La Samaritaine du 23 Septembre 2018 à Marseille
« La Samaritaine » ou le souffle génial d’Edmond Rostand
Il y a des instants merveilleux où l’esprit passe comme un souffle apaisant sur nos âmes désenchantées.
Ce fut le cas ce dimanche à l’église Saint Laurent du bon père Ottonello où une poignée de comédiens de talent ont interprété « La Samaritaine » d’Edmond Rostand dans le cadre du festival célébrant le 150eme anniversaire de la naissance de l’auteur de « Cyrano De Bergerac ».
Pourtant, la tâche n’était pas aisée pour les comédiens, Daniel Mesguich (le Grand Prêtre), son fils William (Jésus), Sterenn Guirriec (la Samaritaine) et Philippe Gueit (l’organiste), de transposer dans le monde actuel un des épisodes les plus fameux de la Bible, celui de l’Evangile de Saint Jean relatif à la Samaritaine.
Cette pièce de Rostand met en scène fidèlement le dialogue qui se noue entre Jésus et la Samaritaine sur la margelle du puits de Jacob en Samarie. Adaptée par Thomas Sertillanges, créateur du festival dédié au grand écrivain marseillais, l’œuvre de Rostand est empreinte d’un mysticisme qui révèle les tâtonnements d’une femme somme toute très moderne. Cette Samaritaine est une pécheresse, certes, mais ses écarts paraissent assez véniels au regard des mœurs de notre époque. Cette femme multiplie les liaisons et traque l’absolu dans l’éphémère mais elle ne paraît pas très différente des femmes actuelles, plutôt décomplexées, qui vont chercher bonne fortune sur des sites de rencontres tels que Meetic.fr ou Tinder…
Photine, la Samaritaine, est volubile, effrontée, mais honnête avec elle-même. Elle cherche sa voie. Les gestes, le regard, les paroles de Jésus la fascinent, surtout lorsque le Messie lui affirme : « il sera sans fin désaltéré celui qui boira l’eau que je lui donnerai ». Cette incroyable promesse de pureté et d’invitation à la satiété, sidère cette femme, elle qui va chercher de l’eau en plein cagnard pour ne rencontrer personne, elle qui est méprisée par les hommes en tant que femme adultère, elle qui est méprisée par les Juifs en tant que Samaritaine car elle brave la loi sacrée en osant parler à un Juif, elle qui est méprisée par les autres femmes qui se méfient de son tempérament volage.
L’eau dont parle Jésus, c’est évidemment celle de l’amour de Dieu, le seul capable de désaltérer l’être humain. Peu importe que Photine ait multiplié les liaisons puisque sa soif d’amour vrai est en voie d’apaisement avec la découverte de l’immensité de l’amour de Dieu pour les pécheurs qu’il relève. Photine éprouve une telle miséricorde dans le regard de Jésus qu’elle boit ses paroles jusqu’à plus soif, comme « une source d’eau jaillissant en vie éternelle ».
La seconde leçon de cette pièce est spirituelle : il n’y pas de lieu sacré pour abriter la vérité divine car elle se niche dans notre for intérieur. Le seul temple de la foi, c’est le cœur de l’homme qui s’ouvre peu à peu à la parole divine.
Nous voilà pris par la magie des vers d’Edmond Rostand dans le vertige de cette « lassitude heureuse » qui entraîne la Samaritaine dans le sillage de Jésus et de ses disciples sur le chemin de la rédemption. « Pour la première fois, j’ai bu, pour la première ! S’extasie la Samaritaine, Oh, je voudrais pleurer sur tes mains de lumière ». Le Grand Prêtre est dépassé par ce torrent d’enthousiasme qui saisit le peuple de Sichem, converti à son tour.
Cette pièce eucharistique est une forme de transsubstantiation. Elle donne corps à nos croyances enfouies ou éteintes Le cisèlement du verbe et de l’esprit nous détachent du matérialisme ambiant et gagnent nos cœurs assoupis. Thomas Sertillanges, le maître d’œuvre, le chef d’orchestre, a chaleureusement remercié le lieutenant- colonel Constantin Lianos, Alain Storione et Anne Claude Carta sans lesquels ce festival à la gloire du génie français n’aurait jamais pu avoir lieu. Il a bien fait. Les 300 spectateurs qui se pressaient dans l’église l’ont bien compris puisqu’ils les ont applaudis à tout rompre, comme au sortir d’un songe éveillé !
José D’Arrigo

La Samaritaine, d’Edmond Rostand
Dimanche 23 septembre 16h00
Eglise Saint-Laurent, 16 Esplanade de la Tourette Durée 1h30
Les membres de l'AACLE présents à cette magnifique représentation :
Lcl Constantin et Mme Jeanne LIANOS
Col Gérard et Mme Dominique VIDAL,
M.Marcel BENIMELI,
Professeur José et Mme Daniele d'ARRIGO
M. Egon et Mme Sylviane HOLDORF,
M. Roland et Mme Nicole LANDRE,
Mme Virna AYALA, Consule Générale du Panama,
Monsieur Jean BASTIDE,
Monsieur Daniel BECKER,
M. Louis CHAMPSAUR,
Mme Annie LEGRÉ,
M. et Daniele et Henry ROUX-ALEZAIS,
Mme Rose-Marie VILAFRANCA-GUIRAUD,
M. Jean-Michel GUIRAUD,
Mme Danièle GAULTIER-CANNERI,
M. Auguste BERRET
M. et Mme Max de REGGY
Texte José d'ARRIGO photos Constantin LIANOS © Monsieur-Légionnaire
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