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Monsieur Légionnaire

Anne Lettrée, une femme hors du commun, une femme engagée

 Anne Lettre1

 VIVRE L’ART ET VAINCRE

LA MALADIE...

UN HYMNE À LA VIE

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Sa passion pour l’art l’a emportée vers d’autres horizons. Psychologue de formation, Anne Lettrée est devenue galeriste, une manière de connaître l’humain et d’atteindre l’universel. Par ailleurs membre de l’Institut Art & Droit, elle préside le comité d’éthique de l’Institut Modigliani, dont elle véhicule son image et son œuvre depuis de nombreuses années. Cette altruiste adore cultiver la différence. Avec la Chine, fascinée par cette grande civilisation, elle a construit une histoire d’amour qui l’a aidée à sortir des années noires du cancer. Passionnée, généreuse – elle a offert plus de 300 tableaux de sa collection personnelle au profit de la recherche contre le cancer –,Anne Lettrée s’impose sans cesse de nouveaux défis. Dans le cadre des Jeux olympiques de Pékin, elle a vendu une œuvre monumentale de Dali, « L’Eléphant spatial », à la ville de Qingdao, et a créé pour l’occasion une place Salvador-Dali. Son dernier challenge : offrir une œuvre de Salvador Dali à la ville de Paris et créer une place du même nom sur laquelle trônera une sculpture de trois mètres de haut du maître catalan, « Profil du temps ». Le temps... tout est question de temps, dit-elle, et elle en parlera sans cesse... le temps qui nous presse et que certains compressent. 

Par  Alice de CHIRAC

Comment s’est formé votre œil ? Qui vous a appris à regarder une œuvre ?
Anne Lettrée :
Je pense que c’est déjà grâce à ma passion pour l’histoire. Depuis mon plus jeune âge, je considère, à juste titre d’ailleurs, qu’il n’y a pas d’art sans histoire ; et réciproquement, il n’y a pas d’histoire sans art. Il y a aussi ma curiosité qui s’est aiguisée avec le temps, la psychologie et encore mon éducation protestante, un besoin permanent d’apprendre, de comprendre l’autre, de partager. C’est ce qui m’habite et me pousse systématiquement à analyser tout. Oui, tous les désirs profonds, tout ce qui m’interpelle, me questionne et m’entraîne inconsciemment à voir toujours plus loin. C’est ce qui m’a probablement appris à regarder une œuvre d’art autrement. Au-delà de l’oeuvre, la voir en grand angle à 360 degrés, la traverser, la scanner pour en extraire l’essentiel et la restituer à elle-même. Et puis il y a eu aussi Henri Goetz, un artiste américain âgé, de l’abstraction lyrique : il a inventé le carborundum ! C’était un artiste scientifique visionnaire à son époque. Cette rencontre a été déterminante ; c’était au moment où j’avais décidé d’ouvrir ma première galerie avenue Matignon, à Paris. Grâce à lui, j’ai rencontré les artistes de sa génération, Hans Hartung, ainsi qu'André Masson, Matta, etc. Je crois qu’il m’a fait prendre conscience des courants qu’il avait traversés et m’a préparée à ceux qui allaient être les miens. Il m’a aussi rassurée dans mon regard sur l’art, l’art de comprendre l’autre, sur toutes les questions fondamentales de l’homme par rapport à l’homme, dans son environnement. Il avait cette philosophie, cette sagesse un peu comme un « père spirituel ». Cela m’a valu d’approfondir mes intuitions et mes connaissances et je me suis dirigée naturellement vers l’Ecole du Louvre. J’étais « boulimique », cette soif 
d’apprendre de comprendre m’animait chaque jour un peu plus. J’ai dévoré tous les grands courants de l’histoire de l'art du XXe siècle pour mériter de comprendre et arriver à l’art contemporain. J’ai eu la chance de rencontrer Corneille aussi et d’organiser une grande exposition pour les 50 ans du mouvement CoBrA. Puis, en remontant le temps, c’est une rencontre avec les Nouveaux Réalistes, en particulier avec Arman, avec qui j’ai eu la chance de travailler les dernières années de sa vie et d’organiser sa dernière exposition à Paris et dans ma galerie rue de Seine, Les Cycles de vie, en 2003, avec la sortie d’un livre, ainsi qu'en Chine pour l’inauguration de l’Opéra de Shanghai. 

Quelle est votre esthétique ? 

Tout le XXe siècle me passionne, tous ses courants et contre-courants, divers et multiples, allant de l’Ecole de Paris au futurisme, en passant par le surréalisme, les Nouveaux Réalistes etc. Ce qui m'intéresse, c’est d’essayer de mieux comprendre mon histoire, ma génération, c’est pour cela que je suis rentrée dans toutes les périodes, même les plus aléatoires. Après cette fascinante époque de la « consommation », grâce à laquelle Arman en visionnaire a su pousser les industriels à se questionner en restituant dans son contexte chaque élément socioculturel, la période aujourd’hui qui m’interpelle et me fascine est celle-ci : « la nôtre », celle qui nous lie aux nouvelles technologies, la recherche, les sciences, l’aventure multimédia... C’est aussi grâce aux nouvelles technologies qu’aujourd’hui, en matière d’expertise, on se rapproche le plus en plus de la vérité et de la réalité. C’est passionnant : on peut tout analyser jusqu’au moindre détail avec des outils technologiques de grande précision. 

Qu’est-ce qui vous attire dans une œuvre d’art ? L’émotion
qu’elle suscite en vous ? Son impertinence ? Son chromatisme ? Son message ?
Oui, son message. J’ai besoin d’une manière ou d’une autre qu'elle m’interpelle, me questionne, m’interroge. Le questionnement, pour moi, c’est une émotion. Il englobe l’esthétique. Chez les Nouveaux Réalistes, par exemple, c’est la lucidité du message qui me touche. Une œuvre doit questionner pour transmettre une intention, une idée, une possibilité. Une oeuvre doit aussi être affective. Elle doit nous obliger à nous remettre en question. 

Avez-vous découvert des artistes ? 

Oui, notamment des artistes chinois que j’ai découverts aux quatre coins de la Chine, où j’ai visité plus de 500 ateliers. Parmi eux, j’ai découvert des artistes exceptionnels, qui n’étaient jamais sortis de Chine et n’avaient jamais exposé en dehors de chez eux, comme Feng Zheng Jie, Chen Ling Yang ou Luo Xu. J’ai été la première à les exposer en France. Depuis, ils ont fait du chemin, ce sont aujourd’hui des artistes importants que je suis heureuse d’avoir révélés au public et aider à s'imposer dans l’histoire et le marché de l’art contemporain chinois. Cela m’a valu d’être invitée par le ministère de la Culture chinois et le ministère des Affaires étrangères en France, à organiser des événements culturels dans le cadre des années croisées France-Chine, tant en France qu’en Chine. 

Dans ce secteur très concurrentiel du marché de l’art, comment une belle femme tire-t-elle son épingle du jeu ?
Bonne question ! Il n’y a pas vraiment de recette, et contrairement à ce que l’on peut imaginer du fait de ne voir qu’une face de l’iceberg, certes c'est un métier passionnant mais pas aussi facile qu’on voudrait bien le croire. C’est d’abord un métier d’hommes avec ses rivalités. C’est aussi ce qui fait son intérêt et son charme : « l’art » ce n’est pas que « art », c’est aussi le monde des affaires. Pour surmonter la crise de 1991, j’ai eu l’idée de louer des œuvres d’art, j’étais la seule à le faire ; à l’époque plus rien ne valait rien et plus rien ne se vendait. Je louais ce que j’avais en stock, ce qui m’a permis de tenir pendant ces années difficiles. Je louais au jour, au mois, à l’année les œuvres que j'avais en stock, Hans Hartung, Zao Wou-Ki, Pierre Soulages, Goetz avec qui j’avais fait des éditions, etc. La crise a duré longtemps et j’ai fait ça entre autres de 1992 à 1997. Cela m’a permis de donner plusieurs vies à mon stock. Si vous pensez que ces œuvres ont circulé dans les plus grandes « maisons », cela devient une vraie aventure humaine, chacun posant un regard différent sur l’œuvre. 

Il y a plus de dix ans, vous apprenez que vous avez un cancer du sein, les médecins vous donnent alors six mois à vivre. Comment avez-vous trouvé le courage de vous battre et d’être là aujourd’hui rayonnante parmi nous ? 

Merci pour le compliment. C’est une question difficile... En fait, je vous avoue que bizarrement je ne sais pas où j’ai trouvé ces forces et ce courage. Sûrement grâce à mon fils, à l’époque il était étudiant aux Etats-Unis, je n’avais pas le droit de l'abandonner, de le décevoir. C’était une sensation indéfinissable, je ne voulais pas croire ce qui m’arrivait. Aujourd’hui j’ai encore du mal à y croire. Une chose est sûre, je voulais vivre à tout prix, ça c’est une certitude ; je me disais que ce n’était pas possible, que c’était une erreur de parcours... J’avais encore tellement de choses à faire. Bref, je me rattachais à tout ce qui était positif. C’est une expérience surnaturelle qui m’a aussi beaucoup apporté et permis de rencontrer des gens formidables. Je dois aussi beaucoup à mon intuition, à ma bonne étoile, ma volonté, ma confiance et ma foi en la vie. Oui, je dois beaucoup à beaucoup, et chaque jours je me répétais ces deux phrases clés : « soyons réalistes, exigeons l’impossible » et « ton devoir réel est de sauver ton rêve », empruntée à Modigliani. Et je me suis acharnée au travail, et je n’ai pas cessé depuis et j’espère encore longtemps... 

A l’avenir, après le Nouveau Réalisme, allez-vous désormais
vous intéresser à de jeunes artistes, tels *LLND, qui lient le temps à la spatialité et à d’autres espaces sensoriels comme la musique ?
Oui. LLND, ce sont les artistes multimédia de demain. Ils utilisent les nouvelles technologies et les mettent au service de leur art, ils créent des œuvres « globales », « totales » comme en synesthésie ; à partir d’images vivantes, ils compressent le temps (le temps, notre denrée la plus précieuse) pour en extraire des images fixes. Une de leur œuvre interactive et participative, Speaker Mouths, trône au milieu de Xintiandi, à Shanghai, où ils vivent et travaillent depuis deux ans. Leur prochaine exposition, Faites-vous faire le portrait, en « Compressions temporelles », aura lieu du 14 avril au 20 mai, à la Hong Merchant Gallery, à Shanghai. 

Quels sont les hommes que vous admirez ? Vos héros ? 

Aristote et mon fils. 

Anne Lettrée, si vous étiez un homme... Quel parfum porteriez-vous ? 

Le mien, Aromatics Elixir. 

Quelle voiture conduiriez-vous ? 

La mienne : Mercedes. 

Quel cadeau offririez-vous à l'élue de votre cœur ? 

Mon cœur. 

Où l'emmèneriez-vous en week-end ? 

A Venise. 

Qu'est-ce que vous vous autoriseriez en tant qu'homme que vous ne vous autorisez pas en tant que femme ? 

Séduire.

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> A VOIR 

La galerie Anne Lettrée rouvrira ses portes cet automne après d’importants travaux de restructuration de l’immeuble. 

Galerie Anne Lettrée, 46, rue de Seine, 75006 Paris. 

Tél.: 06 07 56 05 49. E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

La place Salvador-Dali sera inaugurée le 9 juin, à 11h30, à Montmartre.

Publié avec l'autorisation d'Anne Lettrée. 

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