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Monsieur Légionnaire

Conte du Premier de l'An

Par Jean Lary de Fortuné 

Un de ces derniers soirs, deux hommes se présentèrent à la porte du Paradis et, très précisément, à la même heure. L’un s’appelait Benoît, l’autre se nommait Pelé.

Ils se saluèrent respectueusement, le second invitant le premier à frapper à la porte qui, comme chacun sait, est fermée et dont seul le bon Saint Pierre détient les clefs. 

« Je vous en prie, répondit Benoît, je n’en ferai rien. À vous l’honneur »

« Excusez, votre Sainteté, j’ai frappé durant toute ma vie ; frappez donc, cela me fera plaisir »

« Mon fils, reprit Benoît, mais c’était avec les pieds. Frappez au moins une fois avec la main »

Et ainsi fut fait. Pelé tendit le bras et du bout de son index replié tapa trois fois la porte du Paradis. Le bruit amplifié par l’altitude se répercuta sur les nuages tandis que Benoît et Pelé constataient qu’il ne se passait rien. 

« Refrappez, mon fils, reprit Benoît. Frappez peut-être un peu plus fort »

« Grand Dieu, je ne vais tout de même pas frapper cette porte avec mes pieds ! »

« Patience, patience, mon fils, il ne sert à rien ici d’être pressé. Cela fait 95 ans que j’attends ce moment, je peux bien attendre encore un peu »

En fait, en cette toute fin d’année, le bon Saint Pierre était légèrement fatigué par toutes ces festivités marquant la naissance de l’Enfant Jésus. Car, au Ciel comme sur Terre,  Nativité est grande fête ! Les anges mettent leurs plus belles plumes sur leurs ailes ; les moutons brossent leur laine si pure et toute bouclée car les tendres bêtes qui avaient assisté à la naissance du Sauveur, il y a 2000 ans, avaient été autorisées à entrer au Paradis. Et Jésus savait aussi que les hommes le surnommaient du nom de l’Agneau !

La Vierge Marie l’avait personnellement demandé à son divin Fils. Et Jésus ne pouvait rien refuser à Sa mère. Marie avait même ajouté :

« J’aimerais aussi que Tu fasses entrer l’âne et le bœuf ; ils T’ont tellement réchauffé quand il faisait si froid dans cette crèche »

Et c’est ainsi, qu’à côté des blancs moutons à la laine peignée et des doux agneaux, l’âne gris et le bœuf à la robe profonde avaient franchi la porte devant laquelle, ce soir, patientaient Benoît et Pelé.   

Le bon Saint Pierre était plongé dans une légère somnolence réparatrice. Il est vrai qu’il avait tendance, de temps en temps, à sombrer dans le sommeil. Son maître le lui avait reproché, d’ailleurs, un triste soir, un des derniers jours qu’Il avait passé sur notre Terre.  Il l’avait invité à prier et il s’était endormi ! C’est pour cela encore qu’il n’entendait rien ce soir.

Jean, le disciple bien aimé, avait entendu frapper à la porte. Il s’avança vers Pierre et lui toucha l’épaule :

« Je crois qu’on frappe à la porte et il me semble que les deux visiteurs s’impatientent. Ils sont … , enfin, comment te dire … , ils sont … »

« Oh, Jean, cela fait-il longtemps que je dors ? »

« Non, juste un petit roupillon, une sieste mais si courte, une siestoune »

« Ah, tu me rassures. Chaque fois que je m’endors ainsi, je ne sais pas pourquoi, une sorte de crainte s’empare de moi. C’est un peu pareil quand j’entends chanter un coq. Tu disais donc que deux visiteurs ont frappé à la porte et qu’ils sont, précise-moi …»

« Ils ont, ils ont … des passeports spéciaux »

Des passeports spéciaux ? Mais il y a bien longtemps qu’on n’en délivre plus ! »

« Oui, mais eux, c’est spécial. L’un porte une tiare sur la tête et l’autre tient dans la main une sorte de trophée d’or avec un ballon rond »

« Des rois-mages, ce sont des rois-mages ! » s’exclama Saint Pierre. 

« Non, bon Saint Pierre. Les rois-mages sont déjà hébergés ici depuis bien longtemps ! »

« Alors, allons-voir ça de plus près »

Puis Saint Pierre, regardant Jean, lui dit :

« Ajuste ta chasuble ; tu as toujours tendance à la perdre ! »

« As-tu pris ton trousseau » murmura Jean timidement.

Pierre ne répondit pas. Il se leva péniblement, lissa sa grande barbe blanche et s’exclama :

« Arrête enfin de courir. Tu ne t’arrêteras jamais ! Je sais que tu es jeune, le plus jeune d’entre nous mais, enfin, le Paradis n’est pas une piste pour marathonien !

 Qui est là ? »  dit Saint Pierre.

Benoît et Pelé se regardèrent avec une certaine inquiétude.

« Répondez, mon fils »  dit Benoît. 

« C’est plutôt à vous de répondre : vous êtes déjà ici chez vous ! »

La porte s’ouvrit et une immense Lumière jaillit sur le palier, comme nul oeil d’homme ne vit jamais et qui les aveugla tous les deux, à tel point que Benoît en perdit sa tiare et Pelé son trophée au ballon d’or.

Saint Pierre, de sa voix grandiose de pêcheur d’homme, s’exclama :

« N’ayez pas peur ! Ici on entre sans tiare, ni sans trophée. Les ornements n’ont rien à faire ici, ni l’or dans les mains, ni l’or sur les tiares. On entre ici comme l’on nait. On entre ici comme est né notre divin Maître, Jésus de Nazareth. On entre ici nus, mais le cœur tout habillé d’Amour.

Avez-vous le cœur tout habillé d’Amour ? »

Pelé, tout surpris, se tourna vers Benoît :

« Répondez, s’il vous plait, moi je ne sais que dire. J’ai même les jambes qui flageolent ! »

Benoît le regarda :

« Ce serait bien la première fois ! »

Évidemment Saint Pierre les avait reconnus. Qui peut oublier son successeur sur Terre ? Question de dynastie. Derrière lui, une grande foule s’était alignée : tous les successeurs de celui à qui le Christ avait confié les clefs formaient une haie d’honneur toute blanche. Benoît reconnut Jean-Paul Ier et Jean-Paul II. 

Benoît était ému aux larmes. Pelé dont les jambes avaient fini de vaciller tourna son regard vers lui :

« Moi, je suis si indigne … » 

Saint Pierre le regarda avec un sourire :

« Nous sommes onze apôtres ici (le douzième est un remplaçant). Nous avons besoin d’un entraineur. Entre. Nous t’attendions, toi, tes pieds et ton ballon ». 

À Marseille, le 2 janvier 2023

Jean Lary de Fortuné

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