noir sur lequel était peinte une croix de Lorraine, d’un mousqueton de cavalerie ou d’une mitraillette Sten, de grenades allemandes, deux F.M., quatre voitures et six motocyclettes.

Adrien me confia douze hommes et comme je parlais parfaitement l’Espagnol, il me confia quatre Espagnols qui avaient participé en 1934 à la révolte des Asturies, on les nommait les "dynamiteurs asturiens". C’étaient des garçons qui avaient beaucoup souffert et avaient un mépris total du danger.

Je peux dire que ce sont eux qui me procurèrent la plus grande peur de ma vie.

Nous prenions nos repas au P.C. et comme nous avions intercepté une voiture allemande qui contenait des cigares, ils les fumaient. Mais ceci n’aurait eu aucune conséquence s’ils ne portaient pas des tayoles dans lesquelles étaient plantées des cartouches de dynamite dont la mèche pendait hors de la tayolle, avec la cendre du cigare qui tombait à proximité de la mèche.

Devant ma réaction violente, en présence d’une telle inconscience, ils me traitèrent de "Cobarde", traduisez froussard.
Mais par la suite, ils me conservèrent toute leur estime.

Le mardi, on nous prévient au P.C. que les patriotes qui avaient occupé la Préfecture la veille étaient attaqués par les Allemands. Rapidement, nous nous portâmes à leur secours, en descendant la rue Edmond Rostand, nous protégeant de chaque côté de celle-ci dans les encoignures de portes, ne voulant pas servir de cibles à des tireurs éventuels.

N’entendant pas tirer, Adrien, suivi de deux hommes, décida de partir en éclaireur. Il nous demanda de ne pas bouger. C’est ce que nous fîmes en ordonnant aux habitants de laisser les portes ouvertes.

Brusquement, à la Préfecture, débouche un camion blindé venant probablement du Cours Pierre Puget. Il fut reçu par un feu nourri, il s’engagea pour remonter dans la rue Edmond Rostand à vive allure. Tous les membres du groupe Adrien entrent dans les maisons et referment les portes. Au moment où je me retourne pour entrer à mon tour, le ou les occupants de la maison me referment la porte au nez. Je me jetai alors dans l’encoignure inférieure et au moment du passage du camion à ma hauteur, je fais de même dans l’encoignure inverse.

J’eus le temps, en un éclair, d’apercevoir un soldat Allemand qui me regardait. Si le camion s’était arrêté, j’étais un homme mort… Heureusement, il avait d’autres chats à fouetter et il poursuivit sa route à grande vitesse. Fou de colère, j’essayai de défoncer la porte, devant la lâcheté, la panique de ces gens qui n’avaient pas hésité à me sacrifier pour leur sécurité.

Mais mes camarades m’entraînèrent, nous avions reçu l’ordre d’occuper le central téléphonique Dragon que les Allemands venaient d’abandonner. Je ne tardais pas à m’apercevoir que ce renseignement était faux. Je m’avançais donc à la tête de mon groupe, rue Paradis, je longeais l’église Saint Joseph en toute tranquillité et en pénétrant dans la rue Dragon, aux fenêtres du premier immeuble, en un éclair, j’aperçois des soldats Allemands. Faisant demi-tour, je me jetais à plat ventre sur les marches de l’église Saint Joseph, non sans avoir entrevu un objet volant passer au-dessus de ma tête. Je restais allongé pendant plusieurs secondes, protégé par un pilier de l’église.

C’est un de mes hommes qui me releva et me désigna l’objet, c’était une grenade allemande à manche. Elle n’avait pas éclaté.
- Ce con-là était trop pressé, il ne l’a même pas amorcée, me dit-il.
Dans les grenades allemandes, un cordonnet était situé dans le manche et il suffisait de tirer le cordonnet pour l’amorcer afin qu’elle éclate.

Ce garçon qui s’y connaissait au point de vue armes démonta la grenade, sortit le cordonnet, me le tendit et me dit :
- Passe- le autour du cou, cela te portera bonheur.
Je jugeais immédiatement la situation, il nous était impossible, avec l’armement que nous avions, de donner l’assaut au central téléphonique sans essuyer de grosses pertes. Je décidais de nous replier sur notre P.C. rue Antoine Maille.

Deux émotions aussi fortes m’avaient anéanti, c’est dans un état presque second que je regagnais notre P.C. En arrivant Place Castellane, nous avons constaté que des combats très durs s’étaient déroulés, principalement dans la pharmacie du boulevard Baille, et que les pertes étaient élevées, autant du côté des F.F.I. que des Allemands, mais je ne peux parler de ce combat, n’y ayant pas assisté.

Le jeudi 24 août 1944, nous avions à notre disposition un camion, je reçus l’ordre de faire jonction avec les éléments de la 1re Armée Française qui avait libéré Aubagne. On installe un F.M. sur le toit du camion et avec douze hommes, nous prenons la route d’Aubagne. Nous traversons la Capelette, Pont de Vivaux puis Saint-Loup, sans rencontrer âme qui vive. Puis, à Saint-Marcel, nous rencontrons un détachement précurseur de la 1re Armée, composé d’une jeep et d’un half-track chenillé, armé d’une mitrailleuse de 12.7.

Après les congratulations d’usage, nous proposons au Lieutenant qui commandait le groupe de le précéder pour le conduire jusqu’à Marseille. Il refusa, stipulant que c’est à lui à passer en premier. Nous lui assurons que la voie est libre car nous venons d’arriver sans encombre. Nous les-suivons donc.

Soudain, à Saint-Loup, dans un virage, à la hauteur du cinéma, une canonnade ! J’eus le temps d’entrevoir la jeep et le half-track qui brûlaient et un obus traçant qui vint frôler l’arrière de notre camion. Comme nous n’avions pas abordé le virage, le chauffeur avec sang-froid, jeta son camion sur la gauche dans un petit chemin, et nous avons eu le temps d’apercevoir un canon anti-tank allemand... Nous descendons du camion et décidons de prendre ce canon à revers en passant par les maisons qui bordaient la route. Comment ce canon se trouvait-il là alors qu’une demi-heure avant, la route était libre ?

Nous avisons une maison qui semblait faire l’affaire, personne ne répond. Nous décidons alors d’enfoncer la porte, mais un homme qui était là nous dit que les propriétaires étaient dans une cave en face. J’envoie deux hommes qui reviennent en me disant que les propriétaires refusaient de donner la clé. Nous enfonçons la porte.

Pendant ce temps, très en colère, j’arrive dans la cave et dit :
- Qui sont les personnes qui refusent de donner la clé.
Une femme affolée me répond :
- C’est moi Monsieur, mais ne nous faites pas de mal.
- Mais Madame, nous sommes des patriotes qui vous délivrent des Allemands, calmez-vous, voyons !
et au moment où je remonte l’escalier de la cave, j’entends une voix qui dit :
- Quand même, cela a beau être des Français, ils ont de drôles de mines patibulaires.
Il est vrai que nous nous battions depuis quatre jours sans presque dormir, sans nous laver et que nous avions sur le visage un véritable masque de sueur, de poussière et de poudre.

La maison se trouvait être dans une position idéale et par un soupirail, on pouvait prendre une portion de la rue où se trouvait le canon en enfilade. Mais la nuit était noire, à peine éclairée au début par le half-track et la jeep qui brûlait pouvait favoriser le départ des Allemands. Chaque fois qu’un mouvement suspect se manifestait, une rafale de fusil-mitrailleur, bien camouflé, retentissait, rendant le moindre déplacement impossible.

Au matin, protégés en nous infiltrant par les jardins, nous encerclâmes le canon. Les Allemands se rendirent. Mais non loin de là, étaient le half-track et la jeep calcinés, ainsi que le cadavre du Lieutenant et de ses hommes.

Nous pûmes ainsi retourner à notre P.C. avec nos prisonniers que nous remîmes par la suite aux soldats de la 1re armée.

Mais auparavant, nous nous arrêtâmes à l’hôpital de la Conception pour laisser deux de nos hommes blessés, fort heureusement peu gravement. J’accompagnais l’un d’eux allongé sur un brancard, quand dans la galerie qui menait au service De Vernejoul, je rencontre un patron dont je tairai le nom et qui m’interpella :
- Beltrami ! Vous êtes fou, votre mitraillette.
- Quoi ma mitraillette ? En effet, j’avais encore ma mitraillette à la main.
- Vous ne vous rendez pas compte, bien que les combats soient à peu près terminés, il peut y avoir des Allemands dans le coin et vous êtes en train d’enfreindre la convention de Genève.
- Quoi la convention de Genève ? Je m’en fous ! Les Allemands, la Gestapo et tous ces salauds ! Vous croyez qu’ils les ont observées, les conventions de Genève ? J’étais hors de moi.
Il prit un ton plus conciliant :
- Beltrami, je sais qu’avec votre famille vous avez beaucoup souffert, cependant, je vous demande une faveur, c’est de camoufler votre mitraillette.
Et il fit mettre un champ opératoire sur ma mitraillette. C’était à la fois risible et ridicule.
Il y en a un qui, malgré, quatre ans de guerre, avec des sauvages n’avaient encore rien compris.

Peu de temps après, une nouvelle mission nous est confié. Partant du PRADO, nous devons seconder les Tabors, qui remontent le boulevard Perier pour prendre d’assaut la Villa Mon Rêve, en haut du Boulevard Perler, qui est défendue par une pièce d’artillerie qui prend tout le boulevard en enfilade.

Nous progressons derrière les Tabors et au même moment, des Tanks débouchent de la rue Paradis, s’arrêtent un instant, puis tirent un obus et repartent : ce sont des Tanks Sherman équipés d’un canon de 75.

Au moment où nous arrivons à la hauteur du lycée Perier, le canon allemand cesse de tirer.
À ce moment, un capitaine des Tabors s’approche de moi, nous remercie de notre aide, nous félicite sur notre tenue et notre armement et nous demande de nous emparer d’un collège sur le PRADO où des Allemands se tiennent encore. Nous comprenons qu’il s’agit du Pensionnat Cluny, où des Allemands ont déjà été tués, lors du bombardement américain du 27 mai.
En nous camouflant derrière les arbres, nous arrivons à hauteur du pensionnat et en pénétrant par le grand portail, nous donnons l’assaut pour constater que le pensionnat est vide de tout occupant.

Je ne pense pas que le capitaine ait fait cela pour se débarrasser de nous, ce renseignement étant aussi faux que celui qui prétendait que le central téléphonique Dragon était évacué par les Allemands, et qui a failli me coûter la vie. Vers le 27 ou 28 août, je reçus à notre P.C. un coup de téléphone de mon père (cela semble invraisemblable, mais le téléphone fonctionnait).

Il venait d’avoir une communication téléphonique avec son vieil ami le Docteur Piolenc affolé, des individus débraillés étaient venus arrêter son fils sans mandat. Heureusement, ce dernier qui était pour moi un ami, n’était pas là.

Raymond venait d’arriver et il ne savait que faire. Heureusement il habitait avec ses parents non loin du cours Lieutaud. Je lui conseille de n’ouvrir sa porte à personne et d’attendre ma venue, il reconnaîtrait ma voix. Je prends trois de mes Espagnols et nous arrivons chez lui en voiture ; nous sonnons, il reconnaît ma voix, ouvre, nous le faisons monter dans la voiture et arrivons au P.C. J’étais inquiet car les règlements de compte avaient commencé, un industriel Marseillais avait été fusillé au Rouet avec son fils sans autre forme de procès. J’interrogeais Raymond sur son passé, plus âgé que moi, il avait une belle conduite pendant la guerre et après l’Armistice, il avait comme des Français abusés, adhéré à la Légion des Combattants créée par Pétain, auréolé du titre de vainqueur de Verdun, mais rien d’autre.

Il n’y avait pas deux heures que nous étions arrivés que nous vîmes apparaître quatre voyous débraillés, armés de pistolets qui exigèrent qu’on leur livre Piolenc.

Je leur demandais à quel titre.
- Au nom du Comité de Libération de Menpenti.
- Vous avez un ordre signé ?
- Non.
- Alors nous ne pouvons vous le livrer.
Un voyou commence à menacer.
- Si vous ne le livrez pas de plein gré, on le prendra de force.
Immédiatement ils sont entourés par nos hommes, mes Espagnols commencent à armer leurs mitraillettes.
Voyant cela, leur chef voulant faire une retraite honorable, nous dit :
- C’est bon, nous reviendrons en force.
Affirmation démentie par son regard sur le nombre d’hommes déterminés et munis d’un armement important.
- Si vous revenez dis-je, peu d’entre vous en repartiront vivants.
Inutile de dire qu’ils ne sont jamais revenus. Mais ceci est encore une preuve que le magnifique élan de la Résistance a été trahi par ces sordides règlements de compte qui n’avaient rien à voir avec la collaboration.

Raymond PIOLENC fut accompagné par nous chez des amis et par la suite ne fut jamais inquiété.

Les combats sont terminés et le Général de Lattre de Tassigny qui est venu rejoindre le général de MONTSABERT, le Libérateur de Marseille, décide que pour fêter cette libération, aura lieu une grande revue à laquelle les unités de la Première Armée qui ont libéré Marseille, vont défiler, suivis par les F.F.I.

Dès 9 heures du matin, on nous fait mettre en rang devant la Mairie, car nous devons défiler sur le Vieux Port, devant les personnalités, avec à leur tête le Général de TASSIGNY.

Les heures passent 9h, 10h, 11h, le soleil commence à taper dur, mon casque est brûlant. Heureusement, les bistrots du port nous ravitaillent en eau.

Enfin, à midi et demi, l’ordre nous est donné de faire mouvement Nous défilons dans les premiers et nous faisons une très bonne impression, non seulement aux autorités, mais encore au public, et malgré les applaudissements nous entendons les réflexions :
- Tu as vu leurs tenues ? Tu as vu leurs armements ?  
Contrastant, avec le négligé et le manque de tenue de nos suivants.
Puis ce furent les adieux à notre P.C., où Madame ABBO nous avait préparé un petit repas d’adieu, et c’est le cœur gros que nous nous sommes quittés, tant de choses, tant de dangers nous avaient réunis.

Une voiture me déposa devant chez moi, au Rond- Point du PRADO, et je me trouvais en présence d’un colonel, que je saluais et me présentai, comme on me l’avait appris à la P.M.S.

Il commença à m’interroger sur l’activité de mon groupe, sur mon activité pendant la résistance, sur l’arrestation de mon frère et quand il apprit que j’avais été l’agent de liaison du Général Schmitt dans l’Armée secrète, il me dit :
- Venez dîner à la popote ce soir, vous nous raconterez tout cela.
Il faut dire que beaucoup d’officiers étaient originaires d’Afrique du Nord, et n’étaient pas très au courant des exactions des Allemands.
J’étais encore tout transpirant et plein de poussière, je crus bon, après avoir pris une douche, m’être rasé, de m’habiller le plus correctement possible.

À l’heure dite, je me présentais à la popote, et fus reçu par le Colonel
- Que venez vous faire ici ?
- Mais mon Colonel, c’est vous qui m’avez invité tout-à-l’heure.
- Ah c’est vous ? Qu’est ce que c’est que cette tenue ? Faites-moi le plaisir de revenir dans la même tenue que vous portiez tout à l’heure, je ne veux pas de civils à ma popote.
Par la suite, les officiers présents furent très intéressés par mes récits de l’occupation.

© Extrait de l'ouvrage Mémoire d'un Juste.

24/11/2011
Auteur : Ivan Beltrami Lien : 

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Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Ivan Beltrami
Jean Bernard 
René David 


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Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet] 
Débarquement en Provence et Libération du midi de la France (Le débarquement en Provence et la libération des villes de Toulon, Saint-Tropez, Aix en Provence et Marseille en août 1944. Film composé d'images : du débarquement anglo-américain et français en Provence les 14 et 15 août 1944… ) 
Les enfants et amis Abadi (Voir le site Les enfants et amis Abadi, remarquable ! 
Odette Rosenstock et Moussa Abadi avec le concours de Monseigneur Paul Rémond, Archevêque-Évêque de Nice, ont créé le réseau Marcel pour lutter contre le nazisme et les lois antijuives de Vichy. Ils ont caché et sauvé, dans le diocèse de Nice, 527 enfants juifs de 1942 à 1944.
« Les Enfants et Amis Abadi » est une association loi 1901 créée le 4 mai 2000 par Jeannette Wolgust. Elle a pour but de réunir les amis et les enfants cachés par Odette et Moussa Abadi, afin de préserver et perpétuer leur mémoire, et plus généralement de préserver et perpétuer la mémoire de la Shoah. ) 
Artistes et intellectuels réfugiés dans la région marseillaise en 1940-1942 (Robert Mencherini. « Artistes et intellectuels réfugiés dans la région marseillaise en 1940-1942 : un jeu d’ombres entre survie et engagement ». [actes du colloque] Déplacements, dérangements, bouleversement : Artistes et intellectuels déplacés en zone sud (1940-1944), Bibliothèque de l'Alcazar, Marseille, 3-4 juin 2005 organisé par l'Université de Provence, l'Université de Sheffield, la bibliothèque de l'Alcazar (Marseille). Textes réunis par Pascal Mercier et Claude Pérez. ) 
Le pasteur Henri Manen : au Camp des Milles, "un Juste parmi les Nations" (Spécialisées dans la publication des écrits du monde protestant, les éditions Ampelos d'Eric Peyrard ont publié en juillet 2013 un petit livre de première importance (60 pages, format 15 x 23 cm) "Au fond de l'abîme / Journal du Camp des Milles". Cet ouvrage rassemble des écrits du pasteur Henri Manen* qui eut à coeur de relater plusieurs des événements survenus pendant l'été 1942 qui fut dans l'ancienne tuilerie la saison la plus tragique. De précieux compléments accompagnent les écrits du pasteur : une préface très éclairante de l'historien du protestantisme et de la mémoire Philippe Joutard ainsi qu'une postface d'Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles. ) 
Camp de Saliers. 1942-1944. Une mémoire en héritage. (Histoires et mémoires du camp d'internement pour Nomades de Saliers (Bouches-du-Rhône) ayant accueilli près de 700 voyageurs, sinti, manouches, gitans, yeniches, mais aussi forains, dont 26 ne sont pas revenus… Na bister! (N'oublions pas!) ) 

Source : http://www.ajpn.org/juste-Ivan-Beltrami-203.html

 

Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, président de l'AACLEM

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Eloge funèbre à la mémoire d'Ivan BELTRAMI du 30 Septembre 2016

 

Voilà Ivan, c'est ici que s'achève ta route.

 

Ta famille, tes amis sont là pour t'accompagner et te rendre leur dernier hommage.

C'est un hommage bien mérité lorsque l'on sait ce que tu as vécu et lorsque l'on a connu l'homme que tu étais.

Fils de Professeur de Médecine et frère de médecin, c’est naturellement que tu t’orientes vers la médecine.

Mais le 14 juin 1940, jour de tes vingt ans, les Allemands entrent dans Paris ; tes études ne pourrons donc se dérouler simplement d’autant que tu les doubles d‘un professorat d’éducation physique.

 

Voulant à tout prix servir ton pays et n’acceptant pas la voie de la collaboration, ni les lois raciales du régime de Vichy, tu cherches alors en vain à rejoindre De Gaulle en Angleterre.

 

Mais malgré tous tes efforts et des tonnes de pommes de terre épluchées sur le DJENNE, navire qui devait te transporter, tu restes à Marseille.

 

N’ayant pas crainte malgré les risques encourus, d’afficher tes idées, tu es recruté comme agent de liaison dans la Résistance et sous le nom de Karl tu es amené à collaborer avec Keller.

 

Celui-ci te charge d’établir les plans de la défense Allemande du littoral entre Cassis et l’Estaque.

Après quelques péripéties, tu établiras ces plans et tu apprendras plus tard que le porteur de ceux-ci, arrêté fut fusillé.

 

Tout en poursuivant tes études et tes missions d’agent de liaison, tu héberges chez toi au 2 Bld Michelet, des amis Juifs recherchés par les Allemands.

Tu avais déjà fait hospitaliser Jean BERNARD pour affection rénale grave, pour le mettre à l’abri à l’hôpital, puis en février 1943, ce dernier n’ayant plus de logements et poursuivi par les Nazis, tu l’héberges chez toi.

Puis tu fais de même avec Jean DAVID, médecin Roumain Juif qui venait d’échapper de peu à son arrestation.

Et lorsque les Allemands frappent à ta porte, alors que tu viens de les cacher, tu leur affirmes au péril de ta vie qu’il n’y a aucun juif chez toi. 

 

Fort heureusement ceux-ci ne regardent pas par la fenêtre de la cuisine d’où ils auraient pu voir tes amis blottis dans un renfoncement sous la terrasse.

Jean BERNARD pourra se réfugier dans la Drome et Jean DAVID chez tes parents dans leur maison sur la plage du Prado.

 

Pour avoir risqué ta vie, pour avoir sauvé des juifs, tu seras reconnu comme Juste parmi les Nations.

En France 3550 Justes seulement furent reconnus.

Fait citoyen d’honneur d’Israël, ton nom est inscrit sur le mur de Yad Vashem à Jérusalem où il est écrit « qui sauve une vie sauve l’humanité. »

 

Tu as sauvé ces vies et bien d’autres parce que c’était dans ta vocation d’homme et de médecin.

Tu étais à Marseille le dernier des Justes et c’est la Mémoire Vive de la Résistance que tu as chargé de poursuivre les missions de ton association l’Association des Justes de France pour Yad Vashem.

Mais tu ne t’arrêtes pas là, grâce à toi et aux informations données à la Résistance sur l’Hôpital SALVATOR, 7 résistants purent s’évader.

 

Puis intégrant le groupe ADRIEN, tu mènes plusieurs coups de mains, rue Edmond Rostand, sur le Prado devant le garage MATTEI, à Saint Loup ou avec ton équipe tu fais plusieurs prisonniers allemands, qui avaient fait sauter les véhicules d’un détachement de la première armée qui pénétrait dans Marseille.

Toute ta vie tu as mis tes valeurs humanitaires et ton amour de la patrie au diapason.

Jusqu’au bout tu es resté attaché aux valeurs de la Résistance, en militant dans les associations patriotiques.

Jusqu’au bout, tu as voulu transmettre ces valeurs à la jeunesse, conscient de l’importance de cette transmission.

Tu m'as toujours témoigné de ton amitié, peut-être parce que tu savais le respect que je porte aux hommes comme toi,

 

La Résistance, quelle épopée pour les hommes de caractère.

Peu ont eu à l'époque le courage de se lancer dans le combat contre l'occupant.

Ces hommes ont été et ils restent, l'honneur de notre pays.

 

Le Combattant Volontaire de la Résistance tout comme le Juste n'attendait rien à titre personnel ; c'est ce qui donnait plus de prix à son engagement.

Il était la plupart du temps un homme de caractère, généreux, plein d'espoir dans l'avenir de notre pays, épris de liberté et de justice, qui mettait ses valeurs bien au-dessus de sa vie.

Tu étais de ceux-là.

 

La Mémoire Vive de la Résistance gardera la Mémoire d’Ivan BELTRAMI comme l'un de ceux, qui était indispensable à la cause commune.

 

Mais je ne pourrai terminer cet abrégé de ta vie en l’arrêtant à la Résistance et aux Justes.

 

Tu as mené par la suite une carrière brillante :

 

−Docteur en Médecine,

−Docteur en Chirurgie Dentaire,

−Docteur Es. Sciences Odontologiques,

−Chef du Département de Chirurgie Buccale, ….Pathologie et Thérapeutique 'Anesthésie Réanimation,

−Vice-Doyen de la Faculté de Chirurgie Dentaire de Marseille,

−Chargé des relations internationales avec les Facultés étrangères,

−Président du Collège des Professeurs du Département de Chirurgie Buccale...Pathologie et Thérapeutique des UER d'Odontologie,

−Expert près la Cour d'Appel d'Aix en Provence,

Tu es l’auteur de 90 communications nationales et internationales

 

Tu étais dans tes spécialités ce que l’on appelle un Ponte.

 

Quelle vie !

 

Tes enfants, Georges et Marie-Claude, tes petits enfants peuvent être fiers de t'avoir eu pour père et pour grand-père ; Ta vie doit être un exemple pour eux, ils sont porteurs aujourd'hui de cette mémoire.

 

Je suis fier quant à moi de t'avoir connu et de t'avoir eu pour ami.

 

Raymond Alexander

Président de la Mémoire Vive de la Résistance 

Président des combattants volontaires et médaillés de la Résistance des Bouches du Rhône.

Président d’une amicale d’anciens légionnaires, je me suis intéressé à la fête nationale du 11 novembre pour remettre en mémoire “ce deuil dans la fête” qui mobilisait les anciens combattants de la Grande Guerre jusqu’à provoquer une commémoration trois ans après la signature de l’armistice et marquer ainsi ce qu’ils appelaient: “la fin de la plus épouvantable tuerie qui ait désolé le monde moderne”.
Ainsi donc, ce sont les anciens combattants, eux-même, qui ont imposé la consécration du 11 novembre comme fête nationale. En 1921, le parlement soucieux de lutter contre les “ponts”, avait repoussé au dimanche 13 la célébration de l’armistice, ce fut un tollé général pour toutes les associations d’anciens combattants qui obtinrent gain de cause,  à la date anniversaire du 11 novembre 1922. 
L’appel au Peuple pour célébrer cette fête nationale s’exprimait comme suit:
Pendant cinquante-deux mois, des peuples entiers se sont affrontés sur d’immenses champs de bataille. Quarante millions d’hommes se sont battus. Les hommes de la guerre veulent que leur victoire consacre l’écrasement de la guerre”.
Par delà son emphase et sa grandiloquence, ce texte est très significatif, on y chercherait en vain une éloge de l’Armée ou une exaltation de la force française. Le refus de faire du 11 novembre une manifestation militaire est explicité au congrès de l’Union Fédéral des anciens combattants en 1922, qui avait lieu à Clermont Ferrand où s’exprimait à la fin d’un article qu’il consacrait à la façon de célébrer la nouvelle fête nationale, écrits confirmés par le journal des mutilés qui se veut plus précis: “Ce qui importe, c’est que la fête nationale du 11 novembre soit dépourvue de tout apparat militaire. Ni prise d’armes, ni revues, ni défilé de troupes. C’est la fête de la paix que nous célébrons. Ce n’est pas la fête de la guerre. Nous voulons qu’on laisse les vivants au souvenir où ils ont précisément savouré l’admirable pensée qu’ils allaient désormais pouvoir vivre pour des oeuvres civiles”. 
Mais alors, les drapeaux, les clairons, les Marseillaises chantées ? Le déroulement des cérémonies du 11 novembre ne trahit-il pas ces intentions ? N’est-il pas une concession au militarisme ?
Absolument pas”, répliquent les représentants des mutilés: “Il faut consentir à déchiffrer ces cérémonies comme un ensemble de signes articulés. Le lieu de la manifestation, comme le nom l’indique, est le monument aux morts. Ce n’est pas un autel de la Patrie, mais une tombe. Certains, il est vrai, arborent un poilu triomphant, encore que le plus grand nombre soient de simples stèles, sans connotations glorieuses ou cocardières. De toute façon, le monument joue dans la cérémonie le rôle d’une tombe”. Partout, fleurissent les monuments où souvent chaque enfant des écoles y dépose à leur pied, une fleur ou un petit bouquet, puis une minute de silence, forme laïcisée de la prière, et l’appel des morts, s’inscrivent dans la ligne protocolaire des cérémonies funéraires. Le 11 novembre, devant les monuments aux morts n’est pas célébré le culte de la Patrie victorieuse, mais celui des morts.
A l’époque, c’est plus souvent “l’hymne aux morts de Victor Hugo” que chantent les enfants des écoles plutôt que la “Marseillaise”:
ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie,
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau,
Toute gloire près d’eux passe et tombe, éphémère
Et comme ferait une mère
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau”.

 

On ne célèbre pas le nationalisme face à l’étranger, mais le citoyen mort pour la liberté: l’hymne de Victor Hugo a été composé en l’honneur des victimes de la révolution de 1830. On est en plein civisme républicain…
C’est ce que confirme le sens des échanges et des déplacements. La cérémonie n’est pas présidée par les officiels, mais par les anciens combattants, qui se rangent symboliquement avec leurs drapeaux du côté du monument, c’est à dire du côté des morts. Les officiels viennent et déposent une gerbe ou une couronne, ce sont eux qui bougent et marquent du respect aux morts. Pour s’associer à cet hommage, les drapeaux s’inclinent respectueusement, en signe de deuil. On ne défile pas devant eux, on ne leur rend pas hommage.Symbole de la collectivité, ils expriment leur reconnaissance et leur respect pour les citoyens morts à la guerre.  Ce n’est pas une glorification de la patrie triomphante, mais bien un hommage rendu par la collectivité aux morts de la guerre dont les noms sont gravés sur le monument dans l’ordre alphabétique.
Faut-il pour autant faire du 11 novembre la commémoration de toutes les guerres ensemble ?
Chantal Dupille, humaniste non alignée aux “mensonges de la Pensée Unique” amorce une réponse:
“Ils avaient 18 ou 20 ans,
Ils ont été fauchés avant même d’avoir vécu, aimé.
Les plus chanceux sont revenus – mais dans quel état ?
“Gueules cassées”, esprits blessés…
C’est l’horreur de la guerre !
Le dernier poilu, Lazare Ponticelli,
A dit: “la Der des Der”!
Mais ce ne sera pas la Der des Der.
…/…
Mais Verdun,
Mais les poilus
Et l’atroce vie dans les tranchées,
C’est autre chose.
Ils ont enduré l’horreur au quotidien.
Ils sont morts pour rien.
60 000 en un jour !
…/…
Mais le sang des Poilus, de nos Poilus,
De nos ancêtres, 
C’est une page d’histoire
Que nous ne devons jamais oublier.
Elle est différente. Elle est unique.
Notre belle terre porte les cicatrices
Du sacrifice de nos pères
Partis à l’âge où ils étaient encore des enfants.
 …/…
Nous ne devons pas commémorer 
Toutes les guerres ensemble,
D’autant que cela s’achève sans doute
Par la seule évocation des camps de la honte.
 …/…
N’acceptons pas que toutes les pages d’histoire
Se réduisent à une seule,
On n’a pas le droit de réduire notre histoire,
On n’a pas le droit de n’en faire qu’une page,
Chacune est spécifique.
Et la page de nos poilus est sans doute
La plus effroyable de toutes.
…/…
Ne tuons pas une deuxième fois nos Poilus
en les ensevelissant dans un quasi oubli.
Battons-nous pour préserver l’honneur de nos Poilus,
Battons-nous pour que leur sacrifice n’ait pas été vain !« 
 En règle générale, en ces temps là, on ne trouve aucun ancien combattant pour faire l’éloge, même timoré, de la guerre. Rien de plus instructif à cet égard que de suivre le sergent Tapin qui refuse de respirer les chrysanthèmes et donne d’étonnants conseils:
les instituteurs doivent préparer leurs élèves pour la guerre future, suivant le mouvement cocardier actuel qui entretient l’esprit belliqueux d’autrefois et nous fait passer aux yeux étrangers pour des impérialistes ? Propager ces tendances, est-ce faire oeuvre d’utilité nationale, n’est-ce pas heurter le grand principe de transformation de l’esprit humain qu’on peut arrêter momentanément mais jamais interrompre et dont les étapes constituent le progrès…”.
Le progrès, parlons-en, surtout quand le temps d’une génération qui suit l’armistice,  une nouvelle guerre mondiale « remet le couvert » avec cette fois plus de 60 millions de morts, soit 2,5% de la population mondiale et plonge le monde dans une horreur sans nom où l’imagination pour détruire dépasse l’entendement, de quoi s’interroger sérieusement sur la possibilité de l’être humain à pouvoir un jour vivre en paix. les poilus revenus de l’horreur ne savaient pas que tout allait recommencer de plus belle et que leurs magnifiques discours étaient inutiles, inaudibles pour un genre humain belliqueux et dont la devise:  « Si vis pacem para bellum« !… Si tu veux la paix prépare la guerre!… justifie entièrement ses actes au point de décourager les plus ferventes bonnes volontés confrontées à un  monde  sans cesse en conflits majeurs qui peuvent, à tout moment, faire tout basculer l’humanité dans le néant.
Je serais présent avec les membres de mon Amicale pour commémorer l’armistice de la grande Guerre. Devant le  monument aux morts, nous aurons une pensée fraternelle pour nos poilus et en particulier pour un des nôtres, Lazare Ponticelli . J’expliquerai, à qui veut entendre que le 11 novembre ne saurait souffrir de n’être qu’une page parmi toutes celles qui ont fait notre histoire. Un horrible constat s’impose, celui de ne pas savoir écouter le message des soldats revenus du front, qui nous explique avec leurs mots simples que jamais nous ne serons  en mesure de faire face à ce monde inhumain confronté aux conflits religieux, politiques, économiques où l’humain n’a pas sa place. C’est ce  message que nos Poilus, forts de l’expérience qu’ils avaient de la guerre ont souhaité nous transmettre ! 
Pour les anciens combattants de la Grande Guerre, le déclenchement de la seconde guerre mondiale a été un échec grave alors qu’ils s’étaient mobilisés en faveur de la paix. Les survivants n’en concluaient pas pour autant qu’ils s’étaient dépensés en vain. l’opinion publique est lente à convaincre. Nous constatons aujourd’hui que notre pays souffre d’une crise morale, sociale, économique et politique qui  met la Paix en péril.  Modestement, nous serons là ce jour du 11 novembre pour dire par notre présence qu’il est vitale de nous souvenir du message de paix que nos Poilus, forts de l’expérience qu’ils ont retiré de la guerre, ont souhaité nous transmettre.
Christian Morisot

 

(°) Pensée Unique: Expression utilisée dans le monde politico-médiatique européen pour accuser de conformisme. L’accusation de « Pensée Unique » est souvent utilisé pour fermer le débat alors qu’il n’y a de pensée que dans celle des idées, souvent la « Pensée Unique » constitue un alibi pour éviter le débat d’idée…

L'Adjudant Kurt MEYER n'est plus

c'est avec une grande tristesse que nous vous faisons part du décès de notre camarade l'Adjudant Kurt MEYER, Mle 121695,  survenu le Vendredi 16 Septembre après midi, quelques minutes après avoir reçu les sacrements du malade par Mgr le Chanoine Jean-Pierre ELLUL, aumônier catholique de l'AACLEM.

Kurt était né le 5 Novembre 1938 à Blisen (RFA), il s'est engagé pour un contrat de cinq ans au titre de la Légion étrangère le 12 Avril 1958 et a servi l'institution pendant 18 ans et 6 mois de services.

Il était médaillé militaire et titulaire de trois titres de guerre dont deux citations.

Ancien trésorier de l'AACLE de Marseille. Kurt MEYER faisait parti du comité des sages depuis Décembre 2014.

  

Adjudant Kurt MEYER 

(Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS) 

Les obsèques ont lieu le Mercredi 21 Septembre 2016 à 10 H 00 en la Basilique du Sacré-Coeur au 81, Avenue du Prado 13008 Marseille la cérémonie religieuse a été célébrée par Mgr le Chanoine Jean-Pierre ELLUL, aumônier catholique de l'AACLEM. 

La sonnerie aux morts a été jouée par le Légionnaire Istvan SZEKFU (interface Major Mohamed AHMED CHAOUCH).

Deux anciens Légionnaires seront porteurs du coussin avec les décorations et le beret vert du défunt. A l'issue de la cérémonie la famille et ses proches se rendront au crématorium Saint Pierre.

Kurt ne souhaitait pas des fleurs ni couronnes, une quête a eu lieu et le contenu a été remis à Mgr JP ELLUL pour l'association des amis du Sacré-Coeur qui s'occupe de la Bsilique du Soldat qui est le Sacré-Coeur.

L'Adjudant Kurt MEYER était Médaillé Militaire et titulaire de trois titres de guerre dont deux citations avec la valeur militaire. 

Je tiens à remercier tous ceux qui ont fait le déplacement pour accompagner Kurt à sa dernière demeure, souhaitant être incinéré, l'urne de Kurt MEYER sera déposée (sauf contre ordre par le Général Commandant la Légion étrangère) à la crypte du "carré Légion" du Cimetière de Saint-Pierre de Marseille le 2 Novembre à 9 h 00, Mise en place de l'urne par les pompes funèbres à 8 H 30. 

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Éloges funèbres à l’Adjudant Kurt MEYER Mle 121 695

par le Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, président de l'AACLE d'Aix-Marseille-Métropole.

Mon Adjudant Kurt MEYER, cher Kurt,

C'est à moi qu'échoit le triste privilège d'honorer la mémoire de celui qui nous permet aujourd'hui d'être réunis, aussi nombreux et recueillis auprès de lui.

En 1958, Kurt Meyer a vingt ans. Il se sent mal à l'aise dans cette Allemagne nouvelle qui a du mal à assumer son passé. Il ne se voit pas vivre une vie étriquée et monotone entre le travail et la vie en appartement aussi décide-t-il, le 12 avril, de franchir la frontière et de s'engager pour une durée de cinq ans à la Légion étrangère.

Le 27 avril 1958, il est affecté au 1er Régiment étranger à Sidi- Bel-Abbès en Algérie pour effectuer sa formation initiale. Sportif, montrant beaucoup de sérieux dans tout ce qu'il entreprend et manifestant un excellent état d'esprit, il obtient des appréciations élogieuses. Sa très bonne manière de servir lui permet de choisir de servir dans un prestigieux régiment de parachutistes

Le 11 novembre 1958, il est affecté au 2ème Régiment étranger de parachutistes (2ème REP). De suite, le légionnaire parachutiste Meyer montre un goût prononcé pour l'action ainsi qu'un grand désir de progresser. Il connaît ses premières expériences du combat et il s'impose par son calme et sa détermination. 

C'est l'époque des grandes opérations « Pierres précieuses » et il se montre un grenadier -voltigeur d'élite. Le 24 juin 1959, dans la région de Sidi-Salem, au cours d'un assaut, alors qu'il progresse en tête de ses camarades, il abat un rebelle et récupère son arme, puis le 3 juin 1960, dans le secteur de Djidjelli, il participe activement à la réduction d'une forte résistance ennemie, récupérant personnellement une mitrailleuse. Pour ces deux faits d'armes, sa brillante conduite  au feu est récompensée, à chaque fois, par une citation à l'ordre du régiment 

Le 1er mars 1961, il est nommé caporal. Il possède le goût des responsabilités et il prend en toutes circonstances des initiatives appropriées, réagissant avec une très grande rapidité devant les difficultés.  

Le 1er août 1962, son investissement exceptionnel le fait à nouveau bénéficier d'un avancement puisqu'il est promu sergent. Il accède au corps prestigieux des sous-officiers de la Légion étrangère. Son désir de servir et son enthousiasme sont intacts. Intelligent, consciencieux, le sergent Meyer est un jeune sous-officier plein d'allant. Son envie de toujours se perfectionner et ses très grandes qualités militaires sont très appréciées. Le sergent Meyer fait partie rapidement des tous meilleurs sous-officiers du régiment.  

A la fin de la guerre d'Algérie, comme beaucoup de ses camarades, le sergent Meyer s'interroge sur son avenir. Il hésite sur la suite à donner à sa carrière et il signe des contrats courts. Le 12 avril 1963, il prolonge son contrat pour une durée d'un an avec le grade de caporal et le 12 avril 1964, il le renouvelle, à nouveau pour un an, avec le grade de sergent.  

Le 12 avril 1964, il a pris sa décision, il fera carrière. Il obtient un contrat pour servir trois ans à la Légion étrangère avec le grade de sergent et le 5 juillet 1965, à l'issue d'un congé de campagne qu'il passe en métropole, il retrouve le 2ème Régiment étranger parachutiste qui est toujours stationné en Algérie, à Bou-Sfer. Le sergent Meyer est affecté  comme chef de groupe de combat à la 3ème compagnie. A la fin de la guerre d'Algérie, le colonel Caillaud commandant le 2ème REP, qui avait une remarquable vision des missions futures qui pourraient être confiées au régiment, a spécialisé ses compagnies. Depuis cette époque, la 3ème compagnie est responsable des mises en place en milieu amphibie. Le sergent Meyer enchaîne les stages de spécialisation et il devient un excellent nageur de reconnaissance et un pilote motoriste émérite. Il développe un sens pédagogique inné lors de la transmission des savoir-faire qu'il a acquis aux autres légionnaires. Le 24 septembre 1966, il rejoint la métropole. 

Adjudant Kurt MEYER, 1er rang, 1er à gauche (Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS)

Le 20 décembre 1966, le sergent Meyer est affecté, comme chef de groupe de combat à la 1ère compagnie du 3ème Régiment étranger d'infanterie stationné à Diégo-Suarez (Madagascar). Possédant une très haute idée de son métier, il s'investit totalement dans l'instruction et la formation de ses légionnaires. Il maintient au plus haut niveau la capacité opérationnelle de son groupe. Sa loyauté, son autorité naturelle et sa façon humaine de commander en font un exemple pour les jeunes légionnaires Le 12 avril 1968, il prolonge ses services pour une durée de deux ans et le 1er octobre 1969, il est muté au 1er Régiment étranger de cavalerie à Orange comme sous-officier adjoint. Il découvre l'arme blindée cavalerie et ses traditions. Manifestant en toutes circonstances une rare volonté et appréciant le travail en équipe, il maîtrise rapidement toutes les facettes de son emploi et il se montre très à l'aise dans cette fonction. Son engagement personnel et son sens de l'organisation lui valent d'obtenir d'excellents résultats lors des différentes inspections et contrôles. 

Le 1er janvier 1970, ses excellents états de services sont récompensés et il est promu maréchal de logis-chef. Le 12 avril 1970, il s'engage pour une durée de deux ans avec le grade de sergent et le 12 avril 1972, il prolonge ses  services pour une durée de 18 mois avec le grade maréchal de logis-chef.

Le 22 septembre 1973, il rejoint la 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère à Djibouti. Il est affecté successivement à la 4ème compagnie, à la compagnie de commandement d'appui et des services et à l'escadron de reconnaissance. Sous-officier possédant une remarquable capacité d'adaptation et un sens aigu du travail en commun, il possède un sens inné du commandement. D'une personnalité calme, est assidu dans l'effort et très ouvert, il est un sous-officier d'une exceptionnelle qualité qui obtient d'excellents résultats et qui est apte à se voir confier des missions importantes. Le 1er janvier 1974, il est promu adjudant

Après un congé de fin de campagne, le 15 février 1976, il est muté à la 1ère compagnie du 2ème Régiment étranger et le 12 octobre 1976, après avoir servi pendant 18 ans et 6 mois avec honneur et fidélité dont plus de douze années de campagne, il est admis à faire valoir ses droits à bénéficier d'une pension de retraite et  le même jour, il est rayé des contrôles de la Légion étrangère.

Le 1er mai 1978, après avoir exercé plusieurs fonctions en intérims, Kurt Meyer trouve un emploi stable  au service de la sécurité du port de Marseille auprès du Commandant Manuel GOMEZ-URTIZ BEREA ancien officier à titre étranger. Ses compétences professionnelles variées et son sérieux lui permettent de s'intégrer rapidement. Travailleur extrêmement consciencieux, toujours disponible et excellent camarade, Kurt Meyer sera pendant vingt ans, jusqu'à sa retraite en avril 1998, un agent de sécurité d'exception.

En 1981, désireux renouer des liens avec la grande famille légionnaire, il adhère à l'amicale des anciens combattants de la Légion étrangère de Marseille. Il s'investit totalement dans l'association en soutenant les malades, leur rendant visite pendant ses temps libre. 

Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS

Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS

Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS

Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS

Texte et photos © Lcl Constantin LIANOS

En 2001, il met son irremplaçable expérience au profit de l'amicale en devenant son trésorier. Il possède toujours une foi intacte ainsi que la passion de servir et il est toujours animé d'un professionnalisme exemplaire. A ce poste essentiel, sa très riche personnalité associée à un très important investissement personnel lui permet de procéder à une analyse exhaustive des problèmes à résoudre pour amener la trésorerie au niveau de l'excellence qu'il souhaite atteindre et les solutions qu'il propose à son président sont pertinentes et empruntes de bon sens. Malgré les difficultés rencontrées, il atteint les objectifs fixés et il a toujours maintenu sa trésorerie au plus haut niveau. Il a reçu régulièrement les félicitations du commissaire aux comptes, pour l’exceptionnelle tenues de ses documents comptables.

En décembre 2014, lorsqu'il demande à être remplacé à la trésorerie, Kurt Meyer est un trésorier de référence qui laisse à son successeur une comptabilité irréprochable. Le Président ne veut pas laisser Kurt Meyer sans lui donner des responsabilités en rapport avec son âge et son expérience et il lui propose de siéger au conseil des sages au sein de l’Amicale des Anciens Combattants de la Légion étrangère d’Aix-Marseille-Provence.

Régulièrement consulté sur différents problèmes comme les problèmes de discipline, les avis qu'ils proposent sont généralement suivis car ils s'appuient sur une incomparable expérience de la vie. 

Totalisant plus de 56 années  d'activités militaires, civiles et associatives dont plus de 12 années de campagne, l'adjudant en retraite Meyer, qui a reçu deux citations à l'ordre du régiment pour sa brillante conduite sous le feu et est décoré de la Médaille Militaire, s'est montré  tout au long de sa vie d'une fidélité, d'un professionnalisme et d'une compétence rarement rencontrée à un tel niveau. Il était un candidat de très grand choix pour une nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur.

Il nous a quitté le Vendredi 16 Septembre 2016, quelques minutes après avoir reçu les sacrements de malade de Mgr le chanoine Jean-Pierre ELLUL, à l’approche de la Saint-Michel et au moment où son dossier était en étude pour la Légion d’honneur. 

Nous perdons aujourd’hui un pilier qui a servi avec honneur et fidélité durant 35 ans notre association et un ami fidèle du président de l’AACLEM. 

Au revoir mon Adjudant. Au revoir Monsieur Légionnaire, au revoir camarade. 

Aux Morts !

Lieutenant-colonel  Constantin LIANOS

Président-fondateur de Monsieur Légionnaire et ses réseaux. 

Président de l’Amicale des Anciens Combattants de la Légion étrangère d’Aix-Marseille-Métropole.