Accéder au contenu principal

Les actualités de
Monsieur Légionnaire

Compte rendu de la Visioconférence internationale du 10 octobre 2026 « L’ordre des forteresses nucléaires », donnée par le Général Jean-Bernard Pinatel

2026-10-10-L-Ordredesforessesnucleaires1.png 
 
 ***
Fleche 2Conclusion du Général Jean-Paul ANDREOLI:
Conférence du général Jean-Bernard PINATEL : «L’ordre des forteresses nucléaires»

Le général Pinatel, au cours de cette visioconférence, nous a éclairés de sa vision des relations internationales du moment, notamment vis-à-vis du risque de conflit nucléaire, et nous l’en remercions. Fort d’une riche expérience acquise au cours de sa carrière militaire, notamment dans  le domaine du nucléaire, puis de ses relations d’affaires dans une seconde carrière, il a répondu à une trentaine de questions après un bref exposé sur les points les plus « chauds » de la planète au regard du risque nucléaire : le conflit ouvert actuel Russie/Ukraine et ses développements, en particulier dans la zone de la Mer Baltique et autour de l’enclave de Kaliningrad, ainsi que le conflit larvé Etats-Unis/Chine pour Taïwan, avec ses enjeux de souveraineté industrielle sous-jacents à l’échelle mondiale.

Même si pour l’Europe le conflit russo-ukrainien reste une menace potentielle avérée pour la paix du continent européen, il apparaît peu vraisemblable à ce stade que la Russie se risque à utiliser des armements nucléaires tactiques comme le prévoit sa doctrine militaire. En outre, si la situation devait dégénérer en conflit militaire ouvert avec des membres de l’OTAN, la Russie dispose de missiles hypersoniques dont elle a récemment fait démonstration, missiles pour le moment techniquement impossibles à intercepter compte tenu de leur vitesse exceptionnelle de l’ordre de Mach 10. Ces armes « conventionnelles », si elles existent en nombre suffisant, de l’ordre de quelques centaines, permettraient d’endommager significativement ou de neutraliser en quelques minutes les principaux centres névralgiques de défense à travers l’Europe, sans recourir aux armes nucléaires, ni tactiques ni stratégiques. Et d’ajouter que même dans cette hypothèse extrême, les Etats-Unis ne prendraient sans doute pas le risque d’une escalade nucléaire avec la Russie pour sauver une capitale européenne. Car si l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord mentionne effectivement une solidarité « contractuelle » entre les membres de l’OTAN, elle n’en précise pas les moyens, qui de fait ne sont pas nécessairement militaires, et encore moins nucléaires. Des questions relatives aux menaces pour l’Europe, il ressort finalement que la principale d’entre-elles reste l’islamisme dans sa déclinaison rigoriste, voire fanatique, et non pas la Russie comme les classes dirigeantes en Europe tentent de le faire croire à leurs populations. Et la réponse à la menace islamiste n’est pas pour l’heure de l’ordre du nucléaire.

L’autre conflit majeur - pour le moment larvé - oppose directement les Etats-Unis et la Chine à propos de Taïwan. Si la privatisation de la Mer de Chine constitue une violation peu contestable du droit international, si l’actuel président chinois a fixé aux cadres du Parti communiste chinois l’objectif officiel de prendre le leadership mondial à l’échéance de 2049, pour le centenaire de la République populaire de Chine, le risque majeur de conflit demeure essentiellement la présence à Taïwan d’industries détenant actuellement le monopole de la fabrication des circuits intégrés de très haute technologie dont dépendent jusqu’à nouvel ordre tous les pays de la planète. En aucun cas les Etats-Unis ne sont disposés à laisser la Chine s’en emparer, et même une fois mis en service un centre de fabrication équivalent de ces composants stratégiques sur le territoire américain, actuellement en construction à Phénix en Arizona, les Etats-Unis pourraient se voir tentés de déclencher « préventivement » un conflit avec la Chine, leur permettant de détruire le potentiel industriel stratégique de Taïwan afin d’en priver la Chine, même si celle-ci parvenait à conquérir ce territoire. C’est là typiquement le piège de Thucydide.

Naturellement, compte tenu des enjeux, la « vérité médiatique » se trouve falsifiée. Et si l’on admet une « vérité médiatique », il faut également accepter le « mensonge médiatique », ne serait-ce que par « omission », par le choix opéré des éditoriaux et le moment de leur diffusion, à rapporter à toutes les informations occultées ou minimisées, mais en réalité capitales. Les otaniens ont pris le risque d’agacer la Russie en approchant de trop près les frontières de l’OTAN de celles de la Russie, et en laissant poindre l’idée de l’éventualité d’une intégration prochaine de l’Ukraine à l‘OTAN. Ainsi, les principaux dirigeants européens se sont eux-mêmes « piégés » et se trouvent à présent de facto obligés d’afficher un bellicisme justifiant leurs choix stratégiques précédents. En France, le président de la République, dans sa perspective d’une Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux, prône une accélération de l’émergence d’une « défense européenne », allant jusqu’à proposer d’étudier les modalités d’un élargissement de la dissuasion nucléaire française, aujourd’hui totalement souveraine dans ses options tant politiques que techniques, au bénéfice d’un périmètre européen qui reste à définir. A ce stade, l’idée semble quelque peu osée, voire irréaliste, l’intégration européenne exigeant un transfert volontaire de compétences et de souveraineté nationale par les États européens à des institutions communes, qui sont encore loin d’intéresser les défenses des pays européens, défenses qui restent donc nationales.

Pourtant, les priorités en matière de défense en France ne concernent pas vraiment un élargissement de la dissuasion nucléaire française, mais plutôt un renforcement des moyens « conventionnels », en particulier ceux de la Marine française compte tenu de l’étendue du domaine maritime français classé au second rang mondial si l’on prend en considération les zones économiques exclusives attachées aux territoires d’outre-mer, vestiges des empires du passé. Pour le reste, le spectre capacitaire des armées françaises demeure l’un des plus développés au monde en termes de technologies et d’expérience opérationnelle, mais notoirement sous-dimensionné en termes de déploiement, notamment en cas de conflit de « haute intensité » sur le modèle Russie/Ukraine.

Enfin, il apparaît nécessaire également d’évoquer un risque futur de possible guerre nucléaire entre Israël et l’Iran si ce dernier pays parvenait à se doter de l’arme nucléaire et de la capacité à délivrer cet armement à distance, ce qui sans constituer une menace immédiate paraît inéluctable à terme, nonobstant les tentatives répétées d’Israël et des Etats-Unis de l’en empêcher par la force. 

Pour conclure, à l’examen des crises éventuellement susceptibles de dégénérer en affrontements nucléaires dans un avenir proche, il apparaît globalement que l’évolution des rapports de force à l’échelle mondiale, avec notamment l’émergence des BRICS+ depuis les années 2010, le repli des grandes puissances dans un isolationnisme relatif, une diplomatie multi-sectorielle qui privilégie les relations bilatérales au détriment des négociations au sein des grandes organisations internationales issues de la Deuxième guerre mondiale, traduisent un affaiblissement structurel de l’Occident par rapport au reste du monde. Un Occident en crise qui a sans doute dominé le monde dans les cinq derniers siècles, mais qui doit se résoudre à présent à renoncer à son hégémonie passée. Le changement indispensable des mentalités à cet égard sera beaucoup moins rapide que les transformations des sociétés humaines induites par l’avènement des intelligences artificielles associées à la mondialisation, ce qui annonce une période d’instabilité et de crises d’ailleurs déjà commencée, symboliquement depuis le 11 septembre 2001.

 

*** 
Fleche 2Compte rendu du Pr. José D'ARRIGO :
Général Jean-Bernard Pinatel : « La menace nucléaire est restée une garantie de paix »
Le général (2S) Jean-Bernard Pinatel jouit visiblement des privilèges de l’âge. Cet ancien officier d’élite âgé de quatre-vingt-sept ans n’a pas peur des mots et sa devise pourrait être la suivante : il vaut mieux appeler un chat un chat plutôt que de s’emberlificoter dans les méandres d’une diplomatie ambiguë. 
 Cet ancien para, devenu stratège et expert atomique, a fait un véritable récital ce samedi devant les anciens combattants et amis de la Légion Etrangère conviés par leur président, le lieutenant-colonel Constantin Lianos, à une visioconférence internationale sur le thème suivant : « l’ordre des forteresses internationales ». Pourquoi ce succès ? Tout simplement parce que cet ancien héros de la guerre d’Algérie n’a plus aucun souci de carrière et qu’il dit la vérité sans ambages. Alors tout le monde l’écoute d’une oreille attentive.
Dans son dernier livre publié aux éditions Cairn et intitulé justement « l’Ordre des forteresses nucléaires », le général Pinatel souhaite montrer aux divers candidats français aux élections présidentielles de 2027 qu’ils n’ont rien compris à la guerre en Ukraine et qu’ils n’ont pas la moindre idée du nouveau système mondial. Lui, le guerrier, le blessé de guerre sauvé in extremis des griffes du FLN en Algérie, peut légitimement parler de la guerre puisqu’il a fait la guerre sous toutes les latitudes et qu’il a des homologues partout dans le monde pour recueillir les informations militaires utiles à l’élaboration d’une vision fondée sur le réel et non sur l’idéologie, au-delà des ratiocinations pathétiques des généraux d’opérette invités à s’exprimer sur les plateaux de télévision pour, le plus souvent, réciter le registre présidentiel et se faire mousser au passage.
Le 30 septembre dernier Vladimir Poutine a clairement averti les occidentaux qui seraient tentés de s’attaquer à l’enclave russe de Kaliningrad, située au bord de la mer Baltique et coincée entre la Lituanie au nord et la Pologne au sud. Pour lui, ce casus belli justifierait l’usage de la bombe atomique. Poutine ne plaisante pas : il déploierait alors sa force atomique contre l’agresseur, quel qu’il soit. Voilà qui calme les ardeurs belliqueuses de certains dirigeants occidentaux qui ont oublié, en outre, la stratégie du Pentagone : tout mettre en œuvre pour aider les Ukrainiens dans le conflit qui les oppose aux Russes sans prendre le risque d’être eux-mêmes impliqués dans la bagarre.
Le nouvel accord Trump-Poutine sur les livraisons de pétrole aux Etats-Unis prouve bien que ces deux-là n’ont strictement rien à faire de la morale émotionnelle des Européens et qu’ils fondent d’abord leur stratégie sur des données marchandes et commerciales. Il est vrai que les dirigeants français, dans leur ensemble, ont aisément oublié, ou fait semblant d’oublier, les mises en garde de Vladimir Poutine à Bucarest en 2008, il y a près de vingt ans : pas question pour lui d’accepter des forces de l’organisation du traité de l’atlantique nord (OTAN) stationnées aux frontières russes de l’Ukraine et de la Géorgie. La conséquence de cet aveuglement est terrible : elle a permis à la Russie de se jeter dans les bras de la Chine et constituer ainsi un pole sino-russe d’une force inouïe.
Le duopole Etats-Unis-Russie qui a marqué très longtemps le principe de la guerre froide neutralisant les deux grandes puissances derrière « leur forteresse nucléaire » est aujourd’hui largement dépassé par un monde multipolaire donc potentiellement multi conflictuel. Trump ne dérogera pas à ses deux principes de base : faire de l’Amérique de nouveau une grande puissance (« Maga ») et « America First » (l’Amérique d’abord »). Dans tous les calculs du président américain il impose ce préalable qui ne souffre aucune exception : seul compte l’intérêt de l’Amérique et des Américains, quitte à se fâcher avec le reste du monde.
 La vérité, c’est que nous sommes aujourd’hui dans un monde où cinq grandes puissances sont, normalement, à l’abri de toute agression significative grâce à leur potentiel nucléaire : les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde et la France. La sixième puissance nucléaire, celle de la Grande-Bretagne, ne compte pas vraiment aux yeux du général Pinatel car elle est freinée par un puissant fil à la patte, celui des F35 américains, vecteurs de la bombe britannique, qui ne peuvent pas décoller sans un accord formel de l’état-major américain. Donc, pour ces cinq puissances détentrices de l’arme suprême, seule une atteinte à leurs « intérêts vitaux » justifierait une riposte foudroyante.
La vision de l’occident face au reste du monde (en anglais : « west against the rest ») appartient désormais au passé. Comme l’union européenne, de son côté, n’est plus qu’un passager clandestin de l’OTAN et un profiteur militaire, il semble que la France ne soit plus qu’une puissance suiveuse parmi d’autres puissances suiveuses comme l’Allemagne qui en a tiré les leçons si l’on en juge par l’effort considérable qu’elle consacre à la renaissance de son armée.
 La France et ses alliés ne paieraient pas un écot suffisant aux Américains. Et les dirigeants US ne se sont pas privés d’alerter les Européens sur les dangers « civilisationnels » qui les menacent face au grignotage islamiste : les USA ne pourront plus être les partenaires « de pays qui craignent leur propre peuple, réduisent au silence les opinions contraires à la doxa dominante et annulent les élections sous prétexte de lutter contre la désinformation », ainsi qu’on l’a vu récemment en Roumanie.
Ce qui prévaut dans le monde actuel, c’est « l’échange de bons procédés », par exemple entre la Chine et les Etats-Unis, la première se désengageant en Amérique Latine contre une réduction significative de la présence militaire US dans le détroit de Taïwan.  Quant à l’usage massif de drones, ce ne sont que des « piqûres de moustiques » selon le général Pinatel. Et les Russes ont un tel potentiel en matière d’armement qu’ils n’ont nullement besoin de déployer leur arme nucléaire pour désarmer l’Europe. Ils peuvent cibler quarante sites stratégiques et quarante ports sensibles avec quatre-vingts missiles balistiques à moyenne ou longue portée et tirer là où ils le veulent sans qu’on puisse intercepter leurs engins de mort.
La Chine, pour sa part, déploie la stratégie de la fourmi. Elle privatise la mer de Chine sans en avoir l’air en remblayant des récifs qui ne sont découverts qu’à marée basse et n’ont pas de propriétaires au regard du droit international. L’objectif majeur et tacite de la Chine est évidemment de récupérer Taïwan et de l’extraire de la tutelle américaine. Mais le véritable enjeu pour les Américains est de se libérer des prouesses technologiques d’une société hollandaise de fabrication de puces installée au cœur de Taïwan et de parvenir à une production identique à Phénix dans une usine copie conforme. Comme ils ne seront vraiment compétitifs dans ce domaine qu’en 2030, le général Pinatel estime qu’un risque de guerre est évident dans les années qui viennent entre la Chine et les Etats-Unis.
Que ce soit en Inde, nouveau pays le plus peuplé du monde, en Chine ou en Afrique du Sud, c’est une diplomatie multi-sectorielle qui est privilégiée en fonction de leurs intérêts propres. Cette tendance à l’autonomie condamne les stratégies d’alliances du passé et des pactes poussiéreux entre Etats. Qu’on le veuille ou non, la Russie est en train d’atteindre ses principaux objectifs : la conquête du Donbass et l’engagement de Zelensky à renoncer à l’Otanisation de l’Ukraine. Cette guerre Russie-Ukraine est pour le général Pinatel un révélateur de l’inversion du rapport de force mondial.
Quant à la guerre d’Israël contre les terroristes de Gaza, elle ne cessera jamais tant qu’on les occidentaux n’auront pas réussi à éradiquer l’organisation des frères Musulmans « partout où elle existe » car elle est à la base de l’action terroriste. Pour le général Pinatel, l’armée Israélienne est très motivée mais elle souffre d’un manque évident de formation alors qu’elle se bat sur sept fronts différents grâce à l’enrôlement de 120 000 appelés et 40 000 engagés. Les officiers bénéficient de six mois de cours contre quatre ans en France. La chance des Israéliens, c’est que face à eux, les terroristes sont encore plus mal lotis : un soldat des forces spéciales israéliennes a ainsi pu abattre une dizaine de terroristes qui se sont relayés à leur même poste de tir…
Dans le monde actuel, la solidarité de bloc n’existe plus. Seule semble primer la stratégie mondiale de «l’isolationnisme réaliste » où chacun tente de tirer son épingle du jeu en jouant chaque fois sur la bonne touche. « On s’est longtemps cru les maîtres du monde en Occident, résultat nous sommes aujourd’hui isolés », constate le général Pinatel. Pas question pour lui de risquer de perdre Paris pour sauvegarder Tallin.
 Le nouveau slogan de l’armée française pourrait s’inspirer finalement de l’Amérique : « France First », d’abord la France certes, mais dans une véritable Europe des Nations-Civilisations.
Et, hélas, nous en sommes encore loin…Très loin.
José D’Arrigo
 
AACLE-2026-10-10-12.20.43.PNG
 
AACLE-2026-10-10-12.20.44.PNG
 
Fleche 2Lien de TVLibertés présentation du livre par l'auteur : https://www.youtube.com/watch?v=RKQ_EvpmGzU
Je remercie tous les membres et amis invités pour leur fidélité à nos activités et pour leur discernement.
J'encourage ceux qui ont été bloqués à l'entrée de la salle virtuelle de mettre à jour leurs installations avec Zoom (version gratuite) en acceptant les conditions Zoom, et surtout mettre un prénom et nom (ou leur pseudo annoncé à l'organisateur) sur leur profil.
Nous étions 444 branchés, je vous félicite tous pour votre discipline et pour le suivi jusqu'à la fin cette visioconférence. 
Fidelement,
Lcl Constantin LIANOS.
Texte et photos © Constantin LIANOS et Monsieur-Légionnaire
Appeared first in https://monsieur-legionnaire.org  October 10th 2026
Pins-BBR.pngFanion MLPM  logo-SALG.png    Pins-AACLE.png 
Monsieur-legionnaire.jpg
  • Vues : 542