Les actualités de
Monsieur Légionnaire

Corona

 

Jean Noel BEVERINI

     CORONA    
par le Commissaire en Chef Jean-Noël BEVERINI

Membre de l'Academie de Marseille et de Toulon

Membre de la commission culture de l'AACLE 

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Magritteamants

Corona, vieille jonque roulant tes flancs immondes

Sur le poumon du Monde.

Est-ce malheur de vivre ou malheur de mourir, 

De Charybde en Scylla, lequel est à choisir ?

La joue n’embrasse plus la joue du vieil ami : 

On le croise, on le voit, on s’éloigne de lui !

La main ne serre plus la main du voisinage :

On s’écarte, on le fuit et on tourne la page !

Aux époux dans le lit, le drap comme un linceul,

Évoque au fond des nuits la froideur du cercueil.

Hors du berceau, les fées sont consignées chez elles.

Sur le front du tombeau, seules les branches frêles

Du pâle saule-pleureur. On se clôt ; on se terre

Et les jours se déploient en une plainte amère.

Corona, nom joli aux voyelles chantantes,

En six lettres habillées de douceur apaisante,

Belles comme une danse ou comme une chanson

Qui s’en va sautillant au creux de nos poumons. 

La Grande Épidémie, la faux au bout des bras,

Étirant sur ses yeux le masque du trépas

Est revenue sur Terre

Et bâtit sa maison sur fond de cimetière.

La Peur, la Grande Peur, que vous disiez vaincue,

Oubliée, dépassée, jetée au fond des nues,

Vient retoquer la porte : « Je suis la Pandémie,

Celle qui va pourrir et vos jours et vos nuits.

Inconscients, Vierges folles et hommes sans mémoire,

Avez-vous vraiment cru dominer votre Histoire ?

La Nature a ses lois plus fortes que les vôtres

Et, à les oublier, elle en applique d’autres.

Elle sait se défendre et tient à ses valeurs.

Vous n’avez pas eu honte. Alors, vous aurez peur ».

Jean-Noël Beverini

(membre de la commission culture de l’AACLE)

À Marseille, - 25 mars de l’an I de la pandémie.

*** 

 Ô CORONA NOX

CORONANOX1 

Ô combien de mourants, combien de trépassés

Ont-ils quitté la vie, gémissant, oubliés,

Ne voyant auprès d’eux nulle main qui se tend,

Aucun sourire aimé, ni même en voyageant

De ce monde vers l’autre, la dernière chaleur

De quelques pleurs.

Mourir n’est rien ou n’est peut-être pas grand chose

Mais comment accepter que le destin impose

De mourir seul ainsi dans la profonde nuit

Sans une voix  connue, sans le mot d’un ami ?

Faut-il mourir caché sous un drap de fortune

Dans une nuit sans lune ?

S’il n’est pas bon que l’homme vive seul ici-bas,

Pourquoi le laisser seul au porche du trépas ?

Le saint en cet instant saisit la main de Dieu

Et les anges des cieux viennent fermer ses yeux.

Le soldat qui rend l’âme au champ noir des batailles

Voit se pencher sur lui, quelle que soit la mitraille,

Son frère de combat.

Donnez-nous le pardon de n’être pas venus.

Que la faute en retombe sur ces têtes perdues

Pérorant orgueilleuses dans des enceintes d’or.

           Derrière elles, inconscientes,  déjà dans leur décor

Rodait la mort.

   Jean-Noël Beverini

(membre de la commission culture de l’AACLE)

Marseille, le 28 mars de l’an I de la Pandémie.

*** 

La Joie d’être grand-père

Hugo

Comment être privé des joies d’être grand-père ?

Je repense à Hugo au bout de la carrière

Réchauffant ses deux mains constellées de romans

Aux innocentes mains de ses petits-enfants.

Comment être privé de ce simple bonheur

D’écouter au matin, légers comme des fleurs,

Ces petits pieds courir et ces voix cristallines

De Maïeul souriant, de Mathilde et Justine ?

La couronne de fer qui envahit le monde

À l’instar sur la mer d’une effroyable onde

Covide les humains au Grand Isolement

Et la vie se résume en un mot : « On attend ! »

La pandémie aspire à la terre son sang

Et promène sa faux d’un pas assourdissant.

Si l’homme n’est jamais vraiment mort en beauté,

Dans ce siècle présent, on meurt dans le secret.

Jean-Noël Beverini (membre de la commission culture de l’AACLE)

Marseille, 31 mars de l’an I de la pandémie

*** 

LE ROI DES GRANDES NACRES 

Un jour au fond des mers de Méditerranée

Le roi des Grandes Nacres réunit conseillers,

Ministres, médecins et ses hauts gouverneurs,

L’affaire, avait-il dit, est de première ampleur.

Ils étaient tous venus, nacrés et empourprés,

Plus gras que des tourteaux et espérant qu’après

Le roi les convierait à un de ces festins

Subtils et recherchés, bien mijotés, bien fins.

Messieurs, leur dit le roi, j’ai été informé

Qu’un virus inconnu décime nos sujets.

Qu’avez-vous à me dire et à me proposer ?

Tous se dévisagèrent, aucun n’osant parler.

Enfin l’un des plus vieux demanda la parole :

« Ceci n’est pas bien grave et si ce n’est pas drôle

Il faut laisser au temps le temps de réagir

La Nature a, toujours, su comment nous guérir ! »

Un jeune conseiller, planté sur une roche

Et qui n’avait jamais sa valve dans sa poche

Rétorqua aussitôt : «  Le temps je n’y crois pas.

Il ne fera rien d’autre qu’aggraver les dégâts.

Le golfe d’Ajaccio, les côtes du Cap Corse,

La baie de La Ciotat … L’épidémie en force

Étend partout sa main ; la Grèce en est touchée,

Chypre, les Baléares ne sont pas épargnées.

Il est déjà trop tard, nous avons trop dormi,

Nous aurions déjà dû tuer la pandémie.

Nos sujets de partout comme des mouches tombent,

Ce n’est pas une grippe, déjà une hécatombe.

Et nous nous retrouvons désarmés, impuissants.

Ce ne sont pas des mots qui sauveront nos gens ».

« Que dit la Faculté ? » interrogea le roi.

Le premier médecin, cachant son désarroi,

Évoqua doctement l’Haplosporidium,

Un virus meurtrier, un véritable opium.

La bactérie dépose ses œufs dans votre corps,

Et vous ne bougez plus; déjà vous êtes mort.

Le roi, saisi d’effroi, « Quel est donc le remède ?

Je ne vois que le ciel pour nous venir en aide ».

Le plus vieux conseiller prit alors la parole :

« Je crois que nous avons oublié notre rôle !

Il nous fallait prévoir ; nous n’avons rien prévu.

Il nous fallait savoir et nous n’avons rien su.

La seule solution est de nous confiner

Pour n’être pas contaminés ».

Jean-Noël Beverini

Marseille, Le 2 avril de l’an I de la pandémie

 

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