Compte rendu de la visioconférence internationale du 4 mai 2024 avec le thème : L'agonie oubliée des prisonniers du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (C.E.F.E.O)
C’est à Marseille qu’a eu lieu la poignante commémoration du désastre de Dien Bien Phu que José D’ARRIGO évoque ici.
Commémoration organisée à l’occasion du soixante-dixième anniversaire des massacres de Dien Bien Phu, par le lieutenant-colonel Lianos, président de l’association nationale des anciens combattants et amis de la Légion Etrangère.

Le colonel Jean-Jacques Doucet, ancien commandant en second du deuxième régiment étranger de parachutistes, grièvement blessé en mission à Loyada en 1976, ancien officier au service Action de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire, n’est pas un homme qu’on impressionne facilement. Pourtant, ce baroudeur invité par le lieutenant-colonel Constantin Lianos à conclure une visioconférence de Philippe Chasseriaud sur « l’agonie oubliée des prisonniers du corps expéditionnaire français en Extrême Orient » était quasiment pétrifié par l’émotion ce samedi 4 mai et il n’a pu que balbutier quelques mots d’une voix étranglée :
« Cette histoire est terrible…Nous atteignons là un degré total d’inhumanité et de barbarie, la mollesse de la quatrième république a engendré des perversités inimaginables… »
Les très nombreux participants à cette conférence organisée, à l’occasion de la célébration du soixante-dixième anniversaire des massacres de Dien Bien Phu, par le lieutenant-colonel Lianos, président de l’association nationale des anciens combattants et amis de la Légion Etrangère, étaient eux aussi abasourdis et sont restés sans voix à l’issue du récit brillantissime, mais insupportable, du lieutenant-colonel Philippe Chasseriaud, président de l’association nationale des prisonniers internés et déportés d’Indochine, ancien officier de la Légion Etrangère, chevalier de la Légion d’Honneur et compagnon d’armes du lieutenant-colonel Lianos, titulaire d’un master en psychologie, spécialisé dans les processus de manipulation mentale et d’effraction psychique. Ce « self-made man » a su trouver le ton juste, celui de la sobriété, pour évoquer le sort abominable réservé à nos soldats français en Indochine et tout au long de son poignant récit je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux confidences de mon grand-oncle le lieutenant Henri Anglès qui a servi lui aussi dans le Tonkin de 1946 à 1954 : « Si nous étions en passe d’être capturés par les Viets, nous avions ordre de tirer sur nos camarades car nous savions par avance les tortures qu’ils allaient endurer… »
Lorsque le 15 octobre 1954 le dernier convoi de prisonniers des camps du Viet-Minh dans le Tonkin a été restitué à la France 26 225 soldats du corps expéditionnaire ont été portés disparus ou victimes des sévices communistes dans les camps dits de « rééducation ». Le décompte macabre des autorités militaires faisait état de…soixante-dix pour cent de prisonniers français manquant à l’appel. Cette effroyable tragédie humaine, souvent passée sous silence par nos gouvernants qui n’avaient pas lieu d’en être fiers, a été évoquée sans trembler une seconde par ce témoin exceptionnel qu’est le lieutenant-colonel Philippe Chasseriaud. Il n’a rien caché, il n’a rien dissimulé, il n’a pas dégagé la poussière sous le tapis, mais il a su décrire les actes de sadisme et de barbarie dispensés par le Viet-Minh avec une objectivité magistrale. « On mourait beaucoup dans le Tonkin, encore fallait-il mourir converti à la cause communiste », a-t-il commenté d’emblée.
Le taux énorme de mortalité parmi les survivants de Dien Bien Phu s’explique aussi par le fait que le camp numéro Un, celui qui était réservé aux officiers français, regroupait la totalité des médecins disponibles. Ce qui explique que le taux de mortalité y a été moindre que dans les autres camps, en particulier le camp numéro 5, réservé aux soldats français « récalcitrants », et le camp numéro 113, une véritable tour de Babel où se côtoyaient des Légionnaires, des Africains et des Métropolitains, des « colonisateurs » et des « colonisés ». Ces centres dits de « désintoxication » où les soldats français devaient subir les pires avanies, de jour comme de nuit, ont été la honte des autorités communistes vietnamiennes et de leurs tortionnaires en chef, Ho Chi Minh et le général Giap.

Au début de la guerre, en 1946, Ho Chi Minh est esseulé et il cherche des alliés car il ne peut que se résoudre à des combats nomades de guérilla, faute de combattants aguerris. C’est en octobre 1949 que tout va changer avec la proclamation de la Chine communiste par Mao Tse Toung : le Vietnam va alors enfin disposer d’une solide base arrière. Les Chinois parrainent le Viet-Minh et font du « lavage de cerveau » de leurs prisonniers de guerre des « outils vivant de la propagande communiste ».
Une note du Vietminh datée du 28 janvier 1952 est éloquente à cet égard car elle résume les prétendus « bienfaits » de cette prise en main idéologique des Français dont le seul but était de « survivre » à tout prix. « Le peuple communiste vietnamien accorde la vie sauve aux prisonniers français, ils seront bien traités au cours de leur captivité, ils bénéficieront d’une rééducation politique et d’une information complète sur les méfaits du capitalisme, ils se verront proposer les perspectives d’une libération anticipée… » Or, dans les faits, les prisonniers français ont subi exactement l’inverse de ce programme faussement humanitaire : privations de nourriture, sévices corporels, maladies, marches épuisantes, sanctions corporelles ou psychologiques…
Les Viets étaient convaincus que le délabrement physique des prisonniers, leur destruction méthodique, les rendrait mieux à même d’assimiler la « mise à plat » et la phase d’endoctrinement communiste.
Les soldats français, qui venaient de vivre l’enfer dans la cuvette ou la « vallée » de Dien Bien Phu durant cinquante sept nuits d’intenses bombardements ennemis, étaient affamés et d’une maigreur rachitique quand ils ont dû endurer des marches de 650 à 700 kms pour rejoindre leurs camps. Inutile de vous dire que la moitié des prisonniers sont morts d’épuisement au cours de ces transferts. Ils étaient déjà squelettiques avant même de subir les ignominies de la captivité.

Quant aux survivants qui parvenaient à destination, ils étaient souvent atteints de dysenterie, de gangrène, de paludisme, de typhus et ne pouvaient être soignés que par leurs camarades de combat, faute de médecins ou d’infirmiers et de médicaments appropriés. La ration journalière prévue était d’un kilo de riz par jour mais elle se réduisait en réalité à une petite poignée. A telle enseigne que le légionnaire de première classe Egon Holdorf, 92 ans, prisonnier du Vietminh a parlé « d’un véritable enfer » et il n’a survécu que parce qu’il grattait le fond de la marmite pour récupérer le riz brûlé ! Il ne faisait plus que 45 kilos lorsqu’il a été enfin libéré le 2 août 1954. Respect et gratitude au soldat Egon Holdorf.
A ces privations s’ajoutaient les corvées quotidiennes exténuantes : 25 à 30 kilos de bois, de riz, ou d’eau, à transporter durant 35 kms. La distance se réduisait pour les plus « dociles » et s’agrandissait pour les « fortes têtes », ceux qui refusaient de signer les manifestes communistes. Les adeptes de Steve Mac Queen, soldat réfractaire à toute punition, étaient enfermés à genoux et attachés dans une « cage au buffle », assaillis par des milliers de moustiques, de mouches et de parasites quand ils n’étaient pas attaqués de front par le ruminant. D’autres étaient suspendus à des branches d’arbres avec les pieds affleurant à peine le sol. Ceux qui n’en pouvaient plus étaient laissés à l’agonie et souvent mangés par des rats lorsqu’ils rendaient leur dernier soupir, car les rats ne s’attaquaient qu’aux corps sans vie…
En France, tout le monde ou presque ignorait le calvaire des soldats français en Indochine. Au contraire, la presse de gauche, en particulier l’Humanité, porte-parole du PC, se félicitait des succès du Vietminh en ces termes : « nous sommes de tout cœur avec nos camarades communistes, nous leur apportons notre fraternel salut et notre solidarité agissante ». L’administration française, très tatillonne avec les rescapés de ces massacres sans nom, a été indigne, méprisable : elle na pas consenti le moindre avantage à ces survivants de l’enfer. Leurs familles sont restées souvent sans ressources et à la merci des quolibets.
Savez-vous comment les soldats prisonniers appelaient la prétendue « infirmerie » des camps de rééducation ? « La morgue ». Les stratèges Vietminh avaient instauré la tactique de la terreur permanente et les prisonniers vivaient dans la hantise obsédante de la délation. On en venait à s’observer, s’épier, pour ne pas subir de représailles. Le camp du « bien » était celui des « progressistes » (socialistes et communistes), le camp du « mal » était celui des « impérialistes ».
Le commissaire politique du camp avait tôt fait de classer les Français en deux catégories : les récupérables et les irrécupérables. Les seconds, qui refusaient toute « auto-critique » étaient condamnés à une mort inéluctable. Les premiers ânonnaient les slogans de propagande : « nous sommes bien traités, nous bénéficions de la clémence du vénéré président Ho Chi Minh, la France mène une guerre colonialiste nuisible, rejoignez le camp de la paix, soutenez par vos votes les forces démocratiques du vaillant peuple de France qui ne veut pas la guerre ».

De gré ou de force, les Français devaient se plier à cette mascarade à l’issue d’un processus de manipulation mentale digne des nazis. Parmi les tortionnaires qui sanctionnaient les « déviants », figurait…un professeur de philosophie français ; Georges Boudarel, enseignant en Indochine et déserteur « récupéré » par l’ennemi. Grâce à son ardent zèle communiste et anti-français, il a été nommé commissaire politique adjoint du camp 113 où il a pu exercer son sadisme et sa barbarie puisque sur 321 prisonniers français qui lui ont été confiés 278 sont décédés des suites de ses « actes de rééducation ». Ce traitre à la nation ne s’est jamais repenti, bien au contraire puisqu’il s’est exclamé à la télévision à l’issue de la guerre : « si c’était à refaire, je le referai, que ce soit bien clair ! »
Comment est-il possible que les autorités françaises n’aient jamais jugé une telle abomination ? C’est lui qui organisait des « campagnes éducatives » et sanctionnait les « mauvais élèves » avec un concours de mouches : ceux qui captaient mal le message communiste devaient écraser 300 mouches et les ramener au commissaire politique, sinon leur ration était divisée par deux…Chaque mouche était comptabilisée dix grains de riz.
En France, le parti communiste, assez puissant à l’époque, menait une propagande intensive contre le corps expéditionnaire français en Indochine. On crachait sur les rescapés qui rentraient d’Indochine, on les lapidait, on les incitait à la désertion, on les démoralisait, les dockers refusaient leur embarquement. Voilà qui nous rappelle « l’accueil » réservé aux pieds-noirs lorsqu’ils sont rentrés d’Algérie. Mais les soldats de la Légion ont tenu bon. Comme l’a dit Egon Holdorf : « A Dien Bien Phu, nous nous sommes battus comme des lions mais l’issue a été fatale car nous n’avions plus la maîtrise des pitons et nous avons ployé sous le nombre ».
■ José D’ARRIGO
José D’Arrigo a été journaliste professionnel et professeur du journalisme depuis le 1er février 1973. Il a longtemps écrit pour Le Méridional, et pour le Figaro. Il est aussi auteur d’ouvrages sur la mafia marseillaise et biographe de Zampa. Il a été aussi, rédacteur en chef honoraire du Méridional.
La question que je me pose toujours ! tous libérés de cet enfer? J'ai un grand doute
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Avec un manager, on réfléchit !!
Avec un leader, on grandit !!!
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«Celui qui n’est plus ton ami ne l’a jamais été» Aristote


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