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Monsieur Légionnaire

Un voyage au Mexique pas comme les autres

Un voyage au Mexique pas comme les autres

2009-2010, l’Association des Anciens Combattants de la Légion étrangère qui, faut-il le souligner, fut la première à voir le jour en France (sous forme de mutuele locale), il y a plus d' un siècle (déjà !), a tout naturellement fêté son centième anniversaire.

Il fallait célébrer dignement cet évènement extraordinaire, car outre le fait d’être la première du genre, c’est à son exemple, que petit à petit d’autres amicales se créèrent un peu partout, en France et à l’étranger.

L’AACLE de Marseille sous la houlette de son énergique président, le Chef de Bataillon Constantin LIANOS, a mis sur pied un voyage au Mexique afin d’aller se recueillir sur les lieux même du combat de nos héroïques aïeux.

Prévu initialement en 2009, ce voyage fut annulé quatres avant le décollage à cause de l’épidémie de grippe porcine ; reporté en 2010, ce fut encore l’incertitude à cause de l’irruption du volcan islandais…, mais finalement l’avion a pu décoller. Par ailleurs, notre président en pèlerinage en Egype - Sinaï - Jordanie - Palestine -Israël est arrivé ses pelerins par un vol détourné en Zurich puis par Bus à Marseille via Nice.

Pour cette occasion unique, c’est un groupe de 35 personnes qui s’est constitué autour du Commandant LIANOS ; un heureux hasard a voulu que, fidèle à l’image de notre chère Légion, il fut composé de gens issus de différentes origines (Malgaches, Basques Espagnols, Chiliens, Grecs, Russes, Allemands, Italiens, Bulgares, Gaulois et Corses aussi…) mais également de différentes générations (notre doyen âgé de 84 ans ( ?), des vétérans d’Indochine et d’Algérie et le plus jeune de 35 ans( ?)).

L’amalgame s’est fait tout naturellement, les plus jeunes captivés par l’expérience et le vécu des anciens, les plus âgés, séduits par l’enthousiasme et la vivacité des plus jeunes. 

Il s’agissait par conséquent pour notre organisateur, de concocter un programme de voyage particulièrement adapté qui permette à tous, non seulement d’effectuer sans encombre l’ensemble du voyage, mais surtout de profiter dans les meilleures conditions de l’objectif principal du voyage, à savoir la commémoration du 147° anniversaire du combat de Camerone à CAMARON DE TEJEDA !

Décalage horaire, températures élevées, alimentation différente, visites en pleine chaleur, un circuit de près de 3500 km en bus, etc, bref, pour atteindre l’objectif, il fallait prendre ce voyage par le « bon bout », c’est ce qu’a su faire avec beaucoup de « maestria » notre « Gentil Organisateur ».

En préambule au récit de ce voyage, voici l’intégralité du texte d’un auteur inconnu

« Comment exprimer le voyage, si ce n’est qu’une structure de l’imaginaire et de l’esprit, un cadre commun de la pensée, avec ses scénarios, ses espaces et ses itinéraires, ses vertiges, ses plaisirs et ses dangers qui imprègne notre vision du monde et notre vécu des choses. Il met en perspectives nos vies, visualise notre destin et exprime nos émotions ; il fait, par exemple, notre humeur vagabonde et convertit nos rêveries en séjour au pays des songes. Il donne du sens à tout ; c'est-à-dire même à des expériences, des évènements ou des situations qui, pour n’être pas d’apparence voyageuse, n’en sont pas moins de l’ordre et de l’idée du voyage. »

En effet, pour avoir recueilli quelques impressions auprès de chacun de nos compagnons de route, il s’avère effectivement que ce périple fut comme une véritable parenthèse de vie, un moment qui nous a transportés bien au-delà des magnifiques paysages mexicains.

Tout y a contribué : le but du voyage en lui-même bien évidemment (fêter Camerone à Camerone), un itinéraire et un découpage judicieux du séjour, une belle cohésion au sein du groupe, un guide pétillant d’anecdotes et d’espiègleries, un conducteur qui a parfaitement rempli sa mission, l’accueil très chaleureux des mexicains, la célébration particulièrement émouvante du 147° anniversaire du combat de Camerone, mais aussi l’œil avisé de notre G.O., sans qui rien n’eut été possible.

Expérience oblige, dans son organisation, Constantin a placé en tout début de séjour une petite période d’acclimatation ; ACAPULCO nous accueillait pour 48 heures. Ce fut notre première étape sur le sol mexicain.

C’est là, dans ce cadre mythique de la jet-set et des stars d’Hollywood, que notre groupe a fait sa cohésion se préparant à effectuer un périple vers le Mexique intérieur, souvent en altitude (très souvent entre 1000 et 2000m), certes très intéressant, mais tout de même un peu éprouvant (surtout pour nos aînés). Nous étions logés dans un hôtel sur la plage (hôtel EL CANO).

En deux mots :

ACAPULCO de JUAREZ (700 000 hab) situé dans l’état de GUERRERO (nom d’un général insurgé contre la couronne d’Espagne) est à environ 400 km de MEXICO. Construite, autour de la baie, sur une langue de terre (1 km de large- 7 km de long) entre montagne et océan. Avec ses grands buildings et ses larges avenues on y retrouve l’influence des Etats-Unis ; Acapulco possède aussi ses « barios », un peu plus, adossés au relief…

C’est en 1565, qu’eût lieu la première liaison maritime avec les Philippines ; s’en suivit une liaison annuelle, le fameux « Galion de Manille », convoitise de tous les pirates et les corsaires, en particulier anglais et hollandais. Ces échanges commerciaux dureront jusqu’à l’indépendance en 1823 ; c’était le plus grand port du Pacifique de la Nouvelle Espagne.

Après un long sommeil, troublé par les graves tremblements de terre de 1909, la ville se développera progressivement sur le plan commercial au XX° s, mais ce n’est qu’à la fin des années 50 que le Président en exercice, Miguel Aleman, fit de ce lieu cette station balnéaire mondialement connue aujourd’hui.

ACAPULCO (qui signifie « région des roseaux denses ») et ses plongeurs légendaires que nous sommes allé admirer… s’élancent depuis « la quebrada », falaise de 35 m de haut. C’est impressionnant à voir.

Le voyage ne faisait que commencer, certains « résignés », seraient bien restés quelques jours de plus…détendus par les massages de Maria et de ses collaboratrices, mais n’ayant pu visiter qu’un seul quartier de nuit…

La deuxième étape ne fut autre que TAXCO (prononciation Tasco). C’est une ville étagée à flanc de montagne, qui fut construite autour de ses mines d’argent. 

Nous avons effectué le déplacement Acapulco-Taxco en début de matinée, puis visité la ville en commençant par une succincte présentation de l’extraction du précieux métal dans un fond de mine reconstitué dans l’arrière boutique d’une joaillerie. 

Le soleil et la chaleur nous rappelaient très vite que nous étions bien au Mexique ! et les vendeurs de chapeaux, avec leurs célèbres « panamas », trouvèrent de nombreux acquéreurs au sein du groupe.

Le repas de midi fut pris dans la haute ville, très typique avec ses ruelles en pente, sinueuses, étroites, parfumées et grouillantes d’activités, un peu comme les médinas d’Afrique du Nord.

Nous étions hébergés dans un ancien couvent aménagé en hôtel, très confortable, très typique. Très beau point de vue nocturne sur les lumières de la ville accrochée à la montagne.

« Notre GO, conscient de la dureté de cette première journée de chaleur, poussa son dévouement jusqu’à nettoyer la piscine (envahie par quelques feuilles) afin que ses protégés puissent se rafraichir et se remettre en forme pour la soirée qui allait suivre… ».

En deux mots :

Cette ville baroque toujours dans l’état de Guerrero, est classée Monument Historique. 

Dès 1521, Hernan CORTES s’intéresse à ces montagnes d’où les indiens locaux envoyaient de l’or à Moctezuma, mais ce n’est qu’au 17° siècle que date l’essor de Taxco, où un certain José de la Borde (d’origine béarnaise) y fit fortune avec les mines d’argent. C’est à lui que l’on doit l’église de Santa Prisca. Erigée en 1748, véritable fleuron du Mexique dans le plus pur style churrigueresque, elle est l’œuvre de deux architectes espagnols (D.DURAN et J.CABALLERO).

La ville compte d’innombrables ateliers d’orfèvrerie, il y règne une activité artisanale intense, la vie nocturne y est aussi très animée… les « coccinelles »*, font des allées et venues dans tous les sens, d’un bout à l’autre de la ville…

*Taxis dont le siège avant droit a été supprimé pour emmener les bagages. 

Les trois Mousquetaires qui étaient quatre en ont gardé un souvenir ému…

Le Mexique est l’un des principaux exportateurs de ce précieux métal au plan mondial.

Bien qu’au cours de notre halte à Taxco, nous n’en ayons pas eu de témoignage, n’oublions pas une présence française assez conséquente avec l’immigration des barcelonnettes (cf les trois frères Arnaud en 1821). Depuis, à Barcelonnette, dans les Alpes de Haute Provence, chaque été de nombreuses manifestations de culture mexicaine y sont organisées. 

Cette petite étape très agréable, fut la bienvenue pour poursuivre notre acclimatation en douceur.

La troisième étape, déjà plus longue, traversant de grands paysages désertiques, nous conduisit de TAXCO à PUEBLA, en passant par CUERNAVACA. 

Notre halte à Cuernavaca fut assez courte. Nous y avons visité la Cathédrale, d’un style beaucoup plus sobre que celui des églises baroques ; 

Un style épuré qui traduit l’esprit de l’ordre des Franciscains au service des plus démunis ; Il n’était pas rare qu’un hôpital soit attaché à leurs édifices religieux des Franciscains.

En deux mots : Cuernavaca est un nom d’origine indienne déformé par l’espagnol. (Cuauhnahuac, qui signifie : lieu boisé),

CUERNAVACA (état de Morelos), ou la ville « du Printemps éternel », grâce à une température très douce et très stable toute l’année, est une destination prisée par les habitants de Mexico (depuis les rois Aztèques, nous dit-on). Elle se caractérise par la présence de plusieurs centres de recherche scientifique et de nombreuses écoles qui accueillent des élèves du monde entier. On peur y visiter aussi le palais de Cortès.

Puis ce fut PUEBLA. PUEBLA, pour nous Légionnaires, c’est un nom qui évoque immédiatement le 30 Avril. L’arrivée dans cette ville nous recentrait sur le pourquoi de notre présence au Mexique; le texte « sacré » ne commence-t-il pas par ces mots : « l’armée française assiégeait Puebla… »

Puebla de los Angeles, magnifique ville ; « une fille de l’Espagne catholique aux traits indiens… », nous offrant ses rues nettes à angles droits, son imposante cathédrale, ses églises baroques très richement décorées, avec notamment la très belle Santo Domingo (Baroque « délirante », comme se plaisait à le dire notre guide éclairé) avec la Capilla del Rosario (entièrement recouverte d’or), ses somptueuses demeures du XVIII°, dont certaines façades sont ornées de faïences multicolores sur toute leur hauteur°, sa galerie couverte Art Déco (nous rappelant une présence française début XX°***), son marché des artisans, etc…

Hébergement : hôtel Plaza Poblana, où il faut bien le dire, l’accueil et la restauration laissèrent quelque peu à désirer. Soirée calme pour le groupe, mis à part toujours quelques irréductibles…

En deux mots :

PUEBLA (capitale de l’état du même nom), est officiellement : Héroica Puebla de Zaragoza, depuis la victoire du général Ignacio Zaragoza sur les troupes française le 5 mai 1862 (le 5 Mai est jour férié au Mexique). 

PUEBLA, sera prise par les troupes françaises du Général Forey…le 19 Mai 1863, après un siège de deux mois et … un certain combat…à Camerone…le 30 Avril de la même année…

Son implantation (2160 m d’altitude), à proximité de plusieurs volcans (le Popocatépetl 5452 m, l’Ixtacihualtl 5286 m et la Malintche*), lui donne un charme exceptionnel.

Puebla n’a pas été construite sur une ville indienne comme dans la plupart des cas ; c’est une ville « neuve », conçue et construite par les espagnols au XVI° siècle. Sa situation géographique à mi-distance entre Mexico et Veracruz, lui donnait une place stratégique essentielle à l’époque. Aujourd’hui, c’est une ville moderne qui connaît un développement important (4° ville du Mexique), avec notamment plusieurs universités et un gros site Volkswagen.

*« La Malintche » du nom de la très belle indienne « Malinalli » favorite et complice de H Cortès.

Cette femme très intelligente lui a apporté une aide très précieuse dans la conquête du Mexique.

La quatrième étape : PUEBLA-OAXACA (Oajaca, prononciation espagnole)

Nous quittions Puebla en fin de matinée, non sans être passé devant le grand monument à la gloire de la victoire du général Zaragoza sur les Français (5 Mai 1862). Traversant une grande plaine fertile (activité agricole peu mécanisée, nous y avons vu beaucoup de charrues tirées par des chevaux), sur de grandes lignes droites, nous retrouvions peu à peu les paysages désertique (photos souvenirs près des fameux cactus centenaires, emblématiques du Mexique, les « chandeliers »*** ou des « Trucks », ces camions de plus de 30 mètres de long, parés pour parcourir les distances démesurée du Nouveau Monde. 

Arrivés à Oaxaca, il fallait inévitablement aller « faire coutume » devant le vénérable patriarche du lieu : l’arbre de Tulé (cet arbre, avec un diamètre 14 m et une hauteur de 42 m, serait âgé de plus de 1000 ou 2000 ans ! suivant les sources). Comment avant de s’en éloigner ne pas trinquer à sa bonne santé et à son immortalité en dégustant à deux pas de là, quelques crus de Téquila, Mezcal et autres alcool d’agaves ?

Reprenant la route de Oaxaca, une rencontre insolite nous amena à prendre en auto stop pour quelques kilomètres une Australienne faisant le tour du Mexique…«  il y a des cailloux sur toutes les routes…il y a des filles sur tous les chemins… ».

Ce fut ensuite la visite de la ville avec l’église Santo Domingo, l’une des plus belles églises baroques du Mexique, dont le décor intérieur est un exemple particulièrement significatif du baroque churrigueresque (baroque « déliranté » !), son marché artisanal typiquement indien et d’une chocolaterie.

En deux mots :

OAXACA (capitale de l’état du même nom), c’est aussi: Oaxaca de Juarez, du nom de ce brillant homme d’état né dans la région, d’origine indienne, (rare, ou seul homme d’état mexicain d’origine autochtone). Il a dirigé le Mexique à deux reprises entre 1860 et 1872 (date de sa mort). 

Oaxaca (1500 m d’altitude), située à l’intersection de trois grandes vallées au cœur des Sierras Madres Sud et Orientale (sommets 2000m), a gardé ses traditions ancestrales, son artisanat et son mode de vie ; l’influence indienne y est très forte ; nombre de ses habitants descendent des Mixtèques et des Zapotèques. 

A proximité de Oaxaca, le site de Monte Alban, qui est l’un des plus impressionnants du Mexique précolombien, nous attendait le lendemain.

Hébergement : hôtel de type « motel », où la piscine fut une fois de plus très appréciée ; repas du soir agrémenté d’une « poussière » bien méritée et une aubade magistrale de notre infatigable trompettiste. Soirée calme pour le groupe, mis à part toujours les quatre « mousquetaires » toujours prêts à payer de leur personne pour découvrir la vie nocturne du lieu…

A propos de Oaxaca, le saviez-vous ?

Après un siège d’une semaine environ, commandé par le maréchal Bazaine (ayant été officier de Légion), malgré une infériorité en hommes et en canons, et des pertes minimes côté français, le 8 Février 1865, Porfirio Diaz, retranché dans Oaxaca, capitule avec 8000 hommes, 40 canons et un matériel considérable. 

Deux bataillons de Légion restèrent à Oaxaca et le général Mangin, fraichement promu, se vit confier le poste de Gouverneur de la ville. Il entreprit de faire revenir les habitants chassés de chez eux par les « libéraux »*, il accomplit sur toute la région une œuvre bienfaitrice. Pas étonnant que… malgré cette guerre du Mexique où fut engagé le Corps Expéditionnaire français, …les mexicains nous aient gardé leur estime.

*Libéraux : nom que s’était donné le clan de Porfirio Diaz, qui pourtant commit de très nombreuses exactions sur la population elle-même

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Cinquième étape : OAXACA-CATEMACO

Quelques kilomètres après avoir quitté OAXACA, nous étions au pied du Monte Alban. 

Impressionnant en effet ! 

Visiblement situé sur une voie de passage incontournable entre le Nord et le Sud, ce vaste ensemble archéologique domine le paysage sur 360°.

Couvrant une superficie de 40 km² à son apogée il a compté jusqu’à 35000 habitants !

Bâti par un peuple inconnu probablement influencé par les Olmèques, aurait été un centre cérémonial, peut être aussi une ancienne capitale Zapotèque, jusqu’à l’arrivée des Aztèques vers 1436.

La poursuite du trajet nous permit d’admirer longuement un vénérable personnage: le Popocatépetl.

Puis quittant les hauts plateaux, c’est route impressionnante, toute en descente, qui nous a ramené dans la plaine ; en approchant du Golfe du Mexique, la végétation changeait radicalement, se faisant plus luxuriante ; la température aussi....

Nuit à CATEMACO au bord du lac ***

Nuit calme pour tout le monde. Ville trop loin de l’hôtel…

La visite de la lagune en bateau nous attendait le lendemain matin.

En deux mots :

CATEMACO est une ville (que nous n’avons pas visitée), dans l’état de Véracruz, située au bord d’un des plus beaux lacs du Mexique, sur le territoire des Olmèques. 

Le lac CATEMACO est une magnifique nappe d’eau naturelle au sein d’une parcelle de forêt tropicale (710 km²), où vivent faune et flore dans un milieu très préservé. A 340 m d’altitude, entouré de volcans, le paysage y est de toute beauté.

Catemaco est aussi réputée pour être le « siège social » des sorcières et des sorciers locaux… une forêt des Carnutes mexicaine en quelques sortes. Nous n’en avons pas croisé un seul qui aurait pu peut être nous apporter quelques bien faits… il faut dire que nous en avions deux à bord, plus José, notre guide « chaman », rassurés, nous étions de garder une bonne fortune jusqu’à la fin du voyage. 

Sixième étape : CATEMACO - CAMARON de TEJEDA 

La journée a commencée par une promenade en bateau sur le lac Catemaco, avec la visite du parc écologique, intéressant labyrinthe de verdure tropicale, et un bref bonjour en passant aux singes parqués sur leur petite ile, les « Macaca arctoides » à joues rouges, originaires de Thaïlande.

Après le repas pris sur place, l’étape suivante devait nous conduire enfin à Camaron.

Nous reprenions la route, qui tout en longeant le Golfe du Mexique, nous rapprochait du but de notre voyage. Les paysages traversés alternaient entre des zones de pâturages ou d’immenses plantations (de bananiers, de cannes à sucre, de cacaoyers, etc…).

La fin d’après midi approchait ; après une route qui nous a paru assez longue, notre bus s’arrêtait à l’entrée d’un village d’apparence quelconque : nous étions à Camaron de Tejeda ! 

Enfin Camerone ! Nous posions le pied sur ce lieu légendaire, si chargé de symboles. 

L’émotion fut immédiate !

C’est un accueil particulièrement chaleureux qui nous a été réservé, nous étions attendus par le village tout entier !

Notre hébergement prévu chez l’habitant était très bien organisé ; la première opération fut d’aller nous installer chez nos hôtes respectifs. 

Pour la soirée, une fête préparée en notre honneur, au beau milieu de la rue principale, récemment refaite à neuf, nous attendait. Après les traditionnels discours de bien venue, c’est un buffet copieux, garni de mets typiques, qui nous a régalé pendant qu’un excellent groupe de « Mariachis » donnait une aubade animée. Quelques uns d’entre nous se risquèrent à esquisser quelques pas de danse sur les rythmes endiablés sud-américains, faisant même danser quelques mexicaines…

La soirée fut très tardive pour quelques uns d’entre nous !.. il fallait que la veillée de Camerone soit digne de l’accueil inoubliable qui nous était réservé, ; ce fut le cas !

La nuit fut donc très brève à CAMARON ; logés dans des conditions très inégales par nos hôtes, très pauvres pour certains, plus aisés pour d’autres. Tous se mirent en « quatre » pour nous recevoir le mieux possible.

La veillée et le diner nous étaient offerts par le Gouverneur de Véracruz !

 

Septième étape : (9° jour de voyage ; c’est le 30 Avril)

Nous sommes bien à CAMARON de TEJEDA.

Deux mots sur ce petit village : 

Situé sur les terres chaudes de l’Etat de Véracruz, c’est une petite bourgade aux rues en terre battue, poussiéreuses. Une voie ferrée traverse le village au milieu. Les habitations y sont modestes, avec cependant un quartier plus « cossu ». Quartier où vivent des gens qui la plupart du temps se sont expatriés pour trouver du travail ailleurs (voire aux Etats-Unis, comme l’un de nos hôtes).

La rue principale, parallèle à la voie ferrée a été récemment goudronnée.

Au petit jour, malgré le peu de sommeil, chacun s’active pour être prêt « en temps en heure et en tenue impeccable » ; l’émotion est palpable. A peine le pied par terre nous étions déjà dans la Cérémonie ; disons plutôt, dans les Cérémonies qui vont suivre ; inoubliables Cérémonies, il y en aura trois successives.

La première cérémonie :

Levés, lavés, rasés, habillés, sans avoir déjeuné, Rendez Vous tout d’abord à l’Ecole du village. 

A l’entrée de l’école était présenté sur une table un petit diorama, ou maquette en carton réalisé par des enfants. Il montrait l’hacienda et la disposition des soldats en présence : le ton était donné !

Dans le modeste réfectoire un petit déjeuner en commun nous était offert pendant que les élèves préparaient cette première cérémonie au sein même de leur école. C’est une école qui doit accueillir sans doute tous les enfants des environs, car ils sont relativement nombreux (plusieurs centaines).

Rassemblés tout autour de la grande cour, immobiles et en silence, accompagnés de leurs enseignants ils entonnèrent l’hymne mexicain ; il y eut ensuite la levée des couleurs, puis le serment de fidélité à la Patrie fait par une partie des élèves (vraisemblablement les plus âgés). Il y eut enfin le rappel du combat du 30 Avril, mimé et relaté avec beaucoup de conviction et d’expression, par une classe d’une vingtaine d’élèves (garçons et filles âgés d’environ 12 à 13 ans)…Superbe !

Ensemble d’une cérémonie à la fois très simple mais très émouvante, où sont cultivées les vertus de l’honneur, du respect et de la fidélité...qui nous a émerveillé.

Impensable en France aujourd’hui…

Le Président de l’Amicale des Anciens Légionnaires de Marseille à invité le Directeur de l’école à venir en France faire « une formation » auprès de l’Education Nationale …

La deuxième cérémonie :

La cérémonie principale allait se dérouler à deux pas de la première ; en face de l’école.

L’imposant mémorial érigé à la mémoire des soldats français et mexicains qui se sont affrontés le 30 Avril 1863 est bâti sur le fond d’une grande place d’armes, très propre et très bien entretenue. Il fut inauguré le 15 Décembre 1965 après qu’eurent été exhumés les ossements et objets trouvés dans la première sépulture de nos héros ; première sépulture sur laquelle notre groupe a tenté de se rendre, mais l’endroit, situé près de la voie ferrée, n’est plus véritablement indiqué. 

Avec la présence sur le sol mexicain de notre ministre, monsieur Hervé MORIN, Cette cérémonie allait prendre inévitablement une ampleur imprévue. 

Le gouvernement mexicain n’a pas lésiné pour honorer son invité de marque d’une part et nous aussi par la même occasion.

Une troupe mexicaine nombreuse sous les armes, était présente, accompagnée d’une musique également très étoffée. De notre côté, c’est un détachement d’une quarantaine Légionnaires et le drapeau du 2° REI qui étaient là, ainsi que la musique du 43° RI de Lille.

Le dispositif prévu voyait notre section de Légionnaires d’un côté de la place d’armes, face à une troupe mexicaine bien supérieure en nombre, visiblement plusieurs centaines d’hommes… 

Curieux hasard restituant, à quelque chose près, le rapport de force du combat héroïque…

La cérémonie s’est classiquement déroulée avec l’arrivée des autorités, le passage des troupes en revue, les honneurs aux drapeaux, la lecture du combat en français puis en espagnol. Un dépôt de gerbes, par les autorités ainsi que par notre amicale, la sonnerie aux morts et la minute de silence clôturaient cette cérémonie intense en émotions et en recueillements.

En en ayant reparlé au sein de notre groupe peu après, nous pouvons dire que chaque instant de cette cérémonie a été intensément vécu par tous. 

D’ordinaire, les cérémonies militaires paraissent longues ; là le temps n’a pas compté. Chacun, tout en ne perdant pas une miette de ce qui se passait autour de nous, est revenu sur lui-même ; chacun de nous a fait un voyage dans son propre passé, se demandant par exemple, si dans le quotidien sous le fanion vert et rouge il avait été à la hauteur du serment de nos lointains aïeux. 

Certains ont vécu cette journée comme un aboutissement ; l’aboutissement d’une vie au service de la Légion : «je suis venu me recueillir à Camerone, maintenant je peux mourir…», a dit l’un d’entre nous. 

Pour les plus anciens (anciens d’Indochine et d’Algérie), ce fut peut être une façon de faire à nouveau le deuil de tous leurs compagnons d’armes tombés autour d’eux, et de s’en souvenir.

C’est véritablement une très grande émotion qui nous a tous touché !

Emotion si forte, que les plus jeunes n’ayant pas connu de véritables combats, en ont été également saisi. Une émotion transmise d’une génération à l’autre au cours de ces instants, sans un mot, sans un geste, simplement par le simple fait d’être côte à côte sur ce lieu exceptionnel, lors d’une journée non moins exceptionnelle.

Quant aux Dames du groupe, bien qu’étant forcément un peu plus détachées de ces aspects, elles n’en furent pas moins saisies elles aussi par l’émotion, tant celle-ci était palpable dans l’atmosphère générale de cette journée. 

Depuis longtemps elles connaissaient les cérémonies de Camerone à la Légion ; là elles ont sans aucun doute beaucoup mieux mesuré ce que Camerone signifie pour nous Légionnaires. 

De par leur élégante et digne attitude elles ont vraiment fait honneur à leurs compagnons de vie.

La troisième cérémonie :

Organisée au centre du village, elle est venue clôturer cette matinée déjà très riche.

La présence des autorités gouvernementales mexicaines et françaises a bien évidemment drainé beaucoup de monde. Nombre de personnalités mexicaines diverses et de représentants de la communauté française du Mexique étaient présentes, ainsi qu’une immense foule de spectateurs. 

Le premier temps fut la mise en place de toutes les troupes présentes ; notre détachement du 2° REI fut immergé au beau milieu d’une foule qui avait envahi tous les espaces.

Eurent lieu ensuite l’inauguration de la rue principale nouvellement refaite, puis une succession de très longs et politiques discours…

La presse, mexicaine et française, était très présente.

Le défilé de nombreux cavaliers mexicains (environ une cinquantaine ?), en costumes traditionnels, fit une animation d’une belle tenue à travers tout le village. « Les mexicains naissent à cheval et sont tous d’excellents cavaliers ». - En les voyant passer, comment ne pas imaginer cette nuée de cavaliers (estimés à 800) enveloppant dans un tourbillon de poussière les hommes du Capitaine Danjou à l’agonie retranchés dans ce qu’il restait de l’hacienda, incendiée et détruite en partie…-

A la fin du défilé, grâce à l’amabilité de l’un des cavaliers, un Adjudant du détachement Légion et notre ami Georges Lozev, de notre groupe, (ancien du REC), eurent le privilège de faire un petit tour sur un cheval mexicain…

Pour l’anecdote : après la prise de Oaxaca par les français, le commandant de Brian du Régiment Etranger reçut la mission de mettre sur pied une unité de cavalerie avec les nombreux chevaux pris à l’ennemi et des Légionnaires « fantassins ».

Et c’est avec une très martiale salve d’honneur, tirée par un peloton de soldats mexicains, tradition mexicaine oblige, que se clôturait cette troisième cérémonie.

Dans l’effervescence de cette matinée, des contacts très divers se sont établis ; la rencontre d’anciens Légionnaires, comme l’Adj (er) Bernardo Sanchez, mexicain d’origine, établi dans son pays natal après avoir servi au 2° REP, le porte drapeau d’une amicale italienne, le CB (er) Damien Brintet en poste à l’ambassade de France au Costa Rica ou d’autres encore. 

Ce fut aussi l’occasion de voir la naissance d’une antenne Légion au Nicaragua, rattachée à l’AALE Marseille, sous la houlette de Georges Lozev. 

Il y eut également des échanges d’invitations, comme par exemple celle d’un jeune du village devant venir faire un séjour linguistique en France (Août Janvier prochains), par l’un des nôtres, etc…

A l’issue, la collation frugale de midi ayant été prise, regrettant de ne pas avoir eu le plaisir de se voir consacrer quelques petites minutes par notre ministre… il ne nous restait qu’à récupérer nos bagages chez nos hôtes, à les saluer, les remercier et à reprendre la route pour Véracruz avec notre Bus… à peu près climatisé...emportant tant d’images et d’émotions dans nos cœurs. 

Il aura fallu un peu de temps pour que bien des aspects de ce voyage remontent à la surface.

Mais nous n’avions pas tout à fait achevé notre pèlerinage. Nous quittions les terres chaudes de Camaron pour faire un détour par une petite ville nichée à 1200m d’altitude dans la verdure tropicale des montagnes avoisinantes (à une soixantaine de km environ, deux heures de route).

HUATUXO (huatusco) et le Sous Lieutenant Clément MAUDET nous attendaient.

A HUATUXO, nous étions attendus pour une cérémonie toute simple, mais combien émouvante : ce fut l’inauguration de la pierre tombale du Sous Lieutenant Clément MAUDET.

Evacué après le combat, grièvement blessé, on peut aisément imaginer ses souffrances pendant son transport à dos d’animal sur une soixantaine de km…

C’est ici à Huatuxo qu’il sera soigné avec beaucoup de dévouement par Mama Juana .Avant de mourir le 8 Mai suivant, il écrira : « j’ai laissé une mère en France, j’en ai trouvée une autre au Mexique…».

«…Mama Juana fit avertir ses deux frères officiers de la mort du sous-lieutenant français. 

Francisco et Manuel Marrero donnèrent les instructions pour que les honneurs militaires lui soient rendus. Ils le firent revêtir de sa tenue d’officier sur laquelle ils fixèrent ses décorations, notamment la Médaille militaire qu’il avait gagnée devant Sébastopol, puis ils déposèrent dans son cercueil son képi et son sabre, ce sabre avec lequel il avait mené sa dernière charge à Camaron. Sur une bande tricolore qu’ils placèrent en sautoir sur sa poitrine, ils inscrivirent en français les mots suivants : « Gloire aux armes de la France !» Enfin, ils glissèrent près du corps un petit flacon fermé par un bouchon de liège renfermant un papier sur lequel ils avaient écrit : Clément Maudet , murio el 8 de Mayo de 1863. Francia.

Porté par des soldats mexicains jusqu’au parvis de l’église de Huatusco, le cercueil fut déposé dans une fosse maçonnée. Un peloton présenta les armes et tira une salve d’honneur ! »

- Ceci est le texte intégral sur la mort du sous-lieutenant Maudet, écrit par P. Sergent dans 

son livre : Camerone.

En lui rendant les honneurs, l’armée mexicaine s’honorait elle-même. 

La fidélité au serment donné, le sacrifice suprême, la bravoure des Légionnaires d’une part et 

le sens de l’honneur, le respect, les soins et l’attention qu’ont eu officiers et soldats mexicains à l’égard des derniers survivants de ce terrible affrontement d’autre part, sont les valeurs que symbolise le mémorial de Camaron, à la gloire à la fois des Légionnaires français et des soldats mexicains.

La première cérémonie pour les enfants à l’école de Camaron où ces vertus cultivées et  mises en exergue prennent ici tout son sens.

La petite réception que nous ont réservée Madame Zaira-Ochoa Valdivia, charmante présidente du conseil municipal de Huatusco et sa délégation, fut particulièrement accueillante et chaleureuse. Après avoir dévoilé officiellement la plaque à la mémoire de Clément Maudet, chaque délégation a chanté l’hymne de son pays accompagné magistralement par notre trompettiste attitré. 

Avec le projet se revoir l’an prochain…à Marseille ! , invitation faite par notre président, nous quittions les hauteurs tempérées et cette jolie petite ville de Huatusco pour nous diriger vers Véracruz 

Arrivée tardive à Véracruz…nuit calme…pour tout le monde !

Hébergement : Hostal de Cortés.

A ne pas oublier : C’est un grand merci que nous devons adresser à notre ambassadeur particulier au Mexique, le Lieutenant (er) Pascal Gras. Il a pris une part prépondérante dans la réussite de cette extraordinaire journée, notamment dans la mise sur pied de l’accueil de notre Amicale (AALE Marseille) par les habitants de Camaron de Tejeda et de Huatusco.

C’est précieux de rencontrer quelqu’un de connu en terre lointaine. Merci mon Lieutenant.

Une information intéressante : lire l’excellent livre de Pierre Sergent : « Camerone ». C’est un remarquable travail d’historien qui fourmille d’anecdotes très détaillées et qui nous plonge dans l’ambiance de cette campagne du Mexique où nos glorieux Anciens se sont illustrés.

 

Une dernière anecdote…de P Sergent : « Le combat de Camaron avait tellement impressionné les chefs libéraux que, durant plus de deux mois, ils s’abstinrent d’attaquer les convois sur la portion de route confiée au Régiment Etranger. Et pourtant, les compagnies ne cessaient de parcourir cet itinéraire, du Chiquihuite à La Tejeria, voire jusqu’à Veracruz, pour escorter des hommes et du matériel… »…

 

« Il existera toujours des hommes pour penser qu’il est plus noble de se faire tuer que de se rendre…tant qu’il y aura des hommes ! ».

 

Huitième étape : (10° jour de voyage ; 1° Mai)

Cette étape devait nous conduire de Véra Cruz à Mexico en passant par El Tajin.

Mentionné comme faisant partie des sites les plus importants du Mexique, El Tajin est également l’un des mieux conservés, en raison de la « protection » de la forêt dont il a bénéficié. Au fil des siècles, une forêt tropicale dense et impénétrable allait à la fois l’engloutir mais aussi et surtout, le soustraire aux pillages et à la destruction après l’arrivée des « Conquistadores ».

Arrivant sur les lieux, nous assistons à la fameuse danse des « hommes oiseaux » de Papantla: « los voladores ». c’est un rituel  que les Totomaques pratiquaient ; c’est l’un des rares rites indiens qui soient parvenus jusqu’à nous. Les espagnols pensaient que c’était un jeu et non un hommage au soleil.

Quatre indiens se laissent descendre la tête en bas suspendus par un pied au bout d’une corde qui se déroule progressivement jusqu’au sol, depuis le sommet d’un mat d’environ 30 à 40m de haut qui tourne sur lui-même.

Cela peut présenter peu d’intérêt pour certains visiteurs, mais en fait à bien observer c’est une vraie prouesse, surtout quand on sait qu’elle vient de si loin.

Quant au site lui-même, le plus important de la civilisation Totomaque, est l’un des plus grands centres cérémoniels de l’état de Véracruz.

El Tajin, signifierait en Totomaque « la cité des dieux de la pluie, du tonnerre et de la foudre ». Ce lieu possède plus de 100 constructions et 17 jeux de pelote. Son monument principal, est la pyramide des niches. Organisée géométriquement elle obéit aux principes astronomiques avec ses 365 niches, qui ont dû très certainement servir à compter les jours de l’année solaire.

Un travail de reconstruction colossal a été entrepris récemment par les descendants des Totomaques eux-mêmes est en cours.

Nous reprenions la route pour une longue remontée vers la capitale. Ascension depuis les plaines chaudes et insalubres de Véracruz pour atteindre les hauteurs plus accueillantes, région dite des hauts plateaux et la vallée de Mexico.

Nous repassions non loin de Puebla…*

Profitons-en pour faire un aperçu historique (cf livre de P. Sergent en grande partie):

« La prise de Puebla et l’entrée des troupes d’intervention à Mexico provoquèrent une brusque accélération de l’histoire. Les exécutants eurent soudain l’impression que cette expédition dans laquelle on paraissait s’enliser, pouvait être bénéfique et déboucher sur la création d’un Etat Mexicain digne de ce nom ». 

En effet, depuis le 16 Septembre 1810, date à laquelle, un prêtre, Hidalgo Castillo, avait levé l’étendard de la révolte et marché à la tête de 40000 indiens contre le Vice-roi, ce fut un demi siècle de guerres civiles violentes et impitoyables. Un historien dénombrera deux cent quarante révolutions durant ces cinquante ans !..

La lute d’Hidalgo Castillo, s’était achevée sept mois plus tard sous les balles d’un peloton d’exécution.

Il laissait en héritage la date du 16 Septembre qui allait devenir celle de la fête nationale.

Le 24 Août 1821, Augustin de Iturbide, premier empereur du Mexique, obtenait l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne. Il fut renversé et exécuté, en 1824, la situation s’était relativement clarifiée. 

Désormais, deux partis nettement distincts se disputaient le pouvoir ; les Conservateurs (Gds propriétaires et haut clergé) adeptes d’un pouvoir central fort et les Libéraux partisans d’une république fédérale à l’américaine.

Rappelons que le Corps Expéditionnaire français était aux prises avec les troupes du Parti Libéral de Benito Juarez, dans le but de mettre en place Maximilien D’Autriche.

La France est intervenue au Mexique sur l’insistance de notre Impératrice auprès de son mari. Eugénie, d’origine espagnole fut elle-même convaincue de la nécessité de porter assistance au peuple mexicain par un ami d’enfance, Juan Manuel Hidalgo, d’origine espagnole lui aussi, devenu diplomate mexicain.

Le refus de régler un différent de dettes avec la France et l’Angleterre par Benito Juarez, en 1861, suffit à décider Napoléon III d’envoyer une expédition de l’autre côté de l’Atlantique. 

« L’affaire du Mexique était bien une affaire de femme ! » nous dit P. Sergent.

Et bien sur, voilà l’origine de ce chant…que nous chantons si souvent…« Eugénie les larmes aux yeux… »

Le premier Corps Expéditionnaire fut envoyé en fin d’année 1861. Devant l’impossibilité de prendre Puebla, fin 1862, Napoléon III décida de le renforcer, et c’est à ce moment là que le régiment Etranger fut envoyé au Mexique (suite d’ailleurs à une pétition des officiers subalternes du Régiment Etranger, qui se plaignaient d’être écartés de cette campagne…).

Le Corps Expéditionnaire commandé par le général Forey comprenait deux divisions, l’une aux ordres du général Bazaine et l’autre aux ordres du général Douay.

Le 11 Septembre 1863, à l’issue de son entrée dans Mexico, le général Forey, chef du Corps expéditionnaire, fit former un gouvernement provisoire à qui il remit ses propres pouvoirs, en attendant la mise sur le trône de Maximilien de Habsbourg le 28 Mai 1864.

En 1866, Maximilien prend le commandement des troupes mexicaines contre les français ! 

Le 15 Mai 1867, il est défait à Queretaro et sera fusillé.

C’est Benito Juarez qui reprendra la direction de la république restaurée jusqu’en 1872 ; Porfirio Diaz (qui s’était rendu à Oaxaca) prendra sa suite de façon dictatoriale jusqu’en 1910.

En achevant ce petit condensé historique, qui situe bien le sacrifice de nos héros dans son contexte, on peut effectivement considérer qu’à partir de l’intervention française, et malgré les quelques soubresauts suivants, le Mexique entrait dans une ère plus stable et plus prospère.

Arrivés à Mexico en fin de journée, nous retrouvions notre point de chute du départ : l’hôtel Lark.

Les « quatre mousquetaires » ayant conservé quelques forces, fidèles à leur grand cœur, se firent un « devoir » d’aller reconnaître les abords de l’hôtel afin que le groupe puisse récupérer en toute tranquillité…comme ils l’avaient fait « très consciencieusement » jusque là…mais ce soir là ils eurent une mission très particulière, jouer les guides nocturnes pour une nouvelle recrue qui les implorait de l’emmener avec eux… et en assurer la « protection rapprochée »…

Au programme deux boites de nuits et un night club (particulièrement bien fréquenté…).

Bref la nuit, une fois de plus, fut courte !

MEXICO-city (11° jour de voyage)

Pas de commentaires particuliers pour cette journée ; chacun garde en mémoire tout ce que ses yeux ont pu capter. 

Voici le rappel de ce que nous avons visité:

Le début de la visite de la capitale coloniale des Amériques se fit par la Place de la Constitution. Place principale du vieux Mexico, appelé « Zocalo » (place du socle) car du projet de la statue dédiée à l’indépendance, il ne reste que le socle. Par dérision les mexicains l’ont appelé la place du socle ou « zocalo », nom qui s’est répandu aux autres places des villes du pays. En superficie, le zocalo de Mexico est la troisième agora du monde, après la place Rouge de Moscou. C’est le théâtre de la vie nationale nous dit-on, où se déroulent toutes les grandes cérémonies, parades, etc.

La Cathédrale est impressionnante à voir avec ses « faux aplombs », ses murs et ses colonnes penchés et son sol affaissé ; cela est dû au sous-sol instable, puisqu’elle est construite sur l’ancien lac Texcoco asséché par les Conquistadores.

Tout ce qui a été construit autour du Zocalo, l’a été avec les matériaux de démolition des palais et des temples aztèques.

Ce fut ensuite le déjeuner sur les barques très colorées du Xochimilco. 

Xochimilco avec ses canaux (derniers vestiges du lac Texcoco sur lequel était construite l’antique Tenochtitlan précédant la future Mexico) est un jardin qui alimente la ville en fleurs et légumes. L’ambiance y est très typique ; les embarcations, sortes de gondoles couvertes qui se croisent et s’entrecroisent sur les canaux, servent de salles de restaurant animées de nombreux groupes de Mariachis.

L’après midi qui a suivi fut consacrée à la visite particulièrement intéressante du Musée National d’Anthropologie, où l’on peut notamment admirer le très fameux calendrier aztèque (25 tonnes et 3,35m de diamètre…) et la journée s’acheva en soirée sur la fameuse place Garibaldi.

Sans doute moins fréquentée un dimanche soir qu’à l’accoutumée, la place Garibaldi est toujours très animée. Cette soirée a permis à tout le groupe de se retrouver à l’extérieur du cadre habituel pour partager le verre de l’amitié.

Episode de la déclaration très théâtrale de sa flamme, à grand renfort de Mariachis, d’un homme saoul à sa belle.

En deux mots :

Mexico est situé au centre du pays dans une vallée à 2250 m d’altitude entourée de sommets qui la surplombe de plus de 5000m, dont le Popocatépetl à 70 km.

Fondée en 1325 par les Aztèques sur une ile du lac Texcoco, la ville précolombienne de Tenochtitlan a été entièrement détruite par les conquérants espagnols au début du XVI° siècle. Cette agglomération est devenue, avec une population estimée à 20 millions d’habitants, la troisième du monde derrière Tokyo et New York.

Une version très poétique nous propose comme origine du nom de Mexico : nombril de la Lune. Cela viendrait du reflet de l’astre dans le lac Texcoco avec en son milieu l’île où fut construite la ville. Il y a bien sur d’autres interprétations.

MEXICO-city  Aéroport (12° jour de voyage)

Cette dernière journée sur le sol mexicain nous offrait une ultime série de visites avec notamment, celle de la Basilique Notre Dame de Guadalupe et celle du site exceptionnel de Teotihuacan.

La Basilique serait construite sur le lieu où est apparue la Vierge. Très vénérée, c’est la Reine Céleste de l’Amérique latine ; Jean Paul II y est venu célébrer une messe.

Le dernier repas sur pris sur le site de Teotihuacan précédé, comme tous les autres, par une « religieuse » poussière, fut particulièrement bien animé par deux mariachis très boute-en-train et les plus délurés d’entre nous. Une note très gaie achevait ce très émouvant voyage pèlerinage.

Teotihuacan, la plus grande cité de l’Amérique précolombienne, avec le temple de Quetzalcoatl, la pyramide du soleil et celle de la lune, couvre une superficie de 25 km², dont seuls 2% ont fait l’objet de fouilles systématiques. Des fouilles conduites dès 1864, notamment par le français Désiré Charnay.

Très captivés par tout ce qu’il y avait à voir personne ne songeait encore au départ.

La fin de la visite était là, dans quelques heures à peine nous quitterions ce magnifique pays !... Déjà le départ ? Certains d’entre nous seraient bien restés quelques jours de plus… 

Malgré cette transition trop courte entre le voyage lui-même et le retour, déjà les impressions commençaient à remonter en chacun d’entre nous. 

Tout ce que nos sens avaient perçu resurgissait, c’est un véritable foisonnement : les parfums ; les saveurs, les bruits, les ambiances, les paysages, les couleurs, les gens, les émotions bien sur …sans oublier l’ambiance de notre groupe, preuve d’une belle cohésion. 

Ce voyage témoigne du dynamisme de l’Amicale des Anciens de la Légion Etrangère de Marseille.

Chacun l’a abordé avec ses propres raisons ; chacun est venu chercher quelque chose de très personnel en lien avec son vécu de légionnaire, ou sa propre histoire familiale.

L’une d’entre nous est venue marcher sur les traces de ses ancêtres.

Ce voyage et cette cérémonie à Camaron furent une parfaite allégorie de l’idée abstraite que nous pouvions avoir de Camerone et de cette campagne du Mexique ; ce fut une véritable prise de conscience de la réalité du combat de Camerone.

Il est intéressant aussi de situer la Légion à cette époque entre l’Histoire qu’elle écrivit et l’exotisme de cette campagne mexicaine.

De ce voyage, quelques « grandes sensations » demeureront :

Certains d’entre nous furent très marqués par une nourriture inhabituelle pour nous occidentaux « pas habitués à avoir à chaque repas un volcan dans la bouche !!! ».

D’autres ont retenu le besoin de s’hydrater à tout moment (la valse des bouteilles pour étancher notre soif, sans oublier tout de même une bonne Corona bien fraiche par ci par là et le soir, ma foi, quelques « Margaritas » n’étaient pas de refus non plus…)

Personne n’oubliera la vie du groupe (35 femmes et hommes de tous âges pour 3500 km) dans l’espace réduit de notre bus. Vie, que notre sympathique conducteur, David, s’attacha à rendre la plus agréable possible ; mission dont il s’acquitta parfaitement. Merci à lui.

Enfin personne n’oubliera la beauté des paysages si contrastés, les vestiges formidables de ces incroyables civilisations précolombiennes et la pauvreté de ce peuple qui nous si chaleureusement accueilli.

Il me semble entendre notre guide, José : « Tout était froidement calculé, n’est-ce pas ?… ».

Lui aussi, s’est très bien acquitté de sa tâche et a contribué à faire de ce voyage une réussite.

Ce fut un voyage au bout du monde, très exotique par bien des aspects, pour un retour à l’essentiel.

Merci mon cher Président pour ce que vous nous avez permis de vivre et merci à votre « éminence grise », votre charmante épouse Jeanne.

Henri CHAUDRON, membre AACLE

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PS :

Fin 1863, la Légion avait perdu 11 officiers et 800 Légionnaires sur un effectif de 1400 combattants ; durant cette campagne du Mexique, au prorata des effectifs c’est elle qui, une fois de plus, a payé le plus lourd tribut pour la gloire des armes de la France.

Texte et photos même partiels « Copyright © Monsieur Légionnaire. Tous droits réservés à l’A.A.C.L.E»

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Lcl Constantin LIANOS, Président de l'AACLE  

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