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 LE CORONAVIRUS, PARASITE DE LA MONDIALISATION ET AUBAINE POUR LES CAPTEURS DE DONNEES MEDICALES

 LE CORONAVIRUS, PARASITE DE LA MONDIALISATION

ET AUBAINE POUR LES CAPTEURS DE DONNEES MEDICALES[1]

 Le syndrome respiratoire apparu en janvier 2019 chez les commerçants du marché aux poissons de Huanan à Wuhan a d’ores et déjà provoqué plusieurs centaines de décès. Même si la propagation du coronavirus est rapide, cette épidémie n’a strictement rien à voir avec les grandes pandémies qui frappèrent la population mondiale à intervalles successifs, telle la peste noire qui élimina entre 30 % et 50 % des Européens entre 1347 et 1352, les épidémies de choléra qui se succédèrent à l’époque moderne ou bien encore la fièvre jaune qui tua la moitié de la population de Philadelphie en 1793. Mais, à la différence des pandémies qui sévissent actuellement en Afrique, le coronavirus peut actuellement toucher les populations des pays développés quelle que soit la protection médicale dont elles bénéficient. Ce virus vient par conséquent réveiller une terreur inhibée, celle d’une mort conséquente à une maladie sans remède. Tant qu’il ne se transforme pas en pandémie, ce virus peut bénéficier temporairement à la puissance américaine. En tous cas son développement hâte d’ores et déjà la collecte massive des données médicales. 

Le coronavirus réveille une terreur inhibée, celle d’une mort sans ordonnance

La grande peur communicative qui se diffuse actuellement, est en grande partie auto-générée. En effet, aucune puissance politique ou financière n’a intérêt à un refroidissement définitif du réacteur économique constitué par la Chine, ce qui déclencherait à court terme une crise financière de grande ampleur. La fascination pour le coronavirus est donc en grande partie d’ordre psychologique. L’on sait depuis les travaux des écoles italienne et française de la fin du XIXe siècle, que la psychologie des foules est mue par la répétition à l’infini d’une image spectaculaire et inexpliquée. Gustave le Bon écrit en 1895 dans sa Psychologie des foules 

« Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et bien nette, dégagée de toute interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux ou mystérieux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il faut présenter les choses en bloc, et ne jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont pas du tout l'imagination des foules ; tandis qu'un seul grand crime, un seul grand accident les frapperont profondément »

Une fois cette image martelée, elle se communique d’un individu à l’autre par simple contamination émotionnelle. C’est aujourd’hui le souvenir des grandes épidémies asiatiques qui est réactivé : celui de la peste bubonique originaire de Chine, ou du choléra asiatique venant d’Inde au XIXe siècle[2]. La première conséquence en est l’effondrement des réservations touristiques à destination de la Chine, du Vietnam, de la Thaïlande et du Cambodge. La turbulence générée a également fait baisser la demande chinoise de pétrole, cuivre et soja tout en faisant grimper celle de l’or ou du charbon. Mais la grande peur n’est pas totalement infondée dans la mesure où l’Asie produit 80 % des médicaments. L’industrie pharmaceutique mondiale est très dépendante des activités de production de médicaments chinois[3]. Très rares il y a une dizaine d'années, les pénuries de médicaments se multiplient. En 2018, l'Agence nationale de sécurité du médicament a noté 868 signalements de tensions ou de ruptures d'approvisionnement.

Le coronavirus effraie car il s’attaque au système nerveux de la mondialisation. 

Même si l’émotion actuellement palpable dépasse la gravité réelle du virus, elle peut néanmoins déclencher des inflexions géoéconomiques de trois ordres différents. En premier lieu, la crainte du virus peut encourager certaines puissances occidentales à vouloir confiner son épicentre, la Chine, foyer principal de l’économie mondiale[4]. Les places financières, sensibles à la moindre brise d’angoisse, témoignent à ce sujet d’une grande nervosité. En second lieu, cette épidémie fait d’autant plus peur, qu’elles se glisse dans le lit malade de la mondialisation. Le coronavirus, qui n’est pas né par hasard sur un marché, s’attaque en priorité aux villes mondiales comme aux espaces d’intermédiation. Wuhan étant située au centre de la Chine, l’Empire du Milieu perd l’une de ses provinces névralgiques sur le plan économique, créant des dysfonctionnements majeurs sur les supply-chain mondiales en termes de biens d’équipement et de biens de consommation. En Italie, le virus touche les principales régions exportatrices. Il s’agit de la Lombardie, de la Vénétie et de l’Emilie-Romagne. Les conséquences pour l’économie de la péninsule peuvent être désastreuses. Or, la paralysie des carrefours par les pandémies est bien répertoriée d’un point de vue historique : c’est en s’introduisant à la cour papale d’Avignon, carrefour du monde chrétien, que la peste put s’éparpiller dans toutes les directions terrestres. C’est en touchant le port de Bordeaux en 1348, qu’elle put se disséminer vers d’autres villes portuaires, à la faveur du commerce maritime naissant. En paralysant le capitalisme maritime, les pandémies s’attaquent en réalité au système nerveux de la mondialisation, laissant à l’écart les massifs montagneux[5], les espaces de faible densité[6] ou bien encore les rares villes[7] osant se protéger par des mesures d’exclusion drastique[8]. Le virus pourrait accessoirement servir de déclencheur à une crise financière d’un tout autre ordre. En troisième lieu, si le coronavirus se transformait en pandémie, il pourrait modifier de fond en comble les équilibres géopolitiques. L’on se souvient que la grande peste du XIVe siècle précipita l’effondrement de l’Empire Byzantin, suspendit la Reconquista pour un siècle et réduisit drastiquement la puissance maritime et commerciale de Venise. Pour le moment, seuls des bouleversements mineurs se dessinent. Le pôle sanitaire d’excellence de Hong-Kong, expert en prévision médicale, bénéficie par exemple d’un soudain répit. Il est toutefois notable que les gestionnaires de la crise aient fait appel dès les premières semaines aux compétences médicales et logistiques des armées. En Chine, le nouvel hôpital de Huoshenshan a été construit en dix jours grâce à l’expertise de l’armée chinoise dans le domaine de la gestion de crise. Quant aux Français, rapatriés de Wuhan, ils ont été pris en charge par le service de santé des armées. Sachant que la médecine militaire française dispose d’une compétence de pointe en matière de santé tropicale, l’on ne peut que déplorer l’inconséquence des gestionnaires qui en ont réduit les effectifs de manière drastique alors même que cette expertise pouvait se révéler cruciale en cas d’urgence sanitaire.

Le Coronavirus hâtera la collecte des données médicales individuelles

    D’un point de vue historique, les pandémies renforcent la collecte des données médicales individuelles. Les autorités publiques doivent en effet veiller à ce que des individus malades ne propagent pas la maladie en d’autres lieux. En 1501, la ville de Carpentras inventa le billet de santé, passeport sanitaire délivré aux voyageurs au sortir d’une ville saine et exigé par d’autres villes afin d’y entrer. Depuis deux mois, la propagation du coronavirus a déclenché une série de mesures analogues, visant à ce que des particuliers transmettent leurs données médicales aux autorités publiques. Ce phénomène s’inscrit dans la tendance de fond suivante : la mondialisation, en multipliant les mouvements de capitaux, de marchandises et d’individus, génère une instabilité ontologique. Afin d’y remédier, les États comme les multinationales sont contraints d’exercer un contrôle accru sur les individus :     

« A toute seconde de notre existence, nous générons des informations, sur notre santé, notre état psychique, nos projets, nos actions. En résumé, nous émettons des données. Cette production est désormais collectée, traitée, puis corrélée par des ordinateurs aux capacités de stockage et de calcul gigantesques. L’objectif des big data est ni plus ni moins de débarrasser le monde de son imprévisibilité, d’en finir avec la force du hasard »[9]

Or dans la grande bataille de l’intelligence artificielle, qui oppose actuellement la Chine aux États-Unis, c’est la première qui a gagné la bataille des données, en raison de la très grande homogénéité de sa population. Les États-Unis, et à leur suite, leurs alliés occidentaux tentent donc de saisir l’opportunité historique de l’épidémie afin de rattraper leur retard. S’ils y parvenaient, l’avantage obtenu serait considérable dans la mesure où ils ont déjà surpassé la Chine dans le domaine des algorithmes. Le virus donne en outre un coup de fouet à l’intelligence médicale artificielle. Le 31 décembre 2019, une start-up canadienne, BluDot se targuait d’avoir anticipé la première cette épidémie mondiale grâce à ses robots capteurs. L’ADN du virus ayant été séquencé par des scientifiques chinois, une équipe de l’Université de Caroline du Nord, dirigée par le Professeur Ralph Baric, a pu recréer artificiellement le SRAS-CoV-2 afin de comprendre ses mutations potentielles et pouvoir le combattre. Aussi n’est-ce pas le moindre des paradoxes de cette épidémie que de forcer des équipes scientifiques concurrentes à coopérer.

 Thomas Flichy de La Neuville

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[1] Thomas Flichy de La Neuville, agrégé de l’université, habilité à diriger des recherches en histoire, titulaire de la chaire de géopolitque de Rennes School of Business.

[2] Par exemple, le choléra de 1832 tue plus de 500 000 personnes en Angleterre et 100 000 en France.

[3] La Chine produit par exemple 90% de la pénicilline mondiale.

[4] Le développement du coronavirus en Chine va conduire à un ralentissement de ses importations de biens agricoles au cours des prochains mois

[5] Les Pyrénées et les Alpes échappent à la peste noire. 

[6] La Russie au XIVe siècle

[7] C’est le cas de Milan en 1348

[8] Le système de la quarantaine actuellement mis en place en Chine est né à Raguse en 1377.

[9] Marc Dugain et Christophe Labbé, L’homme nu, Plon, 2016, p. 8

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