Les actualités de
Monsieur Légionnaire

Un bien triste anniversaire

Un bien triste anniversaire 

Athenoeum Massiliense

Ce matin, à 9 H00, France Culture dans son émission quotidienne Le cours de l’Histoire traitait de la fondation de la Sorbonne, notre prestigieuse Institution du Savoir fondée par Robert de Sorbon en 1257. Cela me fit penser à notre toute première Académie de Marseille,  l’Athenoeum  Massilisiense des temps antiques de nos grecs fondateurs.

Fouilles 2017 05 01 16.38.40

Georges Bergoin (+), ancien Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille,  aimait en rappeler l’existence en la citant comme l’illustre et ancienne mère de notre actuelle Institution. Nous savons peu sur cette antique Athennoeum Massilisiense, si ce n’est qu’elle était fort célèbre, attirait nombreux élèves et rayonnait bien au delà de sa sphère géographique. André Boulaya d’Arnaud écrit dans son « Évocation du Vieux Marseille »  qu’elle était issue du Jardin de l’Attique où Platon enseignait ses disciples. 

 

Pourquoi vous parler de cette première Académie présente sur notre sol il y a 26 siècles ? Parce que nous sommes en janvier 2021. Et en janvier 2006, il y a 15 ans précisément, une découverte archéologique venait d’être faite et se posait la question de son devenir : celle dite du Collège Vieux-Port. 

Cette découverte archéologique consistait en la mise au jour des vestiges d’un bâtiment vieux de plus de 2500 ans, un « sanctuaire » ( ?) grec datant de la fondation de Marseille.

Exceptionnel ! « Un site unique ».  Les archéologues en charge des fouilles étaient sans hésitation. L’un d’eux, fort connu, déclarait même le 15 avril 2005 : 

  • « Ce bâtiment pourrait bien être le premier bâtiment monumental de France.».

La pose de la première pierre est attestée remonter au milieu du VI ° siècle avant notre ère, soit juste après la fondation par les colons venus de Phocée. Notre plus ancienne ville de France venait de découvrir à quelques encablures du Vieux-Port, tout près du premier théâtre grec disparu, un site exceptionnel. Un édifice central rectangulaire de 17 mètres de côté, entouré de « loges » sur son pourtour, lieu de réunion, lieu d’enseignement ? Là pouvait être précisément l’implantation de notre ancienne et illustre Athenoeum Massiliense. Aucune autre découverte archéologique identique n’a jamais été effectuée. Ni en France. Ni en Europe. Un autre, éminent archéologue, fouillant le site, déclarait :

- « Je n’ai jamais fait une pareille fouille ! C’est la fouille de ma vie ».

Exceptionnelle à tel point que madame Jacqueline de Romilly, de l’Académie française et de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres et helléniste mondialement reconnue, écrivait alors :

  • « Je considère très importante la découverte des vestiges d’un temple grec du VI° siècle avant J.C.Cette découverte est du plus haut intérêt non seulement pour les hellénistes mais pour l’histoire en général. Je souhaite donc que ces vestiges soient conservés et protégés avec tout le soin possible et qu’ils reçoivent ainsi l’éclat qu’ils méritent ».

(Lettre à Jean-Noël Beverini du 11 mai 2005)

Aujourd’hui, en cet anniversaire de ces 15 ans, notre découverte est recouverte par de l’asphalte et des véhicules se garent sur notre Histoire !

Étienne Taillemite (+) ancien inspecteur général des Archives de France, écrivait de sa plume le 16 janvier 2006, il y a donc aussi 15 ans, à trois jours près :

- « Il est vrai que l’enjeu (est) d’une taille exceptionnelle mais malheureusement cela ne suffit pas toujours pour éviter les désastres. Je souhaite vivement que la mise en valeur suive sans retard ».

(Lette à Jean-Noël Beverini)

La mise en valeur a été remplacée par une mise sous terre. Ces deux prestigieuses lettres avaient été transmises par mes soins aux  plus hautes autorités municipales, départementales, régionales, préfectorales. Pourtant une lettre du préfet du département des Bouches-du-Rhône en date du 24 juin 2005 soulignait «  tout l’intérêt de cette découverte archéologique et le rôle culturel qu’elle pourrait avoir … ».

En conclusion, Marseille venait de rater une fois de plus sa rencontre avec son Histoire, avec son Passé, avec sa Culture, avec le respect de sa naissance, de ses origines, avec l’hommage dû à sa fondation illustre.

Pour un parking !

Je vous avoue que c’est à désespérer. 

« Le premier bâtiment monumental de France » enfoui ! Sans débat ! Une chape de béton sur une chape de silence.

Tristes tropiques

«Tristes tropiques » a écrit Claude Lévi-Strauss. Triste Marseille qui enfouit son Histoire ! Mais réjouissons-nous, les vestiges sont classés. Au rayonnage des oublis.

À Marseille, le 19 janvier 2021

Jean-Noël Beverini

***

Et    Malaval … !

Comment pouvoir oublier la nécropole paléochrétienne de Marseille datant du V° siècle ?

Comment oublier cette Memoria ?

Notre Memoria ?

Comment oublier ces soixante quatorze sépultures et bien davantage ? Comment oublier cette cinquantaine de sarcophages nôtres, car ils sont nôtres. Ils sont nôtres car ces femmes et ces hommes, ces enfants aussi, sont nôtres. Ils ont vécu sur notre sol. Ils ont respiré le même air que nous  (moins pollué, il est vrai) mais ils ont respiré le même air que nous. Ils ont marché sur le même sol que nous. Ils ont aimé ; ils ont aimé la terre sur laquelle ils ont vécu, comme nous. Ils ont été ensevelis au sein de cette terre sur laquelle ils ont inscrit des lignes de vie inconnues. Et subitement nous avons été mis à leur rencontre.

Quelle réponse avons-nous apporté à cette rencontre ?

Un parking.

À nouveau : un parking !

C’est assez extraordinaire, à bien y réfléchir. Un parking pour mettre sur une voie de garage quinze siècles de notre histoire marseillaise. Marseillaise, spirituelle et chrétienne. 

Vous avez dit Rue Malaval ?  

Il est aussi des rencontres que l’Histoire rend exceptionnelles. Cette nécropole chrétienne du V° siècle a été découverte, non pas dans n’importe quelle rue de Marseille, mais dans un rue nommée Malaval.

Qui était ce Malaval ?

Nous le connaissons bien dans notre chère Académie de Marseille. Son portait orne notre salle des séances. François nait le 15 mai 1719 dans notre bonne ville. Aveugle par accident à l’âge de neuf ans, il engage des études qui lui ouvrent le titre de docteur en théologie délivré par l’Université de la Sorbonne. Une gloire marseillaise. Il est l’un des fondateurs de notre actuelle Académie.

Alors, la nécropole ?

En grec ancien « Nécropole » signifie la cité des morts : « Necro polis ».  Nous avons enseveli une seconde fois dans la cité des morts nos morts marseillais du V° siècle. 

Comme le dit notre cher et éminent Michel Bats, ne nous reste t- il qu’à pleurer ? Il nous reste à nous battre. Il nous reste à combattre. À combattre pour la préservation de notre patrimoine, de notre Histoire, de notre âme, de notre essence, de ce qui fait encore notre identité historique.

La fouille numérotée 07/2003-03/2004 avec son Tumulatio ad sanstos  est-elle révélatrice d’un certain oubli de notre histoire ? 

Il ne faut jamais oublier son Histoire. On y perd son âme.

À Marseille, le 21 janvier 2021

Jean-Noël Beverini

***

Commentaires : Merci à notre académicien et poète pour l'éclairage historique de plus de 2600 ans! Voilà ce qui arrive lorsque nous avons à faire avec des incultes et initiateurs du grand remplacement. On efface notre histoire sous pretexte d'un besoin vital ! En coulant du béton en réalisant des logements et des parkings !

Constantin LIANOS

  • Vues: 679
MONSIEUR LÉGIONNAIRE
Centre Culturel du Trioulet
36, rue Aviateur Le Brix 13009 Marseille - FRANCE